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ENSEIGNEMENT-CAMBODGE: Transmettre l’histoire des Khmers rouges à la nouvelle génération

    PHNOM PENH, 30 mars (IPS) – Pendant quatre ans, Wan Preung a travaillé dans des champs sous le joug des Khmers rouges sans pouvoir s'exprimer librement. Mais après la chute du régime en 1979, il s’agissait toujours d’un sujet que le professeur ne pouvait aborder que rarement avec ses étudiants.

    « C’était difficile d’enseigner aux étudiants ce qu’était le Khmer rouge, parce que nous ne connaissions pas exactement l’histoire nous-mêmes. Nous n’avions que très peu d’informations à ce sujet dans nos livres », a confié Preung.

    Quand les étudiants posaient des questions, Preung leur parlait de sa propre expérience de ce régime responsable de la mort d’environ un quart de la population cambodgienne. Mais pendant des années, les manuels d’histoire cambodgiens n’évoquaient que brièvement ce sujet. L’avenir politique du pays était encore incertain au lendemain de la dissolution du régime et les détails de la gouvernance des Khmers rouges étaient dissimulés par la politique de l’époque.

    « On ne pouvait pas beaucoup parler. C’était un sujet tellement politisé que l’on ne voulait pas vraiment en discuter », a expliqué Preung. Les Khmers rouges étaient le nom donné aux partisans du Parti communiste cambodgien responsables du génocide des opposants au régime de 1975 à 1979.

    Mais aujourd'hui, trente ans après la dissolution de ce régime, la tendance change. En 2009, le Cambodge a approuvé son premier manuel d’histoire sur le Khmer rouge. Il fait aujourd’hui partie du programme scolaire. Avant que les professeurs ne puissent apprendre l’histoire à leurs élèves, il faut cependant qu’ils l’apprennent eux-mêmes.

    Des professeurs comme Wan Preung retournent aujourd’hui à l’école pour apprendre les événements survenus durant les années du régime.

    Vanthan Peoudara est le directeur adjoint du Centre de documentation du Cambodge au sein duquel sont organisés les cours. « L’histoire ne s’est pas encore répandue parmi les nouvelles générations. Beaucoup ne la comprennent pas tout à fait. C’est donc le moment opportun pour leur apprendre, pour partager les connaissances avec eux afin d’éviter que cela ne se reproduise ».

    Initialement, le Khmer rouge visait les intellectuels afin de tenter de créer sa propre version d’une société agraire. Les professeurs figuraient parmi ces groupes de personnes qui ont été rassemblées et exécutées. Aujourd’hui, ce sont les enseignants du pays qui se doivent de raconter ce qui s’est passé pendant ces années à une génération qui n’a pas vécu sous ce régime.

    Jusqu’à présent, plus de 3.000 professeurs ont suivi la formation. Les leçons intensives commencent par une présentation des informations de base : qui étaient les Khmers rouges, comment sont-ils arrivés au pouvoir et qui était leur dirigeant, Pol Pot ? Les leçons suivantes abordent l’expérience des victimes, les politiques du régime et les stratégies d’apprentissage de l’histoire des Khmers rouges.

    Les enseignants sont également informés des efforts déployés actuellement afin de poursuivre en justice les anciens dirigeants du régime.

    Après des années d’impunité, un tribunal cambodgien et onusien de crimes de guerre, connu sous le nom de Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC), traduit actuellement en justice les principaux dirigeants du Khmer rouge encore en vie.

    Ainsi en 2010, le directeur du centre de détention Tuol Sleng, Kaing Guek Eav surnommé « Duch » a été accusé de crimes contre l’humanité et condamné à la prison à perpétuité.

    La Cour est actuellement aux prémisses du procès à l’encontre de trois anciens dirigeants des Khmers rouges : l’ancien président du régime, Khieu Samphan ; l’idéologue des Khmers rouges, Nuon Chea ; et l’ancien vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Leng Sary.

    La Cour a été elle-même entachée par la controverse. Des questions sur le financement et des accusations d’interférence politique pèsent sur le procès depuis son ouverture.

    La dernière controverse a éclaté ce mois-ci, lorsque l'un des juges principaux de la branche investigation a abandonné ses fonctions en mentionnant « de graves irrégularités et des dysfonctionnements » au sein du tribunal. Il a affirmé que le gouvernement s'opposait à l'ouverture de procès supplémentaires à l'encontre de Khmers rouges.

    La situation s’est dégradée jusqu’à un point tel que certains critiques exhortent les Nations unies à se retirer du tribunal.

    Étant donné les tensions qui s’immiscent au sein même du tribunal, il est essentiel de laisser un héritage historique durable aux nouvelles générations.

    Pour Tang Khim (54 ans), cet héritage historique doit comprendre une véritable reconnaissance de ce que leur pays a enduré sous le régime. Pendant une leçon consacrée aux professeurs, Khim a expliqué qu’elle avait été violée par un soldat khmer rouge.

    Elle a expliqué qu'auparavant elle était particulièrement vexée par les personnes qui mettaient ouvertement en doute son histoire. Khim espère que la nouvelle génération de professeurs de son pays s’assurera que les étudiants de 2012 reconnaissent la vérité sur le régime khmer rouge.

    « Je sais juste que si je raconte mon histoire, les enseignants sauront ce qui s’est passé sous le joug de Pol Pot », a expliqué Khim. « Je ne sais pas ce que les professeurs en feront. Mais s’ils veulent me rencontrer, s’ils veulent que je raconte mon histoire et souhaitent me poser des questions, je prendrai le temps de leur répondre. »

    Sa Rom (enseignant) veut participer à ce processus de « prise de conscience ». Il a expliqué qu’il parle souvent à ses étudiants de sa propre expérience de vie sous le régime.

    « Je leur explique pourquoi c’était difficile pour tout le monde », a-t-il affirmé. « Les anciens dirigeants du Khmer rouge vieillissent. Je veux qu’ils soient jugés pour leurs actes de leur vivant. »

    (FIN/IPS/2012)

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