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ENERGIE-JAPON: Le fossé nucléaire se creuse entre le gouvernement japonais et ses citoyens

    TOKYO, 23 janvier (IPS) – Le Japon prévoit de relancer ses exportations nucléaires alors que le pays peine toujours à apaiser la colère de ses citoyens en ce qui concerne les fuites radioactives de la centrale de Fukushima Daiichi. Celle-ci a été détruite par un séisme suivi d’un tsunami le 11 mars 2011.

    Selon Yuki Tanabe, expert au Japan Centre for a Sustainable Environment and Society (JACSES), « le Japon stimule ces exportations risquées car elles sont synonymes d’opportunités commerciales et d’influence diplomatique dans les pays émergents ».

    Le mois dernier, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants a approuvé des projets de loi visant à autoriser l’exportation de centrales nucléaires vers le Vietnam et la Jordanie. Ces exportations constituent une des clauses d’un accord bilatéral.

    Le Premier ministre japonais, Yoshihiko Noda, a justifié cette décision en déclarant que le Vietnam et la Jordanie « ont cruellement besoin de la technologie de pointe japonaise ». Il a cependant ajouté que le Japon devait aider « à améliorer la sécurité des centrales nucléaires dans ces pays ».

    D’autres accords sont sur le point d’être signés avec d’autres pays, dont l’Inde, le Bangladesh et la Turquie. Ils comprennent la construction de centrales nucléaires, leur exploitation et leur gestion par des entreprises japonaises.

    Cependant, les activistes environnementaux japonais ont uni leurs efforts contre ces projets dans une campagne qui a pris de l’envergure à la suite de l’accident de Fukushima. Outre les importants risques sanitaires que présente la contamination radioactive, les activistes soulignent que le nucléaire entraîne des coûts exorbitants, un fait tangible au Japon ces derniers mois.

    La contamination radioactive qui a suivi la fusion du cœur du réacteur à Fukushima a contraint plus de 150.000 personnes résidant aux environs de la centrale à fuir.

    En outre, des dizaines de milliers d’hectares de terres arables ont été répertoriées comme étant nocives pour la production alimentaire. Les tests effectués ce mois-ci sur l’eau de mer aux abords de la centrale ont révélé que les ressources marines sont contaminées et ne conviennent donc plus à la consommation.

    Des compensations s’élevant à plus de 60 milliards de dollars sont aujourd’hui réclamées à Tepco, l’opérateur privé de la centrale de Fukushima. La société est donc obligée de demander l’intervention du financement public.

    Ces questions épineuses ont été abordées les 14 et 15 janvier à Yokohama, lors d’une conférence antinucléaire organisée par des organisations japonaises et internationales luttant pour un monde sans nucléaire. Des intervenants des quatre coins du globe, notamment de Corée du Sud, du Canada et de l’Union européenne ont exposé les arguments antinucléaires de leur pays respectif.

    Praful Bidwai, le célèbre militant indien pour une énergie saine et renouvelable, a souligné, lors d’une de ses interventions, que des manifestations régulières des personnes qui vivent à proximité des centrales sont essentielles.

    Actuellement, le nucléaire ne fournit que 3 % des besoins indiens en énergie, mais ce chiffre augmentera jusqu’à 20 % d’ici 2020 afin de maintenir la croissance économique et de satisfaire les exigences énergétiques.

    Selon Bidwai, l’Inde n’a pas signé le Traité de non-prolifération et obtient de piètres résultats en matière de sécurité nucléaire. Ainsi, les travailleurs et la population ont été à maintes reprises exposés aux radiations lors d’accidents, d’incendies, d’explosions et de déversement de matières radioactives dans l’eau.

    En octobre 2011, le Premier ministre Noda et le ministre des Affaires étrangères, Somanahalli Krishna, s’accordaient à dire qu’il était indispensable de reprendre les négociations afin d’instaurer un partenariat entre le Japon et l’Inde qui encouragerait une énergie nucléaire pacifique.

    Les autorités et les représentants commerciaux partisans du nucléaire soutiennent que l’exportation doit continuer et montrent du doigt la concurrence sud-coréenne. Néanmoins, Kim Heyung du Mouvement environnemental sud-coréen contre l’énergie nucléaire, a expliqué lors de la conférence de Yokohama que l’accident de Fukushima avait sensibilisé la population les dangers du nucléaire.

    Ainsi, un sondage effectué en octobre a révélé que 68 % des Sud-coréens étaient contre la construction de nouveaux réacteurs, ce qui indique le manque de soutien de la population à la proposition du gouvernement de construire six nouvelles centrales.

    La Corée du Sud a signé un nouvel accord d’exportation du nucléaire en 2011 avec les Émirats arabes unis et est en concurrence avec la Finlande pour obtenir des commandes. La Mongolie, pays riche en uranium, s’est également retrouvée au cœur du débat antinucléaire après que les médias ont relayé, en mai dernier, le projet du Japon et des États-Unis de mettre en place un dispositif d’élimination du combustible usagé dans ce pays.

    Selnge Lkhagvajav, membre du parti vert mongolien dont la campagne antinucléaire a porté ses fruits, a déclaré lors de la conférence que son pays ne dispose ni des experts, ni de la technologie ad hoc pour accepter l’énergie nucléaire ou ses déchets. « Les pays disposant de l’énergie nucléaire voient la Mongolie et ses lois laxistes comme un dépotoir. Nous combattrons de telles idées », a-t-elle confié à l’agence IPS.

    Le Japon, dont 30 % de l’énergie est issue du nucléaire, a promis de mettre en place des mesures rigoureuses afin de relever le niveau de protection dans le cadre d'accidents comme celui de Fukushima. Cependant, Tanabe du JACSES considère de telles mesures comme étant futiles.

    Parallèlement, les tests extrêmement stressants pratiqués régulièrement dans les centrales nucléaires ont réduit drastiquement le rendement japonais, ce que les activistes environnementaux considèrent comme une occasion pour le pays de chercher des sources d’énergie plus sûres.

    (FIN/IPS/2012)

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