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EGYPTE: Les Frères musulmans en route vers la présidence

    By Analyse d’Adam Morrow et Khaled Moussa al-Omrani

    LE CAIRE, 30 mai (IPS) – Les résultats de la première élection présidentielle post-Moubarak la semaine dernière ont laissé la plupart des Egyptiens abasourdis, avec le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, en tête et Ahmed Shafiq – le dernier Premier ministre du président déchu Hosni Moubarak – à la deuxième place.

    Les deux devront désormais s'affronter lors d'un deuxième tour très disputé le mois prochain."Les Egyptiens sont ravis d'avoir participé à leur première élection présidentielle véritablement libre", a déclaré à IPS le politologue Mohamed Seif al-Dawla. "Mais ces résultats, qui laisseront les électeurs entre le candidat des Frères musulmans et un officiel de l’ère Moubarak, ont surpris tout le monde".Le lundi (28 mai), la Commission suprême de l’élection présidentielle (SPEC) d'Egypte a officiellement annoncé que Morsi des Frères musulmans affronterait Shafiq lors du second tour prévu du 16 au 17 juin. Selon le décompte final des voix par la SPEC, Morsi a recueilli un peu moins de 25 pour cent des voix (5.764.952 voix), suivi de près par Shafiq, qui a obtenu 23,66 pour cent (5.505.327 voix).Le candidat de gauche, Hamdeen Sabbahi, a occupé, à la surprise, la troisième place avec 20,72 pour cent (4.820.273), qui l'élimine – au regret des électeurs libéraux et de gauche – de la course. En contraste frappant avec la plupart des sondages préélectoraux, le candidat islamiste modéré, Abdel-Moneim Abul-Fotouh, est arrivé en quatrième position (4.065.239 voix) et l'ancien chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, à une étonnante cinquième place (2.588.850 voix).Les suffrages exprimés pour les huit autres candidats étaient négligeables.Selon les chiffres de la SPEC, au total 23.265.516 suffrages valides ont été exprimés lors du scrutin de la semaine dernière, mettant le taux de participation total à 46,42 pour cent des électeurs égyptiens inscrits.Malgré les récents faux pas politiques des Frères musulmans, la plupart des analystes avaient prévu que Morsi obtiendrait un bon résultat, étant donné la fameuse capacité du groupe à mobiliser ses membres et sympathisants."En dépit de l'entrée tardive de Morsi dans la course à la présidentielle et des récents coups infligés à la popularité des Frères, le groupe a une fois encore prouvé son efficacité en ventant avec succès le mérite de son candidat en un temps très court", a expliqué à IPS, Abdel-Halim Kandil, un analyste politique de gauche.Toutefois, Kandil a ensuite souligné que bien que plus de 16 millions d'Egyptiens aient voté pour les candidats des Frères dans les élections législatives à la fin de l'année dernière, seulement 5,7 millions ont voté pour le candidat du groupe à la présidentielle la semaine dernière. "Cela laisse penser que les dernières erreurs politiques des Frères ont eu un impact sur leur base de soutien", a-t-il dit.Depuis qu'ils ont remporté près de la moitié des sièges au parlement, il y a cinq mois, les Frères musulmans ont été fortement critiqués pour leur faible performance à l'Assemblée populaire (la Chambre basse du parlement égyptien) et leur incapacité à établir une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution. Des critiques accusent également le groupe de tenter de monopoliser la scène politique post-révolution en Egypte.Les partisans des Frères musulmans ont été néanmoins ravis de la victoire électorale de Morsi."Les Frères n'ont pas disputé la présidence pour monopoliser la vie politique de l'Egypte", a affirmé à IPS, Sameh Ridda, 35 ans, un avocat et militant des Frères. "Ils l'ont fait afin de réaliser le programme du groupe pour la renaissance nationale, qui vise à atteindre les objectifs de la révolution de l'année dernière en garantissant la justice sociale, la restauration de la dignité nationale et la relance de l'économie".Le contrôle de la présidence par les Frères, a ajouté Ridda, en tandem avec leur forte présence parlementaire, "leur permettra de mettre en œuvre leur programme sans tous les combats et querelles politiques qui entraveraient par contre les prises de décisions".Cependant, la plus grande surprise du scrutin de la semaine dernière était le succès de Shafiq, un ministre de l'Aviation civile de longue date sous Moubarak et le Premier ministre du président déchu lors du soulèvement de la place Tahrir l’année dernière."En dépit de son association avec le régime Moubarak, beaucoup d'Egyptiens ont choisi Shafiq parce qu'il a franchement parlé de ses objectifs politiques et n’a noué aucune alliance opportuniste avec des rivaux politiques", a déclaré à IPS, Hazem Ayoub, 38 ans, un ingénieur en informatique et supporteur de Shafiq."Les priorités qu'il a citées dans son programme électoral étaient en parfait alignement avec les exigences des Egyptiens moyens: notamment, la restauration de la sécurité intérieure, la relance de la production locale et la réglementation stricte du marché local pour conjurer l'inflation", a-t-il ajouté.Qui plus est, a indiqué Ayoub, "Shafiq, contrairement aux Frères musulmans, est pour un Etat civil et laïc".Ses détracteurs l'accusent d'être une 'relique' du régime Moubarak, mais – après le soulèvement de l'année dernière – l'ancien régime est parti pour de bon; il ne peut jamais revenir".Hamdeen Sabbahi, un candidat de gauche à la présidentielle, plein d’espoir, dans le même temps, a également étonnamment obtenu un bon résultat – quoique n’étant pas assez suffisant pour lui permettre de participer au second tour – occupant la troisième position derrière Morsi et Shafiq."Sabbahi a obtenu un bon résultat parce qu'il représentait le candidat de la 'troisième voie'", a affirmé Seif al-Dawla. "Ses références révolutionnaires sont impeccables, et, au même moment, il n'est pas un islamiste".Quant à Abul-Fotouh et Moussa, qui étaient tous deux à la tête des sondages préélectoraux, ils ont tous deux étonnamment obtenu de mauvais résultats, occupant la quatrième et la cinquième place, respectivement.

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