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ETHIOPIE: Al-Shabaab mène ses 'dernières opérations' dans le pays

    By Une analyse de Jacey Fortin

    ADDIS-ABEBA, 21 oct (IPS) – L'explosion s'est produite à 2H40 un dimanche après-midi, sur une petite rue bordée d'arbres à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. La zone était calme – abritant des diplomates étrangers, des fonctionnaires nationaux et plusieurs ambassades.

    Et l'explosion était assez forte, tuant deux hommes, effrayant les voisins, et démolissant une petite maison. Mais si la théorie actuelle du gouvernement est correcte, le carnage aurait pu être bien pire.

    Le dimanche 13 octobre était le jour d'un grand match de football – un tour rare dans les matchs de barrage de la Coupe du monde pour l'Ethiopie, qui a finalement perdu contre le Nigeria à Addis-Abeba.

    Vu les débris retrouvés sur le site de l'explosion, notamment des ceintures d'explosifs et un maillot de l'équipe éthiopienne, les enquêteurs pensent que les hommes peuvent être en train de planifier une explosion près du stade de football au centre d’Addis-Abeba, où des milliers de fans et d’agents de sécurité s'étaient rassemblés.

    Mais quelque chose n'a pas marché, et les deux suspects – des ressortissants somaliens, selon le gouvernement – n'ont jamais réussi à atteindre les lieux avant que leurs explosifs ne sautent.

    Al-Shabaab, un groupe militant basé en Somalie, a revendiqué l'attaque sur son compte Twitter, mais ses détails ont disparu. "Nous revendiquons l'attentat à la bombe d'aujourd'hui à Addis-Abeba, en Ethiopie, qui a tué près de 10 Kuffar [mécréants]", indiquait le tweet de lundi, qui a beaucoup surestimé le nombre de victimes et n'a été posté qu'au lendemain de l'explosion même.

    "C'est une hypothèse plausible qu’Al-Shabaab puisse être lié à ce crime", a indiqué à IPS, Kjetil Tronvoll, un expert de l’Ethiopie et partenaire principal de l'Institut du droit international et des politiques, notant qu’Al-Shabaab a accusé à plusieurs reprises l'Ethiopie et menacé de mener des attaques.

    "L'Ethiopie a une forte alerte de sécurité permanente par rapport à la Somalie", a-t-il ajouté. "[La récente explosion] justifie une telle vigilance".

    Le gouvernement éthiopien est catégorique au sujet des mesures de répression contre l'extrémisme sous toutes ses formes, a déclaré le Premier ministre, Hailemariam Desalegn, lors d'une conférence de presse dans ce mois. "L'extrémisme dégénère souvent en terrorisme, nous devons donc lutter contre l'extrémisme autant que nous pouvons, et cela n'a du tout aucun compromis".

    Cette approche a suscité des critiques de la part de certains musulmans éthiopiens – y compris ceux d’ethnies somaliennes – qui affirment que leurs communautés sont injustement ciblées.

    "Cet incident terroriste, s'il est lié à Al-Shabaab, peut contribuer malheureusement à une stigmatisation possible de la population somalienne dans son ensemble en Ethiopie", a souligné Tronvoll.

    Le gouvernement éthiopien a déclaré qu'il ne changerait pas son approche par rapport à la sécurité nationale sur son propre sol, et se concentrerait plutôt sur ses frontières, puisque les deux suspects dans l'explosion de dimanche sont arrivés illégalement.

    "Nous n'apporterons aucun changement à la sécurité nationale – cette situation est déjà intacte", a déclaré à IPS, Redwan Hussein, le porte-parole du gouvernement. "Nous nous assurerons seulement que nous sommes avant tout plus en sécurité quand il s'agit des gens qui entrent dans le pays".

    En Somalie, Al-Shabaab s'est positionné comme un rempart contre l'influence de l’Ethiopie et de l’Occident depuis sa création en tant qu'aile militaire de l'Union des tribunaux islamiques (ICU), un conseil de gouvernement islamiste qui a pris le pouvoir en Somalie au début de 2006. A ses débuts, il avait bénéficié d’un peu de soutien du public comme un contrepoids aux troupes éthiopiennes qui avaient effectivement chassé les ICU de Mogadiscio, la capitale somalienne, à la fin de 2006 avec l’appui des Etats-Unis.

    Au cours des quelques années qui ont suivi, Al-Shabaab a mis en place un système de gouvernement fondé sur la charia, ou la loi islamique. Son territoire s’est élargi à travers une grande partie du sud de la Somalie et le groupe a noué des liens plus étroits avec Al-Qaïda, se ralliant officiellement au groupe en 2012. Mais ce processus a créé une certaine discorde entre les dirigeants d'Al-Shabaab qui envisageaient un mouvement islamiste mondial et ceux qui cherchaient à se concentrer d’abord et avant tout sur les questions intérieures.

    Ces fissures ont commencé à apparaître après 2011, lorsque les troupes éthiopiennes et kényanes sont intervenues pour soutenir les troupes provenant la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM). Au même moment, le refus de l'aide humanitaire de la part d'Al-Shabaab au cours d'une famine dévastatrice érodait déjà son soutien de la part du public.

    Au cours des deux années qui ont suivi, Al-Shabaab a été chassé de ses anciens bastions à Mogadiscio et dans la ville portuaire de Kismayo, et des bagarres de leadership vicieuses sont devenues une menace à la cohésion. De plus en plus, l'organisation a eu du mal à recruter des combattants volontaires, s'appuyant plutôt sur un enrôlement forcé.

    Certains analystes voient les attaques pour lesquelles Al-Shabaab a pris du crédit – y compris l'attentat à la bombe à Addis-Abeba cette semaine et le massacre qui a tué 67 personnes dans un centre commercial à Nairobi, au Kenya, en septembre – comme des dernières opérations plutôt que des démonstrations de puissance. L'organisation reste une menace très réelle, mais elle ne jouit plus du niveau de soutien dont elle bénéficiait autrefois.

    "Il peut exister certains éléments marginaux ici et là des deux côtés, qui pourraient utiliser [l'attaque d'Addis-Abeba] pour exprimer quelques griefs", a souligné à IPS, Alula Alex Iyasu, un analyste basé en Ethiopie à l'Institut des études sur la paix et la sécurité.

    "Mais les musulmans et les chrétiens vivent côte-à-côte en Ethiopie, en Somalie et la grande majorité méprise Al-Shabaab et les groupes affiliés. Donc j'imaginerais qu'ils condamneraient sans réserve l’attentat à la bombe d’Addis-Abeba tout comme s’il s'était produit sur leur propre sol".

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