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ENVIRONNEMENT-GUATEMALA: Le récif corallien méso-américain se transforme en un désert marin

    GUATEMALA CITY, 08 mars (IPS) – (Tierramérica) Des études scientifiques ont montré que le réchauffement climatique cause des dégâts irréversibles au Système récifal méso-américain (MAR), la deuxième plus grande barrière de corail au monde. Cependant, les efforts restent insuffisants pour protéger cet écosystème vital sur les plans biologique et économique.

    L’augmentation de la température des eaux marines provoque le « blanchiment » ou la perte de pigmentations des récifs coralliens.

    « Cela signifie concrètement que le corail est en train de mourir à cause de la disparition de la zooxanthelle, une algue qui vit en symbiose avec ces écosystèmes », a expliqué à Tierramérica* Juan Carlos Villagrán, expert de la filiale guatémaltèque de The Nature Conservancy (TNC).

    Le corail tire sa couleur de la zooxanthelle qui recouvre les polypes – minuscules animaux qui forment une partie du corail – et produit des sucres et des acides aminés pour les nourrir. En retour, l’algue dispose d’un refuge présentant juste assez de lumière pour lui permettre de se développer grâce à la photosynthèse.

    Un corail coloré est un écosystème fait de milliers de polypes qui fabriquent leur propre squelette calcaire en forme de corolle en utilisant le calcium présent dans l’eau.

    Les récifs se forment au fil des générations de polypes qui se forment et meurent, créant ainsi un habitat pour eux-mêmes et pour nombre d’autres plantes et animaux.

    « Nous constatons une accélération de la disparition de ces écosystèmes, ce qui entraîne de graves conséquences économiques étant donné qu’ils sont le refuge de nombreuses espèces essentielles à l’industrie de la pêche telles que le homard, les mollusques, le mérou et le vivaneau rouge », a déploré Villagrán.

    Le MAR est la plus longue barrière de corail de l’hémisphère ouest et la deuxième au monde après la grande barrière de corail d’Australie. Il s’étend sur plus de 1.000 km de la pointe nord de la péninsule mexicaine du Yucatan en passant par les côtes du Belize et du Guatemala jusqu’au département des Islas de la Bahía du Honduras.

    Les récifs coralliens guatémaltèques de Punta de Manabique et de Sarstún, au large de la côte caribéenne près de la frontière avec le Honduras, n’ont pas non plus échappé aux effets du changement climatique.

    Cependant, « au Guatemala, comme dans de nombreux pays d’Amérique centrale, l’on n’a jamais accordé beaucoup d’attention au problème des régions côtières et marines malgré leur importance significative sur les plans économique, social et environnemental », a ajouté Villagrán.

    L’agence non gouvernementale Healthy Reefs/Iniciativa de Arrecifes Saludables (HRI), révèle dans son rapport 2010 sur le MAR que si en 2008 6 % des échantillons de coraux étaient dans un état critique, en 2010 on a atteint le résultat alarmant de 31 % de coraux en mauvaise santé.

    Les principales menaces pour le récif sont le développement côtier, le tourisme, la pêche excessive, l’augmentation de la température des eaux benthiques et les ouragans, a-t-on souligné dans l’étude.

    Le rapport révèle également que les coraux du récif méso-américain ont connu de multiples épisodes de fort blanchiment en 1995, 1998, 2003, 2005, 2008, 2009 et 2010.

    L’incidence des changements climatiques « est hors de contrôle dans notre région et nous ne pouvons pas y remédier nous-mêmes », a déclaré à l’agence Tierramérica Mario Díaz, membre du ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles du Guatemala.

    Selon l’étude intitulée « Economics of Climate Change in Latin America and the Caribbean 2009 » publiée par la Commission économique des Nations unies pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), l’Amérique centrale n’est responsable que de moins de 0,5 % des émissions totales de gaz à effet de serre, principale cause du réchauffement climatique. Cette région est néanmoins l’une des plus exposées aux catastrophes climatiques.

    Cependant, les pays du récif méso-américain ont obtenu des résultats médiocres lors d’une évaluation des mesures qu’ils pourraient adopter afin de protéger le récif des conséquences du changement climatique et des autres activités anthropiques.

    Les efforts conjoints des quatre pays ont permis d’obtenir un résultat de 2,7 points sur 5, score qualifié de « correct » dans l’éco Audit 2011 des pays du récif méso-américain, dirigé par la HRI en collaboration avec le World Resources Institute (WRI).

    En ce qui concerne la cartographie des récifs potentiellement résistants au réchauffement des mers et donc au blanchiment du corail, le Mexique, le Belize, le Guatemala et le Honduras ont obtenu une moyenne de 2 points, score considéré comme « faible ».

    Ils ont par ailleurs obtenu un résultat de 3 points pour ce qui est de l’engagement dans les traités internationaux et régionaux soutenant la préservation du récif.

    Au Honduras, les effets du réchauffement des eaux benthiques sur le corail sont devenus évidents ces 15 dernières années, a expliqué à l’agence Tierramérica Andrés Alegría de l’organisation non gouvernementale Friends of Roatan Marine Park.

    « Le défi est de garantir que le récif reste suffisamment sain pour pouvoir récupérer lorsque de grands changements climatiques surviennent », a-t-il ajouté.

    Au Honduras, le corail est une importante source de revenus dans deux secteurs : la pêche industrielle et artisanale, « qui fournit de la nourriture à des milliers de personnes », et le tourisme, a expliqué Adrián Oviedo, membre d’un autre groupe non gouvernemental, le Honduras Coral Reef Fund.

    Le changement climatique n’est toutefois pas la seule menace pour le récif méso-américain.

    L’éco Audit du HRI a établi que la viabilité du secteur privé ainsi que celle du traitement des sanitaires et des eaux usées représentaient deux secteurs pour lesquels les quatre pays ont obtenu de « faibles » résultats.

    Marisol Rueda, coordinatrice de la HRI au Mexique, a déclaré à Tierramérica que les gouvernements doivent « adopter des normes de gestion des eaux usées de Classe I, c’est-à-dire qu’ils doivent utiliser moins de produits polluants dans les écoulements d’eaux usées et mettre au point une infrastructure ad hoc pour leur traitement ».

    En ce qui concerne le secteur privé, Rueda a souligné la nécessité d’un plus grand engagement des hôtels et de l’industrie des loisirs dans l’adoption de normes et l’élaboration de programmes de certification écologique.

    (FIN/IPS/2012)

    * Cet article a initialement été publié par des journaux sud-américains appartenant au réseau Tierramérica. Tierramérica est une agence spécialisée financée par IPS avec le soutien du Programme de Développement des Nations Unies, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et la Banque mondiale.

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