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ENVIRONNEMENT-CLIMAT: Changement climatique et pauvreté, un cocktail mortel pour les Dominicains

    Patricia Grogg

    SAINT-DOMINGUE, 15 septembre (IPS) – "Personne ne pleure les pauvres, vous savez". Telle est la conclusion sombre d'un habitant de La Cinaga, l'une des nombreuses habitations pauvres regroupées le long des rives du fleuve Ozama, dans la capitale dominicaine, Saint-Domingue, et qui sont à la merci du temps.

    Cet homme n’a rien d’autre à dire, refusant d'être photographié ou de donner son nom.

    "Je voudrais qu'ils nous sortent d'ici, qu’ils nous trouvent un endroit plus sûr", ajoute sa femme, regardant le fleuve Ozama, qui est presque au seuil de l'abri de fortune où ils vivent.

    Quelques mètres plus loin, Josefa Moya est plus éloquente. "Cette région entière est inondée chaque fois qu'il pleut beaucoup et l’eau met au moins trois jours pour disparaître de nos maisons. Je vis seule et nettoie les maisons pour gagner ma vie, alors se déplacer n'est pas une option pour moi", déclare-t-elle à IPS.

    Ses commentaires reçoivent des hochements de tête approbateurs d'un groupe de femmes de la commune, qui se tiennent debout autour d'elle avec leurs bébés dans les bras. Elles aussi n'ont pas d'autres alternatives.

    Jos Sánchez conduit IPS dans une visite improvisée à travers le dédale de rues étroites où, indique-t-il, vivent quelque 8.000 familles.

    "Quand un cyclone frappe ou de fortes pluies arrivent, le fleuve se gonfle, entraînant toutes sortes d'ordures avec lui. Je pense que c'est pourquoi ce quartier s’inonde tant", explique Sánchez.

    Selon lui, au cours des cinq dernières années, la situation s’est de plus en plus aggravée. "Chaque fois qu'il y a une inondation, ils disent qu'ils vont nous déplacer, mais, comme vous pouvez le voir, nous sommes encore ici", dit-il.

    Des sources indépendantes estiment que quelque 400.000 personnes vivent sur les rives des deux principaux fleuves de Saint-Domingue – Ozama et Isabela – où elles sont exposées aux aléas climatiques qui sont censés devenir plus intenses et dévastateurs.

    Interrogé par IPS, le ministre de l'Environnement et des Ressources naturelles, Ernesto Reyna, confirme que l'un des "grands défis" auxquels son pays est confronté dans ses efforts de s'adapter aux changements climatiques doit avoir affaire précisément avec cette partie pauvre de la population, qui est très vulnérable aux cyclones, aux fortes pluies et à d'autres événements climatiques extrêmes.

    Reyna affirme que ces familles s'installent dans les bassins moyens, où les niveaux d'eau sont bas pendant de longues périodes de sécheresse.

    "Elles voient cela comme un endroit viable pour mettre en place une maison et même créer un petit jardin potager. Elles ne pensent pas qu'il y aura des problèmes si elles s'installent là-bas", souligne-t-il.

    "Puis arrive une tempête, et elle n'a même pas besoin d'être un ouragan, juste une période de fortes pluies, qui, combinée avec la déforestation et notre mauvaise gestion (des bassins), provoque des inondations si dévastatrices en force qu'elles détruisent tout en un temps record", explique Reyna.

    En 1998, l'ouragan George a fait 235 morts en République dominicaine et a coûté au pays quelque 146 millions de dollars, selon les estimations officielles. En octobre 2007, la tempête tropicale Noël avait causé 439 millions de pertes matérielles (équivalant à 1,2 pour cent du produit intérieur brut de ce pays) et fait 87 morts, avec 42 autres personnes portées disparues.

    La récupération de ces catastrophes naturelles est très coûteuse, note Reyna.

    "Notre grand malheur", dit-il en se référant à la région, "est qu’alors que nous sortons juste d'une situation économique difficile, un ouragan vient balayer toutes nos économies. Alors, nous ne pourrons jamais vaincre la pauvreté dans laquelle la majorité de notre population vit".

    Des données obtenues de la Banque mondiale et de la Banque interaméricaine de développement (IADB) indiquent que 43 Dominicains sur 100 étaient pauvres en 2004 et 16 sur 100 qualifiés de pauvres abjects. Selon des rapports des Nations Unies, dans les six années qui ont suivi, ces indicateurs sont tombés à 34 et 10,4 pour cent, respectivement.

    Les impacts prévus des changements climatiques pour la République dominicaine ne sont pas prometteurs du tout.

    Selon Reyna, ce pays de 9,5 millions d’habitants, qui partage l'île d'Hispaniola avec Haïti, le pays le plus pauvre d'Amérique latine et des Caraïbes, pourrait perdre près d'un cinquième de son territoire à la montée des niveaux de la mer.

    "Je vis ici depuis 17 ans et je peux vous dire qu'au cours des cinq dernières années, les pluies deviennent de plus en plus intenses, et cela a entraîné plus d'inondations. Tout le monde sait que cette situation est causée par les changements climatiques", a déclaré à IPS, Eridania Rosario Marcelo, présidente de l'association du quartier La Barquita.

    (FIN/IPS/2012)

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