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EGYPTE: Un conseil militaire plus répressif que Moubarak

    By Cam McGrath

    LE CAIRE, 25 nov (IPS) – Les Egyptiens, espérant plus de liberté et moins de brutalité policière après la chute du président Hosni Moubarak, affirment que le conseil militaire régnant à sa place a poursuivi dans la logique brutale de l'ex-dictateur, et y est allé au-delà dans certains cas.

    "Le conseil militaire traite le peuple égyptien comme s’il dirige un camp militaire", déclare Shérif Azer, un activiste des droits de l’Homme. "Il a fallu des décennies pour qu’il y ait assez de colère contre Moubarak pour une révolution; il a fallu seulement neuf mois pour [avoir une autre révolution]".Des milliers d'Egyptiens sont descendus dans les rues à travers le pays cette semaine demandant au Conseil suprême des forces armées (CSFA) d’accélérer la transition à un régime civil, et à son chef, le maréchal Mohamed Hussein Tantawi, de démissionner. Au moins 41 personnes ont été tuées et plus de 3.000 blessées dans près d'une semaine d'affrontements entre les manifestants et les forces de sécurité qu'ils veulent voir quitter.L’affrontement a commencé le 19 novembre après que l’armée et la police anti-émeute ont utilisé une force excessive pour disperser un petit groupe de manifestants tentant d'occuper l’emblématique place Tahrir au Caire, après une manifestation tôt ce jour-là qui demandait la limitation des pouvoirs de l'armée. Cette opération policière musclée, dans laquelle plusieurs manifestants non armés ont été sévèrement battus avec des matraques et des bâtons, a attiré des milliers de militants égyptiens vers la place.Les violences se sont rapidement intensifiées. Plus la police lançait du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc sur les manifestants, plus leur nombre augmentait et plus la protestation gagnait du terrain."Le problème ne portait pas sur la politique ou la démocratie, il concernait la brutalité", explique Mostafa Shouman, un militant. "Les gens n'ont pas accepté de voir l’utilisation de la même tactique brutale (de l'ère Moubarak) sur des manifestants pacifiques, et ont sympathisé avec eux".En réalité, cette colère montait depuis plus de neuf mois. Bon nombre d'Egyptiens qui ont salué le régime militaire en février le décrient aujourd’hui. Ils regardent avec envie vers la Tunisie, qui s’est également soulevée l'hiver dernier, mais qui a déjà achevé sa transition vers un gouvernement démocratiquement élu – et sans la liste exhaustive de violations des droits humains en Egypte.Un nouveau rapport de l’organisation de défense des droits de l’Homme, 'Amnesty International' indique que le CSFA "n’a pas tenu ses promesses d'améliorer les droits de l’Homme en Egypte", estimant que la répression et les atteintes aux droits humains sont dans certains cas pires aujourd’hui que sous Moubarak."En utilisant les tribunaux militaires pour juger des milliers de civils, en réprimant des manifestations pacifiques et en élargissant la portée de la Loi d'urgence de Moubarak, le CSFA a continué la tradition de la règle répressive que les manifestants du 25 janvier ont combattue si durement pour s’en débarrasser", a indiqué Philip Luther, directeur par intérim de 'Amnesty International' pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord.Le rapport accuse les dirigeants militaires d'Egypte de constamment tenter de museler les dissidences en promulguant une législation draconienne et en utilisant la force brutale pour mettre fin aux protestations. Des milliers de militants et blogueurs ont été détenus au cours des neuf derniers mois. Plusieurs demeurent en garde à vue, y compris le blogueur Maikel Nabil Sanad, qui a été condamné à trois ans d’emprisonnement en avril pour avoir critiqué l'armée et s'être opposé à l’enrôlement forcé."Ceux qui ont mis en cause ou critiqué le conseil militaire – comme les manifestants, les journalistes, les blogueurs, les travailleurs en grève – ont été impitoyablement étouffés, dans une tentative de les réduire au silence", a souligné Luther.Depuis le début de la révolution en Egypte le 25 janvier, plus de 12.000 civils ont été jugés par des tribunaux militaires – environ six fois le nombre de civils envoyés pour des procès militaires durant tous les 30 ans de pouvoir de Moubarak. Des groupes de défense des droits humains ont condamné ces procès, qui ont infligé de lourdes peines pour de simples infractions allant du non respect du couvre-feu à l’outrage à l'armée ou à la charge vaguement qualifiée de "banditisme"."Les tribunaux militaires sont intrinsèquement injustes", déclare Adel Ramadan, un avocat à l'Initiative égyptienne pour les droits personnels. "Ces procès durent généralement entre cinq et 20 minutes et impliquent jusqu'à 35 accusés par cas. Le juge est un membre de l’armée et s'il décide de prononcer une peine d’emprisonnement de cinq ans ou même la peine de mort, l’on ne peut pas faire appel".Des groupes de défense des droits humains disent que la torture et l'humiliation – systémiques au temps de Moubarak – se poursuivent dans des commissariats de police, prisons et centres de détention à travers le pays. D'anciens détenus et prisonniers ont raconté des abus pendant qu’ils étaient placés en garde à vue par la police et l’armée, avec certaines femmes affirmant avoir été soumises à l’humiliation par des "tests de virginité" effectués par des militaires médecins après avoir été arrêtées lors d’une manifestation en mars.En octobre, Essam Atta, un malade de 23 ans, est mort dans un hôpital du Caire, après avoir été prétendument torturé de façon sadique par des gardiens de prison. Bon nombre d'Egyptiens ont établi un parallèle entre son décès et celui de Khaled Saïd, 28 ans, qui a été torturé à mort par des policiers en juin 2010. Le tollé public sur la mort de Saïd était essentiel dans le développement de la dynamique qui a finalement conduit à l'éviction de Moubarak."Malheureusement, rien n'a changé", indique Azer. "La police et l'armée continuent d’opérer dans l'impunité".

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