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ENVIRONNEMENT-MOYEN-ORIENT: La guerre israélo-palestinienne des oliviers

    GAZA, 09 janvier (IPS) – "Dans les moments difficiles, l'huile d'olive nous a permit de survivre", confesse Ahmed Sourani du Comité palestinien pour l'aide à l'agriculture (PARC) "Beaucoup de personnes qui n'avaient pas pu fuir lors de la dernière guerre n'ont vécu pendant longtemps que de pain et d'huile d'olive."

    Même durant la première Intifada (soulèvement palestinien contre l'occupation israélienne), les olives et leur huile étaient vitales à la survie de la population. Sourani rappelle que des milliers de familles palestiniennes particulièrement démunies ont pu survivre en se nourrissant d'olives. "Lorsque l'armée israélienne nous impose des couvre-feux, c'est notre principal aliment. La plupart des étudiants prennent des sandwichs au zahtar (thym sauvage) et à l'huile d'olive pour déjeuner à l'école."

    Cette composante majeure du régime alimentaire palestinien a été, au fil des années, la cible d'Israël. Selon un rapport d'Oxfam publié en novembre 2008, 112 000 oliviers ont été détruits dans la bande de Gaza depuis 2000.

    "Selon les autorités israéliennes, la "zone tampon", zone de non-droit imposée par Israël et interdisant aux Palestiniens l'accès à leur territoire, s'étend à 300 mètres de la barrière qui sépare la bande de Gaza du territoire israélien", explique Sourani. "Mais en réalité elle s'étend bien au-delà de 600 mètres et englobe 30% des terres arables de Gaza".

    Selon l'ONU, des régions situées à plus de deux kilomètres de la barrière sont rendues inaccessibles par les tirs, l'artillerie lourde et les intrusions israéliennes à l'intérieur des frontières de Gaza.

    Au sein du PARC, on note que plus de 42% des 175 000 dounams (un dounam équivaut environ à 1.000 m²) de terres arables dans la bande de Gaza ont été détruits pendant les invasions et opérations israéliennes. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte que la dernière guerre israélienne à Gaza, à elle seule, a causé la perte de près de 60% de l'industrie agricole.

    Malgré cette campagne systématique de destruction des oliviers et d'interdiction d'accès aux terres agricoles, Sourani explique que "dans certaines régions de Gaza on trouve encore des oliviers vieux de centaines d'années". C'est surtout le cas dans les quartiers de Zaytoun, Sheyjayee et Tuffah.

    Sourani ajoute que, outre le nombre comparativement insignifiant de vieux oliviers, l'âge moyen d'un arbre est aujourd'hui d'environ cinq ans.

    Etant donné le nombre croissant de terres arides, le ministère de l'Agriculture de Gaza prépare actuellement une résistance pacifique à la décimation de l'industrie agricole palestinienne par Israël.

    Ahmad Fatayar, membre du ministère, déclare que pendant et après l'occupation israélienne les décisions politiques influencées par Israël ainsi que les avantages économiques avaient pour but de contraindre les agriculteurs palestiniens à cesser de planter des arbres sur leurs terres et à travailler en Israël dans des serres ou comme manouvriers.

    Après le passage au bulldozer de leurs terres par Israël, les Palestiniens trouvaient difficile voire impossible de cultiver leurs propres oliviers.

    "Nous avons créé un arboretum d'oliviers afin de cultiver un million de ces arbres dans la bande de Gaza, notamment dans la zone tampon qui a été si durement touchée", explique Fatayar.

    Il dresse ensuite une liste étonnamment longue des propriétés et des secteurs d'utilisation des olives: "Elles peuvent être cultivées dans les rues, dans les cours d'écoles et également devant les habitations. Elle peuvent supporter de rudes sécheresses, l'eau salée, elle peuvent être conservées très longtemps et sont utilisées dans des secteurs divers tels que l'industrie alimentaire, l'alimentation animale, l'industrie du charbon, le terreau et les médicaments".

    Il ajoute que, pour une famille palestinienne moyenne composée de huit membres, "deux ou trois oliviers suffisent à fournir l'huile et les olives nécessaires à une consommation annuelle".

    Selon Sourani, outre les aspects nutritionnel et économique des olives, elles sont essentielles pour bien d'autres raisons. "Les Palestiniens considèrent également l'olivier comme le symbole de leur territoire, de l'indépendance, de la paix et de la dignité".

    "Nous utilisons l'huile d'olive pour tout, même pour les cheveux. Quand nous sommes malades, nous nous frictionnons avec de l'huile d'olive. Elle est également utilisée en cosmétique: on s'en sert pour fabriquer le kôhl, substitut bio de l'eyeliner. Les feuilles d'olivier présentent certaines vertus médicinales, on peut y avoir recours en pharmaceutique ou les faire infuser afin de traiter le diabète et les maux d'estomac".

    Afin de satisfaire les besoins en olives et en huile du nombre colossal de Palestiniens résidant dans la bande de Gaza (1,6 million de personnes sur 365 km²), ces produits étaient auparavant importés en provenance de la Cisjordanie occupée.

    Selon un rapport de Oxfam publié en 2010, "le blocus imposé par les Israéliens dans la bande de Gaza a considérablement affecté l'importation d'olives et d'huile en provenance de la Cisjordanie". On note dans le rapport une augmentation des importations "d'huile dont le prix a été réduit pour cause d'expiration de la date de péremption".

    "Aujourd'hui, seule une faible quantité d'huile provient encore de la Cisjordanie, le reste vient de Syrie, du Liban, d'Egypte et d'Espagne", explique Sourani. "Mais nous préférons toujours l'huile palestinienne, Surri, datant de l'époque romaine".

    A l'instar de l'olivier, le dattier détient une importance historique, nutritionnelle, économique et culturelle pour les Palestiniens. "Les dattiers sont une composante essentielle du régime alimentaire, ils sont très productifs et ne sont pas d'un coût très élevé", continue Sourani.

    "Les dattiers peuvent être cultivés sur un ou deux mètres carré", fait remarquer Ahmad Fatayar. "Un seul palmier peut donner jusqu'à 200 kg de dattes".

    Le programme pour l'autonomie du ministère de l'Agriculture prévoit la culture de dattiers.

    "En environ 7 ans, un plant donnera un dattier porteur de fruits et dix autres plants", ajoute Fatayar. "Dix plants donneront, sept ans plus tard, dix dattiers productifs and 100 autres plants".

    Selon les estimations du ministère de l'Agriculture, d'ici à 2020 approximativement trois millions de plants auront été semés, dont la plupart seront productifs.

    Les dattes peuvent être utilisées dans les secteurs alimentaires (confitures, friandises et huile), textiles (fibres et tissu), agricoles (alimentation animale). On peut également en faire du papier.

    (FIN/IPS/2012)

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