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ENVIRONNEMENT-INDE: Une plante invasive menace le dernier refuge du rhinocéros indien

    KAZIRANGA (Inde), 25 février (IPS) – Alors que les ordres de tirer à vue tiennent maintenant les braconniers à l’écart des rhinocéros, une plante invasive toxique menace l’ongulé unicorne dans l’un de ses derniers retranchements, le Parc national de Kaziranga (KNP) à l’est de l’État d’Assam en Inde.

    Initialement introduite en tant que fixateur d'azote dans les plantations de thé entourant le KNP, la grande sensitive (Mimosa Diplotricha) a envahi les 430 km carrés du parc en se faufilant entre les herbes hautes dont se nourrissent les rhinocéros et autres herbivores sauvages.

    « Si ce problème n’est pas résolu, cette plante va détruire le Kaziranga en étouffant les étendues d’herbe. Comment ces animaux pourront-ils survivre sans herbe ? », s’inquiète Chinmoy Dhar, un des gardes forestiers du parc.

    La grande sensitive détériore les herbes (courtes et hautes) et les autres variétés de plantes indigènes en les privant de leur eau et d’autres nutriments minéraux. La biodiversité du KNP est très riche : le parc comprend des zones humides et un mélange d’arbres tropicaux à feuillages persistants et de forêts de feuilles caduques humides, ce qui lui a valu d’être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1985.

    Le KNP abrite plus de 500 espèces d’oiseaux ainsi que des éléphants, des bisons indiens, des cerfs des marais (barasingha), des cerfs cochons, des ours lippu, des léopards, des jaguars, des sangliers, des pythons et des varans.

    Selon une étude menée en 2010 par le département des Forêts d’Assam, grâce à l'abondance de proies, le parc compte le plus grand nombre de tigres au monde avec 32 tigres du Bengale par 100 km carrés.

    Cependant, le plus célèbre résident du KNP est le rhinocéros unicorne. Dans le parc de Kaziranga, on en compte environ 1000, soit un tiers du nombre total estimé d’individus. La plupart des représentants de cette espèce se trouvent au Népal. Quelques couples résident encore dans le parc Sunehra au Pakistan, autrefois vaste royaume de cet animal imposant.

    Pendant longtemps, le KNP a fait la Une de l’actualité étant donné le braconnage incessant des rhinocéros pour leur corne. Celles-ci sont utilisées dans la médecine traditionnelle chinoise et on leur attribue des vertus aphrodisiaques.

    Une surveillance accrue et des lois plus strictes à l’encontre des braconniers ont réduit l’incidence de cette pratique ces dix dernières années. Alors que 48 rhinocéros avaient été tués en 1992, ce nombre est passé à 14 en 2009 et à 9 en 2010.

    Les gardes forestiers, qui ont ordre de tirer à vue sur les braconniers et bénéficient d’une immunité depuis 2010, ont tué 9 braconniers en 2010 et 3 en 2011.

    Cependant, la demande des acheteurs chinois en cornes de rhinocéros est tellement forte que la politique de tolérance zéro n’est pas suffisamment dissuasive. En janvier 2012, un rhinocéros a été tué dans la partie ouest du parc, bien que les braconniers n’aient pas réussi à emporter sa corne.

    « Nous sommes parfois confrontés à des braconniers venant d’États insurgés voisins tels que le Nagaland ou le Manipur, qui travaillent en connivence avec des hommes de chez nous. Ils ont des armes très sophistiquées que nous n’avons pas à notre disposition », a déclaré Surajit Dutta, directeur du KNP.

    « Certains de nos camps sont dans des zones éloignées du parc, régies par des équipes de 3 à 4 gardes forestiers. Pour contrer ces criminels, il faudrait des équipes plus grandes, de 6 à 7 gardes », a-t-il ajouté.

    Kanak Chandra Nath, un des gardes forestiers du parc explique que les rhinocéros sont des animaux très propres et que c’est précisément ce qui les conduit à leur perte. En désignant un énorme tas d’excréments, le garde poursuit : « Les rhinocéros ne font pas leurs excréments n’importe où. Ils choisissent certains endroits, ce qui fait d’eux des proies faciles pour les braconniers ».

    Malgré les tentatives incessantes de braconnage, le KNP est considéré comme l’un des endroits en Inde où la protection des animaux remporte un véritable succès. Cependant, la Mimosa Diplotricha représente aujourd'hui une nouvelle menace pour les résidents du parc.

    Différentes méthodes écologiques ont été mises en œuvre pour tenter d’exterminer la grande sensitive, avec le soutien scientifique du Rain Forest Research Institute (RFRI) de la ville de Jorhat.

    Le directeur du RFRI, N.K. Vasu, a déclaré à l’agence IPS : « De ma longue expérience (il était auparavant directeur du KNP), j’ai conclu que la seule manière d’exterminer les plantes envahissantes est l’éradication manuelle. Les autres méthodes pourraient endommager les diverses espèces animales du parc. »
    Vasu pense que l’expansion du Mimosa Diplotricha peut être contenue « si l’éradication est effectuée deux fois par an pendant deux à trois années consécutives ».

    Dutta considère, quant à lui, que l’éradication manuelle est une bonne solution, mais que l’appliquer sur toute la superficie du parc impliquerait des dépenses considérables.

    Le KNP est fermé au public durant la saison des moussons, d’avril à novembre, principalement parce que presque toute la zone le long des rives de la rivière Brahmaputra est inondée.

    La saison touristique amène son lot de problèmes, avec la file de visiteurs bruyants qui s’installent dans les nombreuses chambres d’hôtes établies en bordure du KNP.

    « Le tourisme implique certaines règles, mais la plupart des visiteurs ne respectent pas la nature. Ils sont souvent bruyants, ils pensent être au zoo », a conclu Dhar.

    (FIN/IPS/2012)

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