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ENVIRONNEMENT-ALLEMAGNE: Le temps n’est pas au beau fixe pour l’énergie solaire allemande

    BERLIN, 14 mars (IPS) – La quantité d’énergie solaire produite en Allemagne peut atteindre la quantité totale générée dans le reste du monde. Cependant, le gouvernement allemand a récemment proposé des réductions colossales des subsides alloués aux panneaux solaires, arguant que la demande des consommateurs est trop forte.

    L’Allemagne bénéficie d’une capacité de production de plus de 25.000 mégawatts. En décembre 2011, une capacité record de 7.500 mégawatts a été ajoutée à la centrale solaire photovoltaïque allemande. Cette capacité représente l’équivalent de cinq centrales nucléaires de taille moyenne. Les jours ensoleillés, la centrale solaire peut fournir jusqu’à 25 % de l’énergie du pays.

    L’énergie solaire allemande doit son succès à une campagne de promotion des énergies renouvelables comprenant de généreux subsides, particulièrement pour l’installation de cellules photovoltaïques. Dans le système de subsides allemand, les sociétés de services collectifs sont contraintes d’appuyer financièrement les personnes qui génèrent leur propre énergie solaire en installant par exemple des panneaux photovoltaïques sur le toit de leur maison.

    En Allemagne certaines coopératives louent même les toits des bâtiments publics afin que des panneaux solaires y soient placés. Au fil des années, la capacité de production allemande a ainsi dépassé de deux fois les objectifs que s’était fixés le gouvernement.

    Mais à la fin du mois de février 2012, le ministre allemand de l’Environnement, Norbert Roettgen, et le ministre de l’Économie, Phillip Roesler, ont proposé un projet en vue de réduire de près de 30 % les subsides alloués au secteur de l’énergie solaire. Cette décision intervient un an après que des réductions similaires ont été imposées au Royaume-Uni, en Italie et en France. En Allemagne, les subsides ont déjà été réduits de 50 % ces trois dernières années.

    Afin d’éviter une explosion de la demande à la veille de l’application de cette nouvelle mesure, les ministres Roettgen et Roesler ont proposé le 23 février que les réductions prennent effet le 9 mars, ne laissant donc pas plus de deux semaines à l’industrie pour se préparer à ce changement. Cette proposition a semé la colère dans l’industrie de l’énergie solaire ainsi qu’au sein des groupes de défenseurs de l’environnement, ce qui s’est très rapidement traduit par des manifestations à la porte de Brandebourg à Berlin.

    « Cette décision va tuer le marché de l’énergie solaire », a déclaré Stefan Hief, PDG de Cosmoenergy, société productrice de panneaux photovoltaïques. « S’il doit y avoir des réductions, elles ne doivent pas être aussi drastiques que celles que le gouvernement prévoit d’imposer. Nous allons perdre des milliers d’emplois dans ce secteur, à un moment où les énergies renouvelables ont le vent en poupe auprès des dirigeants mondiaux et de la population allemande. Pour nous, cette décision n’est rien d’autre qu’un sapement de l’énergie solaire », a-t-il confié à l’agence IPS.

    Dans une lettre ouverte à la chancelière Angela Merkel, la German solar industry association BSW-Solar (groupe d’intérêt de l’industrie de l’énergie solaire), a affirmé que les réductions proposées « pourraient ébranler l’image de premier de classe que détient l’Allemagne au niveau international ». À la suite des déclarations récentes du gouvernement allemand, les employés du constructeur de panneaux solaires américains, First Solar (Brandebourg) sont désormais contraints de travailler à mi-temps.

    Le motif de ces réductions de subsides n’est pas clair. Selon certaines sources, le gouvernement allemand souhaiterait affecter plus de fonds à d’autres énergies renouvelables telles que l’énergie éolienne. Cependant, la raison pourrait être tout autre : le gouvernement serait victime du succès du secteur de l’énergie solaire. En effet, l’addition du mois de décembre 2011 s’élevait à 7.500 mégawatts de panneaux solaires installés grâce à des subsides de plus de 8 milliards d’euros. Les coûts seraient donc trop élevés pour le gouvernement allemand.

    Les fournisseurs d’énergie, contraints d’appuyer financièrement les personnes qui placent leurs propres panneaux solaires, passent les coûts supplémentaires sur les factures d’électricité de leurs consommateurs. Le gouvernement affirme qu’il est de son devoir d’alléger le fardeau des clients en réduisant les subsides.

    Cependant, selon le Dr Cornelia Ziehm de la Deutsche Umwelthilfe (Aide environnementale allemande) à Berlin, les raisons sont principalement politiques. « Il est vrai qu’il y a un problème. La somme d’argent placée dans l’industrie solaire est colossale. Mais au-delà de cela, en cette période de crise, le ministre de l’Économie avait besoin d’un nouveau secteur à passer au peigne fin. Il a découvert que les subsides octroyés pour l’énergie solaire étaient très élevés et il a donc proposé de les réduire afin de minimiser le coût pour les citoyens allemands », a-t-elle déclaré à l’agence IPS.

    « Cette idée n’a pas été accueillie chaleureusement par le ministère de l’Environnement. Cependant, depuis la décision prise l’été dernier de supprimer complètement l’énergie nucléaire d’ici 2020 (après la catastrophe de Fukushima), Roettgen a subi la pression de plusieurs membres de son parti, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU selon l’acronyme allemand). Certains hommes politiques au sein de ce parti, même s’ils sont en faveur de l’énergie nucléaire, ne sont pas pour la suppression des subsides. Néanmoins, sous la pression de la présidente du CDU Angela Merkel, ils ont quand même voté en faveur de cette suppression. Cette décision peut être perçue comme une contre-révolution au sein du parti ».

    À la suite des manifestations de la porte de Brandebourg lundi 5 mars, un porte-parole officiel a déclaré que les réductions des subsides n’entreraient pas en vigueur avant le 1er avril.

    (FIN/IPS/2012)

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