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ENVIRONNEMENT-EURASIE: Le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ont des approches différentes du problème de la mer d’Aral

    TACHKENT, 27 mars (IPS) – (EurasiaNet) – La saga de la mer d’Aral se compose aujourd’hui des histoires de deux étendues d’eau : l’une dont le dénouement sera probablement heureux et l’autre qui s’apparente à un drame.

    La géographie politique est un des facteurs principaux utilisés afin de discerner le négatif du positif. Les Kazakhs résidant dans les villages situés le long de la côte nord de l’Aral, dont Aralsk, sont d’un optimisme prudent ces jours-ci. Pendant plusieurs générations, ils ont vu la mer disparaître rapidement et l’économie locale décrépir. Cependant, des mesures gouvernementales récentes ont permis de stabiliser le niveau de la mer, aidant ainsi les communautés locales de pêcheurs à se relever lentement.

    Par ailleurs, dans le désert salin de l’Ouzbékistan, il y a peu de raisons d’espérer une amélioration de la situation.

    À Muynak, autre ancienne ville de pêcheurs, les habitants cherchent n’importe quelle occasion de partir. Ils affirment souffrir de problèmes de santé à cause des tempêtes de sable. Ils se plaignent également du fait que leur gouvernement ne fait rien pour réparer ce désastre écologique.

    Il y a cinquante ans, la mer d’Aral était le quatrième lac au monde. Aralsk et Muyanak étaient des villes prospères de pêcheurs. Ensuite, dans les années 1960, les autorités soviétiques ont détourné les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria, les deux principaux affluents de l’Aral afin d’encourager les cultures de coton et de riz dans la région.

    En 1990, l’étendue de la mer d’Aral avait diminué d’un dixième et s’était divisée en deux parties. Certains experts pensent que la partie ouzbèke sera bientôt totalement asséchée.

    Les communautés locales ont subi ce qui est souvent décrit comme le pire désastre écologique anthropique de l’histoire. La salinité de plus en plus élevée des eaux a entraîné l’extinction des espèces de poissons autochtones et les habitants ont perdu leur moyen de subsistance. L’eau restante est en outre infestée de pesticides.

    S’en est suivi une crise de santé publique : selon les rapports des Nations-unies, la région souffre aujourd’hui d’une « épidémie » de tuberculose. De plus, le taux de mortalité infantile dans la région est plus élevé qu’en Asie de sud.

    Selon les données de l’UNESCO, « Quelque 70 % des 1,1 million d’habitants de la Karakalpakie (une région autonome ouzbèke bordant la mer d’Aral) souffrent de maladies chroniques telles que des affections respiratoires, la fièvre typhoïde, des hépatites et des cancers de l’œsophage ».

    Des dizaines de milliers d’habitants de cette région ont fui. « Ceux qui sont restés doivent quotidiennement affronter des tempêtes de sable polluées par des tonnes de pesticides et autres produits chimiques », a expliqué une habitante de Nukus, une ville ouzbèke près de la mer d’Aral, qui a quitté sa région il y a dix ans pour des raisons de santé.

    Après que les États d’Asie centrale ont obtenu leur indépendance en 1991, la communauté internationale les exhorte à prendre des mesures afin de traiter le problème de l’Aral. En 1993, les cinq États ont créé le International Fund for Saving the Aral Sea (IFAS) et se sont engagés à financer les efforts de sauvegarde.

    Mais depuis lors, ils n’ont signé que bien peu d’accords et la mer continue de s’assécher. Lors de sa visite en Ouzbékistan en avril 2010, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a invité « tous les dirigeants… à s’asseoir ensemble et à tenter de trouver des solutions ».

    « Beaucoup d’officiels d’Asie centrale ne considèrent pas ce problème comme étant urgent. […] Des tensions générées par des intérêts nationaux divergents ont également entravé leurs efforts », a déclaré un journaliste basé à Samarkand qui avait couvert le désastre pour la télévision étatique ouzbèke.

    Les efforts fournis pour gérer la catastrophe de l’Aral sont englobés dans des problèmes plus larges liés à la gestion des ressources en eau de la région, a ajouté le journaliste qui, craignant des représailles du gouvernement, s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat.

    L’Ouzbékistan ne semble pas pressé de sortir du statu quo. Très peu – voire plus du tout – d’eau de l’Amou-Daria atteint encore l’Aral. Elle est en effet siphonnée afin d’irriguer des cultures de coton que les officiels vendent au prix fort sur les marchés internationaux.

    « Les pays en amont (Kirghizistan et Tadjikistan) sont réticents à apporter leur aide », a ajouté le journaliste. « Ils pensent que le Kazakhstan et l’Ouzbékistan doivent gérer le problème eux-mêmes étant donné que le lac se trouve sur leurs territoires. »

    L’initiative kazakhe donne des raisons de garder espoir. Le barrage de Kokaral – un projet financé à hauteur de 64 millions de dollars par le gouvernement kazakh et la Banque mondiale – enferme, depuis son entrée en fonction en 2005, de l’eau du Syr-Daria dans une portion kazakhe de ce qui reste de la mer d’Aral.

    Le projet semble porter ses fruits. Alors que le niveau de l’eau augmente lentement, la salinité de la partie kazakhe de la mer a diminué par cinq fois et la faune réapparaît. Quelques anciens résidents pleins d’espoir reviennent aujourd’hui à Aralsk et dans d’autres villages côtiers.

    Bien que les critiques affirment que le Kazakhstan a effectivement laissé à l’abandon de larges bandes de ce qui constituait la mer d’Aral pour n’en préserver qu’une petite partie, les environnementalistes basés en Asie centrale louent cette initiative et affirment qu’il est temps pour Tachkent d’en faire de même.

    Si l’on en croit les parutions médiatiques étatiques de l’Ouzbékistan, la crise de la mer d’Aral occupe toute l’attention du gouvernement à Tachkent. Une émission de télévision diffusée en janvier rapportait que, durant la dernière décennie, le gouvernement ouzbek avait consacré près d’un milliard de dollars à la sauvegarde de la mer d’Aral et à l’amélioration des conditions de vie des habitants de la région.

    Un environnementaliste basé à Tachkent a ri à l’annonce de ces chiffres. « À part les quelques campagnes de sensibilisation publique sur la nécessité de préserver l’eau, le gouvernement ne fait rien de substantiel », a-t-il affirmé.

    Certaines personnes s’inquiètent de plus en plus que les officiels à Tachkent soient finalement favorables à la désertification de la région autour de l’Aral. Ces dernières années, la compagnie gazière étatique, Ouzbekneftegaz, fait de la prospection des gisements pétroliers et gaziers dans le bassin de la mer d’Aral avec des partenaires russes et asiatiques.

    En outre, les autorités semblent faire tout ce qu’elles peuvent pour maintenir la crise, ainsi que le fléau des habitants locaux, à l’écart du public.

    En juin 2011, Elena Urlaeva, une des quelques militantes pour les droits de l’homme basés à Tachkent, a visité Nukus, la plus grande ville côtière de l’Ouzbékistan. À la suite de son séjour, elle a produit un rapport décrivant l’augmentation des problèmes de santé des habitants et critiquant le manque d’action gouvernementale.

    En août de la même année, Urlaeva a déclaré avoir été rouée de coups par la police ouzbèke. Et, en novembre 2011, les autorités l’ont menacée de la placer en institution psychiatrique – vestige des techniques soviétiques pour taire les dissidents. Urlaeva a déclaré au site Uznews.net qu’elle était dans le collimateur ouzbek pour avoir critiqué les mesures du gouvernement en Karakalpakie.

    « Comment pouvons-nous résoudre le problème si nous ne pouvons pas en parler publiquement ? », s’est interrogée la journaliste.

    *Cet article a initialement été publié sur le site EurasiaNet.org

    (FIN/IPS/2012)

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