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ETHIOPIE: Le pays joue le bon voisin

    By William Lloyd-George

    ADDIS-ABEBA, 21 mai (IPS) – Malgré les commentaires du Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, insinuant le retrait en suspens des troupes de son pays de la Somalie, beaucoup d’experts ont exprimé des doutes que l'Ethiopie se retire de la Somalie avant qu’elle soit capable de gérer sa sécurité sans assistance.

    "L'Ethiopie a un grand intérêt pour la Somalie et y restera, en gardant les yeux grands ouverts pendant un certain temps", a déclaré à IPS, Abel Abate, un responsable de l'Institut international éthiopien pour la paix et le développement, un groupe de réflexions financé par l’Etat.

    "L'un des objectifs est d'éviter la menace que constitue le groupe islamiste Al-Shabaab, qui considère l'Ethiopie comme un ennemi. Et deuxièmement, pour montrer au monde qu'elle a beaucoup contribué à la paix et à la stabilité dans la région".

    La Somalie se remet encore de près de deux décennies de guerre, et de vastes parties de ce pays de la Corne de l'Afrique ont été assiégées par le groupe extrémiste Al-Shabaab. Le gouvernement fédéral somalien de transition, qui est soutenu par la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) et des troupes régionales, a à peine le contrôle de Mogadiscio, la capitale du pays.

    Alors que des pays africains ont envoyé des troupes en Somalie dans le cadre de l’AMISOM, les troupes de l'Ethiopie, qui sont dans le pays depuis 2011, n’opèrent pas sous la mission de l'Union africaine.

    En 2012, avec l'aide des forces régionales, le gouvernement somalien a réussi à reprendre quelques points clés dans le pays, notamment le port de Merca et la ville de Jowhar, la plus grande ville sous le contrôle d'Al-Shabaab, situés respectivement à 70 kilomètres et 90 km de Mogadiscio.

    Cependant, à la mi-mars, l'Ethiopie a retiré ses troupes de la ville méridionale de Hudur sans prévenir l’AMISOM. Après ce retrait, Al-Shabaab a immédiatement pris le contrôle de la ville dans son premier succès militaire majeur depuis qu’il s'est retiré de Mogadiscio en août 2011.

    "L'Ethiopie s’est retirée de certains endroits en Somalie afin d'envoyer un signal à la communauté internationale qu’à moins que vous nous souteniez, nous n’épaulerons pas tous les problèmes de la Somalie", a indiqué Abate.

    "L'Ethiopie voulait mettre la pression sur les agences et les pays qui soutiennent l'AMISOM sauf l’Ethiopie, et montrer au monde que c'est elle qui fait et défait la Somalie".

    Pendant ce temps, un représentant du gouvernement éthiopien a déclaré à IPS que le manque d’un soutien international pour la Somalie a fait qu’il est difficile pour ce pays de retirer ses troupes.

    "Depuis que nous intervenons en Somalie, notre plan initial était de la remettre aux forces de l'AMISOM et de la Somalie", a affirmé à IPS, le porte-parole du gouvernement éthiopien, Dina Mufti.

    "Toutefois, nous estimons que l'appui international traîne, non seulement pour l'AMISOM, mais pour l'ensemble du projet somalien, ce qui a fait qu’il est difficile pour nous de nous retirer alors que ces forces sont trop faibles pour prendre le relai".

    Dina espérait qu'une récente conférence à Londres, le 7 mai, au cours de laquelle plus de 50 pays et organisations se sont réunis pour discuter de la meilleure façon d'aider la Somalie, pourrait changer cette situation. Cependant, il s’est gardé de dire que ce serait un changeur de jeu.

    "Une chose est sûre, nous restons totalement engagés à soutenir la Somalie", a déclaré Dina. Mais il n’a pas pu dire si l'Ethiopie attendrait jusqu’à ce que l'AMISOM et l'armée somalienne reprennent des bastions importants avant de se retirer. "Cela, je ne peux pas le dire".

    Contrairement aux forces de l'AMISOM en Somalie, qui sont financées par l'UA, l'Ethiopie paie pour ses opérations elle-même. Ceci est considéré comme l'un des plus grands facteurs favorisant la frustration de l'Ethiopie.

    "Hailemariam a … essayé de faire pression sur la communauté internationale pour qu’elle mette davantage de ressources dans la question, afin que l'Ethiopie puisse se retirer progressivement", a expliqué à IPS, Kjetil Tronvoll, un responsable de l’Institut de droit international et des politiques, basé à Oslo, en Norvège.

    "Je ne pense pas qu'ils se retireront prématurément, je crois qu'ils pourraient regrouper une partie de leurs forces, mais je ne pense pas qu'ils vont simplement laisser (la zone) ouverte pour qu’Al-Shabaab se regroupe et refasse surface pour rester dans cette zone actuellement contrôlée par l'Ethiopie".

    Tronvoll a affirmé qu'il croyait que l'Ethiopie utiliserait sa présence en Somalie comme monnaie d'échange pour son agenda.

    "S'ils estiment qu'ils perdent de l’influence à Mogadiscio … ou s’ils estiment qu'ils sont en train d’être chassés, ou ne sont pas suffisamment consultés, ils peuvent utiliser le retrait comme une menace", a déclaré Tronvoll. "Ils pourraient dire, nous vous soutenons sur le terrain, et si nos préoccupations ne sont pas prises en compte dans votre politique de développement, alors voilà les conséquences auxquelles vous pouvez vous attendre".

    Bien qu'il soit apparemment peu probable que l'Ethiopie retire immédiatement ses troupes, des déclarations contradictoires faites en avril par des membres du gouvernement éthiopien ont créé la confusion.

    Le 23 avril, Hailemariam a déclaré au parlement que l'AMISOM prenait trop de temps pour remplacer les troupes éthiopiennes et que l'objectif principal devrait être d'accélérer leur retrait.

    Cependant, le lendemain, le ministère des Affaires étrangères a indiqué que l’Ethiopie ne retirerait pas ses troupes jusqu’à ce que l'AMISOM et l'armée somalienne soient prêtes pour prendre la relève.

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