Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Economie et Travail, Environnement, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

ETHIOPIE: Le pays mène la révolution du bambou

    By Ed McKenna

    ADDIS-ABEBA, 11 avr (IPS) – Une combinaison de l'abondance de bambou et de l'investissement étranger accru fait de l’Ethiopie une frontière de la révolution industrielle du bambou en Afrique, selon le gouvernement de ce pays.

    "L'Ethiopie possède les ressources, l'investissement, une industrie manufacturière en développement rapide et une forte demande pour nos produits en bambou à partir des marchés étrangers. Nous possédons ce dont nous avons besoin. Le développement du secteur du bambou en Afrique a commencé", a déclaré à IPS, Mitiku Kassa, ministre d'Etat éthiopien de l'Agriculture et du Développement rural.

    L'Ethiopie possède actuellement la plus grande superficie – un million d'hectares – de bambou commercialement inexploité en Afrique, le rendant attrayant pour des partenaires de l’investissement venant de l'industrie du bambou. Toutefois, le ministère de l'Agriculture et du Développement rural a indiqué à IPS qu'il n'était pas disposé à divulguer des chiffres sur l'économie du bambou, mais a ajouté qu'il n'y avait pas eu une économie formelle de bambou en Ethiopie jusqu'en 2012.

    "Le potentiel de marché du bambou en Europe est énorme. Nous croyons qu'il peut exister une chaîne d'approvisionnement fiable et efficace développée ici en Ethiopie afin de créer une industrie de transformation du bambou", a affirmé Félix Boeck, un ingénieur associé à 'Afrique Bamboo PLC', un partenariat public-privé créé avec des partenaires éthiopiens et soutenu par la Coopération allemande au développement en 2012.

    Ce partenariat envisage d'investir 10 millions d'euros au cours des cinq prochaines années dans son opération de fabrication basée en Ethiopie, qui fournira des produits de revêtement compétitifs vers les marchés européens et américains. La société prévoit d'exporter 100.000 mètres carrés de produits de revêtement en bambou d'ici à 2014. Ce chiffre devrait passer à 500.000 mètres carrés d’ici à 2016.

    "Le marché à croissance plus rapide en Europe pour l'industrie du bois est le revêtement et l’ornement de l’extérieur. Nous espérons que nos produits jouent un rôle important dans ce marché", a indiqué Boeck à IPS.

    Par rapport aux arbres au bois tendre qui peuvent mettre 30 ans pour atteindre la maturité, le bambou est une ressource complètement mûre après trois ans, la rendant durable aux plans commercial et environnemental.

    L'Afrique subsaharienne dispose de trois millions d'hectares de forêt de bambou, environ quatre pour cent du couvert forestier total du continent. L’Ethiopie envisage d'augmenter son couvert en bambou à deux millions d'hectares au cours des cinq prochaines années.

    De petits producteurs éthiopiens de bambou comme Ghetnet Melaku sont enthousiastes à participer au développement du secteur du bambou, si l'investissement dans son expansion inclut les petits agriculteurs.

    "Je me fais juste assez d'argent pour subsister en produisant le bambou pour le marché local de l'artisanat et, si j'avais l'opportunité, j’aimerais augmenter ma capacité pour une production qualifiée et un meilleur rendement financier", a déclaré Melaku à IPS.

    Le Réseau international pour le bambou et le rotin (INBAR, son sigle en anglais) est une organisation intergouvernementale qui aide les gouvernements, les entreprises et les communautés locales à identifier des opportunités innovantes basées sur le bambou pour le développement humain.

    Il aide à sensibiliser les gouvernements africains sur le grand potentiel du bambou en tant que ressource à usages multiples et renouvelable qui peut générer un développement durable. Selon l’INBAR, un milliard de personnes dans le monde utilisent le bambou dans leur vie quotidienne comme matériau de construction de maisons, pour faire la clôture et comme nourriture, ainsi que dans la production artisanale…

    "Si elle est correctement gérée, cette ressource à usages multiples pourrait stimuler la croissance économique dans un marché mondial des exportations estimé à deux milliards de dollars en 2011, réduire la déforestation et diminuer les émissions de carbone", a expliqué à IPS, J. Coosje Hoogendoorn, le directeur général de l’INBAR.

    La déforestation a ravagé l'environnement en Afrique – les émissions de carbone provenant de la combustion du bois sur le continent seul devraient atteindre 6,7 millions de tonnes d’ici à 2050. Comme 90 pour cent de la population en Afrique subsaharienne utilise le bois de chauffage ou le charbon de bois pour faire la cuisine, le développement d'une ressource alternative comme le bambou est devenu essentiel.

    "Chercher du combustible pour préparer la nourriture fait partie intégrante de à la sécurité alimentaire", a déclaré Hoogendoorn. "Le riz, le maïs et les légumineuses, tous requièrent de la chaleur pour devenir comestibles. Des alternatives renouvelables comme le bambou peuvent aider à réduire la déforestation causée par l'abattage du bois tendre utilisé comme combustible pour la cuisson et comme matériaux de maison".

    Le gouvernement éthiopien a interdit la fabrication du charbon à partir de bois brûlé pour la vente au détail et plaide activement en faveur des alternatives durables comme le bambou.

    "Le bambou est une grande ressource inexploitée pour l'Ethiopie. Nous insistons sur la production et la préservation de nos ressources en bambou. Nous commençons à travailler avec les agriculteurs et les entreprises afin d’encourager et de développer ce secteur pour un bénéfice économique et environnemental du pays. Nous travaillons pour abolir les pratiques non durables et plaidons pour de nouvelles alternatives", a indiqué le ministre d'Etat Kassa à IPS.

    Bien que l'Ethiopie ait l'un des taux de déforestation les plus élevés en Afrique, il a augmenté son couvert forestier national à sept pour cent, de trois pour cent il y a une décennie. Il était de 40 pour cent à l’origine. Hoogendorn a indiqué que les gouvernements avaient besoin de mettre des ressources financières à la disposition des entreprises qui souhaitaient développer l'industrie du bambou en Afrique.

    "Nous voulons que les gouvernements mettent en place des structures qui offrent un soutien financier, telles que la micro-finance et éliminent tous les obstacles pour les investisseurs dans le marché du bambou, afin que lorsque les entreprises veulent créer une industrie du bambou, elles aient accès à un appui financier", a-t-il ajouté.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa