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ENVIRONNEMENT: La fin du Protocole de Kyoto dès cette année ?

    Analyse par Marwan Macan-Markar

    BANGKOK, 09 septembre (IPS) – Les négociateurs des pays les plus pauvres du monde ont mis fin à un nouveau round de négociations au niveau de l'ONU en matière de changement climatique. La fin des travaux a été aussi l'occasion de lancer un nouveau signal d'alarme concernant l'avenir du Protocole de Kyoto en vue de la prochaine réunion décisive qui aura lieu en novembre à Doha (Qatar).

    « Nous craignons pour l'intégrité environnementale du Protocole de Kyoto, qui est le seul traité international qui lie les pays développés afin qu'ils réduisent leurs émissions. Ce traité représente donc la seule assurance que des mesures seront prises mais il est en train de disparaître devant nos yeux », précise dans un communiqué commun l'Alliance des petits États insulaires (AOSIS), les pays les moins avancés (PMA) et le Groupe Afrique, qui représentent plus d'un milliard de personnes vulnérables aux ravages des intempéries extrêmes.

    Cette préoccupation sur le sort du Protocole de Kyoto dans la capitale du Qatar, où les négociateurs de plus de 190 pays se réuniront pour un sommet sur le climat de l'ONU, n'est pas sans raison. La prochaine conférence des parties (CoP 18) sera la dernière réunion avant la fin de l'échéance fixée au 31 décembre de cette année pour que les pays industrialisés du monde répondent à leurs engagements initiaux, juridiquement contraignants, pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et d'annoncer de nouvelles réductions juridiquement contraignantes pour la période d’après 2013.

    Mais d'après les analystes qui ont suivi les pourparlers à Bangkok, les pays riches semblent décidés à abandonner le leadership qu'il s'était engagé à montrer dans le cadre du Protocole de Kyoto signé en 1997 et qui est entré en vigueur en 2005 après près d'un dix ans de négociations.

    Dans le cadre du Protocole de Kyoto, pierre angulaire de l'architecture de l'ONU sur les changements climatiques avec la Convention-cadre sur les changements climatiques (UNFFC) – 37 pays industrialisés et l'Union européenne (UE) se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5 % par rapport aux niveaux de 1990 d'ici la fin de 2012.

    Au cours des dernières négociations sur le climat, qui s'est déroulées du 30 août au 5 septembre, ces pays dits de l'"Annexe 1" en vertu du Protocole de Kyoto, ont offert peu d'espoir pour les pays en voie de développement en affirmant qu'il y avait peu de chances qu'un nouveau traité similaire juridiquement contraignant puisse voir le jour la période allant de 2013-2020.

    « Il faut que les négociations pour le Protocole de Kyoto soient conclus avec succès et cela signifie qu'il faut aboutir à une deuxième période d'engagement en place par la prochaine Conférence des Parties à Doha », précise M. Martin Khor, directeur exécutif du South Center, un think-tank politique basée à Genève.

    « Les négociations de Doha doivent être à propos de la poursuite du Protocole de Kyoto, sinon quel est l'intérêt de toutes ces négociations ? La déception des négociateurs des pays en voie de développement a été manifeste lors de la session finale des pourparlers de Bangkok. Ils ont réalisé que les pays développés ne veulent pas faire preuve de leadership pour répondre à leurs obligations en vertu du Protocole de Kyoto », ajoute-t-il.

    Même la proposition de l'Union européenne de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % sur une période de huit ans à partir de 2013 a été rejetée par les militants environnementalistes. « Le Protocole de Kyoto proposé par l'Union européenne n'est pas juridique mais simplement politique », regrette Asad Rehman, chef du département climatique des Amis de la Terre, une organisation environnementaliste mondiale. «La proposition de 20 % de l'UE équivaut en réalité à faire du 'business as usual' et faire comme d'habitude signifie tuer l'environnement et commettre un acte criminel ».

    Les militants environnementalistes s'appuient sur des rapports scientifiques qui appellent à davantage de réductions d'émissions pour empêcher que la température de la planète ne monter à des niveaux qui pourraient causer des ravages sur l'environnement. Le lauréat du Prix Nobel de la Paix, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat a également appelé à des réductions des émissions mondiales de 25 à 40 % d'ici 2020 pour empêcher que la température de la planète ne puisse monter de plus de deux degrés Celsius par rapport à l'époque pré-industrielle.

    D'autres critiques estiment que les pays industrialisés ont été les plus grands pollueurs de la planète, représentant 70 % des émissions de gaz à effet de serre de 1890 à 2007 et qu'ils peuvent donc condamner la planète au pire des scénarios. « Ce qui a été convenu (lors de la dernière réunion CoP en 2011) à Durban est un régime de « laissez faire » jusqu'en 2020, où seuls les« engagements volontaires » compteront pour la réduction des émissions », rappellent les principaux membres du Focus on the Global South dans un commentaire publié dans le Bangkok Post.

    « La tragédie est que ces engagements vont représenter seulement une réduction de 13 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990 », commente Pablo Solon et Walden Bell de Focus on the Global South. « Cela va nous conduire à une augmentation de la température mondiale d'au moins quatre à six degrés Celsius au cours de ce siècle ».

    Les Etats-Unis, en dépit d'être le pire pollueur de la planète, ont campé sur leurs positions au cours de la première phase de réduction du Protocole de Kyoto en refusant de signer un nouvel engagement juridiquement contraignant de seulement 5 %.

    « Le gouvernement américain est opposé à une structure de haut en bas dans la période d'après Protocole de Kyoto », explique Meena Raman, conseiller juridique auprès du Third World Network, un think tank de lobbying pour les intérêts des pays en voie de développement, basée à Penang, en Malaisie. « Les Etats-Unis préfère un système volontaire en s'engageant à réduire les émissions qui ne sont fondées ni sur la science, ni sur l'équité. »

    On se dirige vers une impasse sur l'avenir du Protocole de Kyoto lors du sommet de Doha et les scénarios qui se dessinent actuellement laissent peu de place à l'optimisme pour les pays les plus touchées par les catastrophes liées au climat à savoir les pays les pauvres du monde. « Même si nous aboutissons à un engagement pour une deuxième période, l'avenir restera sombre puisque même les objectifs fixés par le Protocole de Kyoto n'ont pas été accomplis », précise Dorothy-Grace Guerrero, coordinateur pour Focus on the Global South.

    « L'AOSIS a mis des chiffres sur la table des négociations pour permettre la survie des petits États insulaires en cas de montée du niveau de la mer. Il faut que les pays de l'Annexe 1 réduisent leurs émissions de 50 % par rapport aux niveaux de 1990 pour la deuxième période d'engagement », conclut-elle.

    (FIN/IPS/2012)

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