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ENVIRONNEMENT-FRANCE: Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau dit « non » à la privatisation

    AIX-EN-PROVENCE, 09 mars (IPS) – En 2001, Gérard Mestrallet, le patron du géant hydraulique multinational GDF Suez, soulignait « l’engagement de sa société à lutter pour un meilleur accès » à l’eau potable et à l’assainissement dans le monde, dans le but de mettre fin à toutes les maladies liées à l’eau, de la diarrhée infantile en passant par les maladies parasitaires et la dysenterie.

    Selon les dernières données publiées dans le rapport 2006 des Nations unies sur le développement humain, plus de dix ans plus tard, environ 1,8 million d’enfants meurent toujours chaque année des suites de la diarrhée et quelque 443 millions de journées d’écoles sont perdues annuellement à cause de maladies liées à l’eau.

    En outre, plus de 1,1 million de personnes dans les pays en développement ne disposent pas d’un accès adéquat à l’eau et 2,6 milliards de personnes manquent même des infrastructures d’assainissement les plus élémentaires.

    Une semaine avant le Forum Mondial de l’Eau (FME), prévu du 12 au 17 mars dans la ville méditerranéenne de Marseille, en France, les organisateurs ont déclaré lors d’une conférence de presse qu’ils étaient déterminés à apporter « des solutions concrètes » au double problème de la distribution et de la pénurie d’eau.

    Bien que les promesses faites dans le passé n’aient pas été accompagnées de mesures concrètes, les organisateurs de l’événement ont défendu le forum, arguant qu’il constitue un espace international de débat et de contribution d’experts sur les différentes crises de l’eau.

    Cependant, depuis l’avènement de ce forum à Marrakech (Maroc) en 1997, les militants considèrent que peu de solutions concrètes ont été apportées aux différents problèmes liés à l’eau dans le monde et ils ont donc décidé de se rassembler à quelques kilomètres de Marseille pour mettre sur pied leur propre programme.

    Les organisateurs du Forum Alternatif Mondial de l’Eau (connu sous son acronyme français FAME) — qui aura lieu en même temps que le Forum Mondial de l'Eau (FME) — estiment que le FME est un appareil obsolète, lamentablement à la traîne sur l’exigence de plus en plus forte d’une « justice de l’eau » à l’échelle mondiale.

    « Si l’accès à l’eau pour tous a été reconnu comme un droit humain par l’Assemblée générale des Nations unies le 28 juillet 2010, ce n’est pas grâce au FME, mais bien grâce à notre lutte acharnée et aux mouvements sociaux », a déclaré à l’agence IPS Jean-Claude Oliva, expert en eau et participant actif du FAME.

    Il a critiqué l’échec de la session 2009 du FME à Istanbul à inclure « l’accès à l’eau pour tous » comme un droit humain dans sa déclaration finale, une formule exigée en priorité par le bloc des états d’Amérique latine.

    Bien qu’il ait été annoncé que le prochain Forum reconnaîtrait officiellement ce droit à l’eau dans sa déclaration, beaucoup pensent qu’il s’agit d’une simple stratégie médiatique ayant pour objectif de donner une image plus soucieuse de la société civile.

    La conception du FME comme un espace démocratique a également été renforcée dans la « Plateforme des solutions » du Forum et par le biais de sa commission « Racines et citoyenneté ».

    Cependant, ces changements n’ont influencé que dans une faible mesure la réputation du forum de « Davos de l’eau », a déploré Laurent Flety, organisateur local pour le FAME en référence au Forum économique mondial (dont la réunion annuelle a lieu à Davos, Suisse). Les interlocuteurs de ce forum ont en effet la mauvaise réputation de rarement joindre les actes à la parole.

    En effet, une des principales critiques à l’encontre du FME est que ses décisionnaires dépendent souvent de sociétés privées qui prennent des décisions cruciales concernant la distribution de l’eau. Nombre de PDG, dont les dirigeants de titans multinationaux tels que Coca-Cola et Nestlé, ont été invités à s’adresser aux participants de groupes de haut niveau.

    « Les organisateurs du FME font appel au secteur privé pour résoudre le problème et nous refusons cela parce que les corporations privatiseront et contrôleront l’eau partout dans le monde », a déclaré à l’agence IPS Kim Lê Quang, un représentant belge du FAME.

    De son côté, le FAME rassemblera plus de 1.000 personnes venant d’au moins 50 pays à travers le monde pour partager leur expérience de gestion publique des ressources en eau. Ils ont pour but de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils incluent le droit à l’eau potable et à l’assainissement dans leur constitution nationale afin qu’il devienne un droit humain fondamental.

    Leur objectif principal est de promouvoir la gestion publique de l’eau, particulièrement par le biais de « Partenariats publics-publics » qu’ils considèrent comme étant rentables pour toutes les parties prenantes. En établissant une relation non commerciale, la municipalité peut fournir un service fiable et transparent et donc améliorer tout le fonctionnement de la communauté en établissant une capacité de gestion au niveau local.

    Afin d’assister les communautés des pays en développement dans la réappropriation de leur service d’eau, le Syndicat interdépartemental pour l'Assainissement de l'Agglomération Parisienne (SIAAP) a mis au point un partenariat avec la ville de Hue, au Vietnam, afin de donner les moyens aux locaux de rénover leurs infrastructures et d’établir des plans de leur futur système d’évacuation des eaux usées.

    De la même manière, la régie autonome de la ville de Paris, Eau de Paris, a signé un partenariat dans le domaine de la formation avec l’école d’ingénieurs de Sfax, en Tunisie. Le FAME encourage les gouvernements du monde entier à conclure ce genre de partenariats.

    Selon l’expert en géopolitique, Daniel Van Eeuwen, si un tel élan se poursuit, cela pourrait à terme permettre aux communautés de fixer des prix abordables, au lieu de s’en remettre au prix dicté par la loi de l’offre et de la demande.

    Bien que le mouvement n’en soit qu’à ses débuts en France, la lutte politique ouverte pour l’eau en tant que droit humain et bien public a commencé durant les guerres de l’eau en Bolivie en 2000, lorsque les communautés locales ont mené des manifestations acharnées contre la privatisation et l’uniformisation de l’eau (ainsi que la flambée des prix qui a immédiatement suivi).

    En conséquence, Van Eeuwen a expliqué que l’on assiste à une réelle prise de conscience des conséquences négatives de la privatisation en Amérique latine, région qui détient le plus de ressources naturelles.

    Le modèle bolivien d’expulsion des corporations multinationales pour un contrôle public des ressources locales en eau a été imité dans d’autres pays sud-américains et ailleurs dans le monde, étant donné que « ces sociétés n’ont pas respecté les promesses faites à la population au moment de la signature des contrats », a ajouté Oliva.

    « Le modèle de privatisation est un échec, et ne promeut ni le droit à l’eau sur le plan politique, ni un accès concret à l’eau pour les populations », a-t-il conclu.

    Le FAME espère faire entendre sa voix suffisamment fort pour couvrir le vacarme du FME la semaine prochaine.

    (FIN/IPS/2012)

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