Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

ENVIRONNEMENT: Vendre dans la boue le long de la frontière dominicaine

    By Patricia Grogg

    JIMANÍ, République dominicaine, 1 sep (IPS) – Se déplacer le jour du marché, le long de la frontière boueuse entre la République dominicaine et Haïti, est presque impossible pour ceux qui ne connaissent pas l'art d'esquiver les camions, motocyclettes et bicyclettes.

    Cet exercice est également impossible pour ceux ne savent pas zigzaguer au milieu des tas désordonnés de produits dispersés partout, ni se faufiler parmi les centaines de gens qui vont et viennent entre les deux pays.

    C’est également impossible de se faire entendre, alors il est important de marcher prudemment, pour éviter de tomber sous la foule.

    Vers midi l'activité principale est terminée, comme en témoignent les files d'hommes et de femmes qui, transportant des charges sur leur tête, se mêlent aux véhicules, marchant lentement et attentivement à travers la frontière, dans la boue, les flaques d'eau, et parfois dans de l'eau pouvant arriver au genou.

    Les autorités "examinent la façon de déplacer ce marché sur un site plus sûr", a déclaré Yanelys Díaz, adjoint au maire de Jimaní, une ville de 14.000 habitants à la frontière avec Haïti, qui est la capitale de la province d'Indépendancia, dans le sud-ouest de la République dominicaine.

    Díaz a admis que le site était un terreau fertile pour les épidémies de choléra, du paludisme et de la dengue. "Cela doit être corrigé", a-t-il indiqué à IPS.

    Le commerce transfrontalier ici a été réduit à néant dans une petite zone détrempée par les inondations provoquées lorsque le lac Azuei, du côté haïtien, est sorti de son lit. L'eau a inondé la plupart des bâtiments administratifs, et des centaines de personnes ont été affectées par la baisse des affaires.

    Les habitants du coin disent que jusqu'en 2007, le lac Azuei s’étendait seulement sur environ 500 mètres sur le territoire dominicain. Mais il s'étend actuellement sur près de deux kilomètres dans ce pays, jusqu'à la route qui traverse la frontière.

    Haïti est le deuxième plus grand partenaire commercial de la République dominicaine, après les Etats-Unis. Les deux pays partagent l'île d'Hispaniola.

    Malgré les conditions défavorables, les affaires continuent, a affirmé à IPS, un exportateur dominicain de produits alimentaires. "Il y a de bons jours et de mauvais jours pour les ventes. Mais elles n'ont pas cessé, et se font en espèces, en dollars américains ou en pesos dominicains", a déclaré cet homme d'affaires, qui a perdu du bétail et des terres lorsque le lac a débordé.

    Des communautés dans les provinces dominicaines d’Independencia et de Bahoruco, dans le sud, partagent le lac Azuei avec Haïti. Elles ont aussi le lac Enriquillo, le plus grand lac et la plus basse altitude dans les Caraïbes. La vie économique de la région tourne autour de ces deux lacs, qui sont très en danger depuis des années.

    Pour ce pays de 10 millions d'habitants, la montée du niveau de l'eau dans le lac Enriquillo représente un problème environnemental avec de graves répercussions socioéconomiques, en particulier depuis 2007, lorsque l’orage tropical Noel a déversé 700 mm de pluie sur la zone en cinq jours. Quelque 15.000 hectares de terres agricoles et de pâturages sont immergés depuis lors.

    Mais les gens de la région craignent que la situation ne devienne encore plus grave. Plusieurs études indiquent que la montée du niveau de l'eau dans les deux lacs pourrait être un signe précoce de changement climatique et de modifications environnementales futurs dans la région au cours des 20 ou 30 prochaines années. En 2100, prévoient-elles, la République dominicaine pourrait perdre 14 pour cent de son territoire, du fait de la montée des niveaux de la mer.

    "Concernant l'origine du phénomène (de la montée des niveaux des lacs), il existe différentes théories et études, mais la communauté ne dispose pas d'informations précises ou officielles", a déclaré à IPS, Adela Matos, chef de projets à 'World Vision'.'World Vision', basée aux Etats-Unis, possède une clinique à Jimaní, qui fait partie de la Coalition Enriquillo-Azuei, une alliance de producteurs, commerçants, syndicats, de l'Eglise catholique et des gouvernements locaux d’Independencia et de Bahoruco, mise en place pour trouver une solution aux problèmes causés par le gonflement des deux lacs.

    "Il est évident que le développement atteint ces dernières années a été retardé par cette situation", a expliqué Matos.

    Parmi les institutions qui ont examiné le problème, Matos a mentionné l'Université autonome de Saint-Domingue, l'Institut national des ressources hydrauliques, et des centres universitaires privés de recherches comme l'Institut des technologies (INTEC).'Acento.com', un quotidien dominicain en ligne, a rapporté que les résultats préliminaires d'une étude réalisée par des experts venus de l’INTEC et de 'City College of New York' indiquaient que la montée des niveaux de l’eau était due à "des changements hydroclimatiques" et au réchauffement des océans.

    Selon l'équipe de recherche, le réchauffement de la planète provoque une évaporation plus grande des océans, entraînant des cycles d'évaporation et de précipitations plus intenses, et le gonflement des fleuves et des lacs.

    Ces conditions sont combinées avec la chute inhabituelle de l'évaporation en provenance des lacs, ce qui entraîne une montée plus accrue du niveau de l'eau.

    Les experts ont prévenu que cela survient dans le lac Azuei (appelé lac Sumatre, du côté haïtien), le lac Cabral en République dominicaine et dans des lacs jusqu’en Chine.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa