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ESPAGNE: La mer avale les histoires des Africains noyés à Ceuta

    By Inés Benítez

    MALAGA, Espagne, 14 mars (IPS) – "Qui parlera pour eux désormais? Qui racontera leurs histoires à leurs familles au Cameroun ou en Côte d'Ivoire?", a demandé Edmund Okeke, un Nigérian, au sujet des 16 migrants qui sont morts en essayant de nager depuis le Maroc jusqu'à la ville de Ceuta en Espagne.

    Les victimes ont été repoussées avec des balles en caoutchouc tirées par la 'Guardia Civil' (police militaire) espagnole depuis la plage de cette enclave espagnole située sur la côte nord-ouest d’Afrique, le 6 février.

    "Ce sont des gens qui vivent dans des conditions insupportables de la pauvreté et qui recherchent une vie meilleure. Sinon, pourquoi voudraient-ils quitter leur pays et se lancer dans un tel voyage long et dangereux?", a déclaré Okeke, le président de l'Association des immigrés de Palma-Palmilla, dans la ville de Malaga, dans le sud de l'Espagne.

    Okeke vit dans la zone depuis 14 ans et il croit que les mesures prises par les autorités frontalières espagnoles "ne peuvent pas être justifiées".

    C'est pourquoi, a-t-il indiqué à IPS, il demande au gouvernement du Premier ministre de droite, Mariano Rajoy, une enquête "appropriée" ainsi que la poursuite et le jugement de "ceux qui sont responsables d’avoir donné l'ordre de tirer" sur des gens "qui n’étaient ni agressifs, et ne représentaient non plus un danger pour personne".

    Les 16 migrants se sont noyés lorsque des dizaines ont sauté dans la mer pour tenter d’atteindre Ceuta en nageant autour de la digue qui sépare les eaux marocaines et espagnoles.

    Le ministre de l'Intérieur, Jorge Fernández Díaz, a reconnu le 13 février devant le parlement que les autorités avaient tiré des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes dans l’eau depuis la terre ferme.

    "Mais pas sur des gens", a-t-il souligné dans sa description des faits qui font l’objet d'une enquête menée par le bureau du procureur général, à la suite d'une plainte déposée par une vingtaine d'organisations non gouvernementales.

    Fernández Díaz a visité Ceuta et Melilla, l'autre ville autonome espagnole située sur la côte nord-

    ouest de l’Afrique, les 5 et 6 mars. Là-bas, il a annoncé que les clôtures séparant ces enclaves du Maroc seraient renforcées par des mailles métalliques spéciales pour les rendre encore plus difficiles pour les immigrés d’escalader.

    Chaque année, des milliers d'Africains, venus pour la plupart de la région sub-saharienne, tentent d'entrer dans l'Union européenne en grimpant les trois rangées de clôtures bordées de barbelés qui séparent le territoire marocain de Ceuta et de Melilla, ou en traversant la frontière dans de petits bateaux à partir du Maroc ou de leur pays d'origine.

    Mais traverser à la nage était une option encore plus désespérée.

    Tina Adrasubi, une Nigériane de 34 ans, a quitté son domicile à Benin City, une ville du Nigeria, il y a 13 ans à venir en Espagne pour aider sa famille.

    "Je suis allée au Mali en voiture avec un ami, puis au Maroc à pied pour atteindre Ceuta", a-t-

    elle souligné à IPS, berçant sa fille de deux mois, Gloria. Beaucoup d'Africains subsahariens mettent des années pour atteindre le Maroc.

    Chacun des jeunes hommes qui se sont noyés a sa propre histoire, et peut-être une mère qui attend un appel téléphonique qui ne vient jamais, mais "il semble que cela n’importe pas du tout quand vous êtes pauvre", s’est plainte Okeke à IPS.

    Les cinq corps récupérés du côté espagnol de la clôture frontalière reposent dans des tombes anonymes dans un cimetière de Ceuta. Les autres ont été amenés dans des morgues marocaines.

    Le Parti populaire au pouvoir a rejeté une mesure du Congrès visant à ouvrir une commission d'enquête sur la tragédie.

    Cecilia Malmström, commissaire européenne aux affaires intérieures, a suggéré dans une lettre adressée au ministre Fernández Díaz que "les balles en caoutchouc auraient pu provoquer la panique parmi le groupe d'immigrés" qui tentaient de nager jusqu'à la côte, contribuant à ces décès.

    Environ 80.000 immigrés, 40.000 au Maroc et 40.000 autres en Mauritanie, attendent leur chance d'entrer dans l'UE par Ceuta et Melilla, a déclaré le ministre le 4 mars, selon les chiffres fournis par le Maroc et corroborés par son cabinet.

    Le chef de l'Union, Gerardo Cova, qui entre 2001 et 2007 était directeur du Centre d'information pour les travailleurs étrangers, dans la station balnéaire de Marbella, a indiqué à IPS: "Le gouvernement veut créer une alarme sociale et [il] criminalise les immigrés afin de justifier ses actions et réduire les droits des étrangers".

    En 2013, au total, environ 100.000 immigrés ont été interceptés en tentant de traverser les frontières maritimes et terrestres pour entrer dans les 28 pays membres de l'UE.

    L'Espagne est la quatrième voie d'entrée irrégulière la plus fréquente, selon les chiffres publiés en décembre 2013 par l'Agence européenne pour la gestion des frontières extérieures (Frontex), citée par son directeur adjoint, Gil Arias.

    "Au lieu de les sauver, ils ont été traités comme des animaux", s’est plainte à IPS, à son domicile, Christiana Nwokeji, la présidente de l'Union des femmes nigérianes de Malaga.

    Pendant qu'elle parlait, une vidéo sur la télévision montrait plusieurs survivants qui ont réussi à nager jusqu'à la côte à Ceuta, seulement pour être immédiatement renvoyés au Maroc.

    Nwokeji a remarqué que les Espagnols, aussi, émigrent en raison du taux de chômage extrêmement élevé, à cause de la crise économique et des nouvelles réglementations qui font qu’il est plus facile de licencier les travailleurs. "Tout le monde sur la planète émigre quand ils sont confrontés à un manque d’opportunités", a-t-elle souligné.

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