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ETHIOPIE: Le gouvernement étouffe les manifestations des musulmans

    By Ed McKenna

    ADDIS-ABEBA, 10 oct (IPS) – Le refus du gouvernement éthiopien de satisfaire les revendications de la communauté musulmane, qui représente environ 34 pour cent des 91 millions d'habitants du pays, rend cette nation de la Corne de l’Afrique vulnérable à l'extrémisme.

    "Si des revendications légitimes ne sont pas satisfaites, il y a un risque que des éléments violents extrémistes exploitent ces griefs pour faire avancer leur propre objectif", a déclaré à IPS, Mehari Taddele Maru, directeur du Programme pour la prévention des conflits en Afrique à l'Institut des études sur la sécurité, basé à Pretoria, en Afrique du Sud.

    La communauté musulmane d'Ethiopie participe aux grandes manifestations au cours des deux dernières années contre le régime au pouvoir dans le pays, pour son ingérence alléguée dans ses affaires religieuses. La majorité des Ethiopiens sont chrétiens.

    Les manifestations de masse ont été non-violentes, mais l’attaque terroriste du 21 septembre menée par le groupe extrémiste somalien Al-Shabaab contre le centre commercial Westgate, au Kenya, soulève des questions au sujet de la propagation de l'extrémisme islamique dans le pays, puisqu’il y a des inquiétudes croissantes selon lesquelles des radicaux pourraient exploiter des revendications si elles ne sont pas réglées.

    Les musulmans salafistes d'Ethiopie accusent le gouvernement d'avoir infiltré la plus importante institution politique islamique du pays, le Conseil suprême des affaires islamiques d’Ethiopie, arrêtant ses chefs religieux et les remplaçant par des prédicateurs issus de la secte Al Habashi approuvés par le gouvernement.

    La secte Al Habashi est largement considérée comme une alternative modérée aux doctrines islamiques extrémistes telles que le wahhabisme, tandis que les salafistes sont des musulmans sunnites avec une approche stricte et puritaine. Le mouvement salafiste pour des réformes se répand en Afrique et dans la communauté musulmane d'Ethiopie depuis ces dernières décennies.

    Au total 29 leaders musulmans ont été arrêtés au cours des deux dernières années, y compris des chefs religieux et des organisateurs des manifestations.

    La meilleure stratégie pour désamorcer l'extrémisme potentiel en Ethiopie est que le gouvernement aborde les revendications existantes et évite d’accumuler des demandes légitimes avec un début de radicalisme islamique, explique Terje Østebø, un expert du mouvement islamiste pour des réformes en Afrique de l'est au Centre des études africaines à l'Université de Floride.

    "Il y a cette présomption dangereuse selon laquelle lorsque les musulmans protestent pour leurs droits, c’est qu’ils sont sous l'influence des radicaux. Une grande partie du débat au sein de la société islamique en Ethiopie porte sur la politique de reconnaissance. Les jeunes musulmans tentent de trouver leur identité à la fois en tant qu’Ethiopiens et musulmans", a-t-il déclaré à IPS.

    Le jour de l'Aïd al-Fitr en août, des milliers de musulmans se sont réunis à Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie, exigeant des droits religieux. L’un des manifestants, qui a été battu avec sa femme et son enfant pour avoir tenu une pancarte sur laquelle il était écrit 'Libérez nos leaders', était indigné par la réaction du gouvernement face à la manifestation. Il a refusé de donner son nom à IPS par crainte de représailles.

    "Nous sommes des musulmans pacifiques protestant contre ce gouvernement pour avoir arrêté nos leaders. Nous ne sommes pas des extrémistes. Nos enseignants ne sont pas des extrémistes. Nous ne voulons pas que le gouvernement contrôle nos vies religieuses. Nous estimons que nous n'avons aucune liberté religieuse. Ils nous battent, nous tirent dessus et nous arrêtent. Nous n'avons aucun droit religieux dans ce pays", a affirmé ce manifestant à IPS.

    Le 4 août, 14 musulmans ont été abattus par les forces de sécurité du gouvernement lors d'une tentative visant à arrêter un imam local dans le centre de l’Ethiopie. Le gouvernement est tombé sous le feu des organisations internationales des droits humains pour sa réaction musclée envers les manifestants.

    "Le gouvernement continue de répondre aux revendications de la communauté musulmane avec violence, des arrestations arbitraires et l'utilisation de la Proclamation anti-terrorisme trop vague pour poursuivre les leaders des mouvements et d'autres individus. C'est une violation du droit des gens à manifester pacifiquement, tel qu'il est protégé dans la constitution de l'Ethiopie. Le gouvernement éthiopien doit cesser d'utiliser des tactiques répressives contre les manifestants", a déclaré à IPS, Claire Beston, une chercheuse sur l’Ethiopie à 'Amnesty International'.

    Le gouvernement a continué d’accuser les manifestants d'être des extrémistes sous l'influence d'idéologues radicaux soutenus de l’extérieur.

    "Ces manifestants veulent que l’Ethiopie devienne un Etat islamique et que nous libérions leurs enseignants. Ils ont été arrêtés pour complot visant à commettre des actes terroristes puisque c'est ce qu'ils préconisent avec du soutien provenant du Moyen-Orient. Nous ne nous engagerons pas avec les revendications des manifestants, puisque nous ne négocions pas avec des terroristes", a indiqué à IPS, Shimeles Kemal, le porte-parole du gouvernement éthiopien.

    Un rapport publié en juin 2013 par le Parlement européen a révélé comment des groupes wahhabites et salafistes en Arabie Saoudite travaillent pour "soutenir et fournir des armes à des groupes rebelles à travers le monde".

    Il y a de bonnes raisons pour le gouvernement éthiopien de craindre que la perspective de l'extrémisme ne prenne racine dans la communauté musulmane, affirme Mehari.

    "La Corne de l'Afrique a la troisième plus grande population musulmane au monde et est devenue de plus en plus volatile à cause de la guerre menée à l'intérieur de la Somalie contre l’organisation terroriste Al-Shabaab, liée à Al-Qaïda, qui a déclaré le jihad contre l'Ethiopie à plusieurs reprises", a-t-il souligné.

    En 1996, Al Ittihad al Islamiya (AIAI), la principale organisation terroriste d'antan en Somalie, avait bombardé plusieurs hôtels à Addis-Abeba, tuant cinq personnes.

    Basé en Somalie, ce groupe affilié à Al-Qaïda cherchait à créer un Etat islamique qui engloberait toute la Somalie et des parties de l'Ethiopie, Djibouti et du Kenya.

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