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ENERGIE-MALAWI: La hausse des prix du pétrole laisse des commerçants dans le noir

    By Claire Ngozo

    LAC MALAWI, Malawi, 24 fév (IPS) – L'augmentation des prix de l'énergie a suscité une inquiétude chez beaucoup de petits commerçants au Malawi, en particulier ceux des zones rurales et périurbaines qui dépendent du pétrole lampant pour éclairer leurs lieux d’affaires.

    Le pétrole lampant est le combustible le plus couramment utilisé pour l'éclairage au Malawi, selon le recensement national de la population et de l’habitat de 2008, réalisé par le Bureau national de la statistique. Jusqu'à 85,7 pour cent des 13,1 millions d’habitants du pays utilisent le pétrole lampant pour l'éclairage.

    L'énergie électrique est un luxe pour beaucoup de personnes au Malawi, où la population totale qui utilise l'électricité pour l'éclairage n'est que de sept pour cent. Les Nations Unies indiquent que jusqu'à 60 pour cent de la population totale du Malawi vivent en dessous du seuil de pauvreté.

    Le 28 janvier, les prix du pétrole lampant, du gas-oil et de l'essence ont respectivement augmenté de 6,6 pour cent, 12,46 pour cent et de 13,19 pour cent.

    L’Autorité de régulation de l’énergie du Malawi (MERA), un organe gouvernemental qui réglemente les activités de l'industrie énergétique, a annoncé que le nouveau prix pour un litre d'essence sera 1,90 dollar; et pour le gas-oil, 1,71 dollar le litre. Les gens qui ont besoin du pétrole lampant doivent désormais payer 1,01 dollar pour un litre du produit.

    Cette annonce n'a pas été bien reçue. "L'augmentation du prix du pétrole lampant signifie que je dois dépenser plus d'argent sur le carburant pour allumer mes lampes puisque je travaille tard dans la nuit. Je ne veux pas subir des pertes. Je vais devoir tout simplement cesser de travailler la nuit", a affirmé à IPS, Alefa Wadulira, 47 ans, originaire de Chimwala, à Mangochi, sur les rives australes du lac Malawi.

    Le lac est situé sur la frontière orientale du Malawi, proche de la Tanzanie et du Mozambique.

    Wadulira achète des poissons frais auprès des pêcheurs qui débarquent leurs prises sur les rives de ce lac d'eau douce. Elle amène les poissons à la maison pour les traiter et les conserver en les fumant et en les séchant au soleil avant de les transporter vers des marchés en plein air à travers le district.

    Le poisson constitue la plus importante source de protéines au Malawi, où il fournit jusqu'à 60 pour cent de l'apport en protéines animales alimentaires de la nation. Il est responsable de plus de 40 pour cent de l'apport total en protéines pour les ménages pauvres vulnérables, selon 'Maldeco Fisheries', la plus grande entreprise de pêche commerciale et de traitement dans le pays.

    L'industrie de pêche au Malawi est une source importante d'emplois, de revenus ruraux et de sécurité alimentaire. Le secteur assure la subsistance de plus de 1,6 million de personnes dans les communautés riveraines, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

    "Je subviens aux besoins de deux foyers à partir de la vente de poissons; je suis une veuve avec trois enfants. Mon fils aîné séjourne au Mozambique depuis les huit derniers mois et a laissé sa femme et ses deux enfants dans une maison adjacente à mon domicile. Il ne gagne pas beaucoup d'argent puisqu'il n'a pas encore trouvé un bon emploi et je suis obligée de subvenir aux besoins de sa famille aussi", a expliqué Wadulira.

    Cette poissonnière dit qu'elle paie le loyer et achète de la nourriture ainsi que des vêtements pour les deux ménages. Elle paie les frais de scolarité de ses deux enfants et des deux petits-enfants à partir de la vente de poissons. Elle estime son revenu hebdomadaire à 15 dollars.

    "Mais j’utilise jusqu'à sept litres de pétrole lampant dans une semaine, ce qui signifie que je dépenserai désormais près de la moitié du revenu", s’est inquiétée Wadulira.

    Elle a dû changer de routine et a depuis abandonné un cours d'apprentissage des adultes qu’elle suivait. Wadulira améliorait ses capacités de lecture et de calcul; elle avait abandonné l'école après trois années au cours primaire à cause de la pauvreté.

    "Je passe toute la matinée à chercher des poissons et je ne reviens des plages qu’autour de 15 heures. Je fais certains travaux ménagers avant de commencer à traiter le poisson.

    "Je travaille d'habitude jusqu'à 23 heures, mais maintenant, je dois simplement arrêter d'aller à l'école pour l’instant et m’assurer que je traite les poissons avant la tombée de la nuit afin que je ne dépense pas trop sur le pétrole lampant", a souligné Wadulira.

    D’autres vendeurs de poissons partagent ses préoccupations. "L'augmentation du prix du pétrole lampant affectera négativement le commerce de poissons. Nous devons travailler la nuit et le pétrole lampant est un produit très important", a indiqué Moussa Chipwete, un autre commerçant.

    Ils ne peuvent pas utiliser des bougies parce qu’ils travaillent en plein air et les bougies s’éteignent facilement sous le vent. "Un verre couvre les flammes dans les lampes à pétrole. Nous ne disposons pas d’une autre alternative que l'utilisation du pétrole lampant", a confié Chipwete à IPS.

    Le 'Economic Empowerment Action Group' (Groupe d’action pour une autonomisation économique – EEAG), une organisation non gouvernementale locale qui lutte pour la justice économique, a indiqué aux médias locaux que la hausse des prix est inopportune puisqu’elle survient à un moment où le pays est confronté à des pénuries de carburant.

    Depuis septembre 2010, certaines petites entreprises ont été incapables d’amener ou de ramener leurs marchandises des marchés tandis que d'autres ont dû suspendre leurs opérations en raison des pénuries de pétrole lampant, de gas-oil et de l'essence.

    Ces pénuries ont été liées, entre autres facteurs, au manque de devises étrangères causé par le président Bingu wa Mutharika qui effectue trop de voyages internationaux, qui gaspillent les devises étrangères.

    En attendant, les commerçants qui dépendent du pétrole lampant se préparent à des temps plus durs: la MERA a indiqué dans son rapport de 2010 que les importations de pétrole lampant ont chuté de 22,5 pour cent à partir de 2008, passant à 13,9 millions de litres en 2010.

    Le gouvernement du Malawi a affirmé dans un rapport économique pour 2010 que la baisse des importations de pétrole lampant était due à la pénurie généralisée du produit sur le marché international.

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