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ENVIRONNEMENT-PAKISTAN: La guerre environnementale des talibans

    PESHAWAR, 19 janvier (IPS) – Les forêts du nord-ouest du Pakistan subissent de plus en plus les exactions environnementales perpétrées par les combattants talibans à la recherche de ressources pour soutenir et financer leur programme militaire.

    Le paysage du district administratif de Swat, dans la province du Khyber Pakhtunkhwa qui fut un jour une vallée luxuriante, est désormais affublé de milliers de souches. Les militants talibans ont en effet décimé des hectares de forêts dans le but d'avoir des revenus tirés du commerce du bois de construction.

    « Presque toutes les régions forestières ont été décimées sans scrupule, mais le Swat a été particulièrement touché par les atrocités des talibans ces deux dernières années », explique à l'agence IPS Jamshaid Ali Khan, secrétaire de l'association Sarhad Awami Forestry Ittehad (SAFI).

    Le SAFI a été créé en 1997 dans l’espoir de protéger, de gérer et de développer les forêts, en garantissant un revenu aux travailleurs locaux, en réduisant la pollution de l’air et en minimisant l’érosion du sol pendant les inondations. Cependant, ses activités ont été fortement réduites entre 2007 et 2009, lorsque les talibans (combattants armés d'un mouvement fondamentaliste musulman principalement actif à la frontière afghano-pakistanaise) ont pris le contrôle du district de Swat.

    Malgré tous ses efforts, l’organisation n’a pas réussi à enrayer l'émondage des arbres servant à financer le mouvement islamiste. Jamshaid déplore aujourd'hui la tactique talibane qui consiste à avoir recours aux services de « la mafia du bois » pour décimer les forêts et vendre leur bois à des prix dérisoires.

    Rahim Gul, chercheur à l’Université de Peshawar, explique que les talibans ont souvent pour habitude de « faire main basse » sur les ressources naturelles, lorsqu’ils sont à court de fonds.

    Il ajoute que « les talibans financent leur mouvement en élaguant des arbres ou en imposant des taxes exorbitantes sur le transport de marbres provenant du nord des régions tribales (FATA) » et que les méthodes peu scrupuleuses d’élagage entraînent des dégâts irrémédiables sur l’environnement.

    « Il faut 100 ans pour qu’un arbre atteigne son âge adulte et pour qu’il puisse être coupé pour le bois de construction. Le gouvernement coupe les arbres après les avoir examiné et plante de jeunes arbres pour les remplacer », a expliqué Jamshaid. La majorité des arbres coupés par les talibans n’ont pas encore atteint leur maturité, regrette-t-il. M. Gul cite des recherches menées par l’Institut forestière du Pakistan à Peshawar et affirme que les talibans emploient également des méthodes telles que des demandes de rançons, la culture de champs de pavot ou l'offre de refuge pour criminels afin de générer des revenus. Ils exploitent et vendent également des pierres précieuses, dont des émeraudes de très haute qualité.

    Cependant, la déforestation reste l’activité la plus répandue et sans doute la plus destructrice.

    Déforestation massive
    Mohammad Jawad, garde forestier dans la région du Khyber Pakhtunkhwa, a expliqué qu’avant le début du militantisme en 2005, la province fournissait 40 % des ressources forestières du Pakistan.Bien qu’aucune nouvelle recherche n’ait été réalisée depuis, « on pense que les talibans ont détruit 80 % de ces forêts », a-t-il ajouté.

    La circonscription du Malakand, située dans le nord-ouest du Pakistan et réputée pour ses vastes étendues de pins, de cèdres de l’Himalaya et de cèdres, est aujourd’hui une plaine désertique.

    « Moins de forêts signifient moins d’argent pour les plus de 20.000 foyers du district de Swat et des districts adjacents dans la circonscription de Malakand. Tous ces foyers considéraient en effet les forêts comme leur ‘moyen de survie’, étant donné qu’elles étaient synonymes de revenus et de redevances pour la vente des arbres », explique-t-il.

    Ameer Muhammad Khan du SAFI précise à IPS que les communautés locales dépendaient traditionnellement du bois de chauffage, de construction et du petit bois destiné à l’élevage en pâturages. Il insiste sur le fait que « le gouvernement est responsable de la protection de ces forêts, mais qu’il n’est pas en mesure d’enrayer la déforestation perpétrée par les talibans, une action qui a privé 80.000 personnes des redevances provenant de la vente durable d’arbres ».

    Selon le SAFI, tous les habitants de la région forestière de Malakand recevaient environ 100 dollars annuellement en redevances avant que ne débute la vague de déforestation des talibans, mais aujourd’hui cette somme atteint à peine les 10 dollars. La population blâme les talibans pour cette diminution soudaine de leur maigre revenu.

    Selon un rapport de la Corporation de développement de la forêt, tant la population de Malakand que le gouvernement ont subi des pertes allant jusqu’à 350 millions de dollars.

    Le ministre régional des Forêts du Khyber Pakhtunkhwa, Wajid Ali Khan, déclare à IPS que son ministère avait lancé un programme ayant pour objectif de mobiliser les communautés locales afin qu’elles plantent plus d’arbres et compensent ainsi, avec un peu de chance, les pertes engendrées par les talibans.

    « Nous avons également débuté des réunions avec des législateurs, des bureaucrates, les communautés locales et les médias afin d’encourager de bonnes habitudes de reboisement dans les régions touchées », ajoute-t-il.

    Le programme prévoit en outre de mobiliser, d’organiser et d’autoriser les propriétaires forestiers, les détenteurs de droits (toute personne possédant des redevances provenant de la vente d’arbre appartenant au gouvernement) et les non-propriétaires afin d’influencer les réformes politiques, a expliqué le ministre.

    « Nous avons entrepris des réformes, en collaboration avec les détenteurs de droits afin de mener des campagnes de reboisement et d’éviter de plus amples abattages d’arbres. Plus de vingt points de contrôle des forêts ont été établis. Ces derniers sont gérés par les communautés locales en collaboration avec le gouvernement ».

    Le SAFI demande également au gouvernement d’augmenter les redevances étant donné que le militantisme a fortement affecté le commerce local. Les communautés qui dépendent fortement des forêts sont les premières victimes de la déforestation orchestrée par les talibans qui a également endommagé l’écosystème, nécessitant des méthodes intégratives et interactives telles que l’arboriculture forestière.

    « Afin de promouvoir l’arboriculture forestière, nous avons distribué 1,5 million de plants aux résidents locaux », a déclaré Jamshaid à IPS.

    Le SAFI a également planté 100.000 jeunes arbres sur 2.000 hectares de terres dans le Malakand, après la défaite des talibans en 2009.

    Dans un autre effort pour contrecarrer les effets de la déforestation rampante, le SAFI a accueilli la réunion annuelle de la People’s Forest Assembly durant laquelle les participants ont discuté des méthodes de protection et de gestion, a déclaré Ameer Muhammad à IPS.

    Pourtant, Jamshaid a souligné que bien plus de moyens seraient nécessaires afin de créer un environnement favorable à une gestion viable et participative des forêts.

    Les talibans n’ont pas seulement procédé à la déforestation du district de Malakand, mais ils ont également coupé 6.000 hectares de forêts dans la région avoisinante. Abdul Rasool, garde forestier au secrétariat des régions tribales, explique à IPS que les militants ont jusqu’à présent coupé approximativement 50.000 grands arbres.

    Les districts du Swat, de Dir et de Buner sont les trois des sept districts à avoir été les plus détruits : leurs collines qui étaient couvertes de grands arbres sont maintenant désertiques.

    (FIN/IPS/2012)

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