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ETHIOPIE: Les journalistes espèrent que le nouveau conseil allègera les restrictions

    By William Lloyd-George

    ADDIS-ABEBA, 16 mai (IPS) – Plusieurs publications éthiopiennes se réunissent pour créer un "conseil de la presse" dans l'espoir d'alléger les restrictions imposées aux médias en Ethiopie.

    Les journalistes ont suggéré l'idée de ce conseil lors d'une réunion tenue le 3 mai à la demande du ministère de l'Information pour discuter des réformes relatives aux médias dans ce pays de la Corne de l’Afrique.

    "Cette réunion constituait la première fois que nous avons eu un dialogue aussi direct et ouvert avec le gouvernement sur les questions de la presse", a déclaré à IPS, Getachew Worku, rédacteur en chef de 'Ethio Mihidar', un journal indépendant. "Nous devons saluer ce développement comme une étape positive pour alléger les restrictions imposées à la presse".

    Le conseil de la presse sera formé par les rédacteurs en chef des publications d’Etat et indépendantes. L'objectif du conseil est de tenir des discussions au sujet des restrictions imposées à la presse et de favoriser un dialogue direct et fréquent avec le gouvernement sur ces questions.

    Worku a indiqué qu'il y avait encore de nombreux obstacles pour que la presse opère librement en Ethiopie. Il a affirmé, par exemple, qu'il ne pouvait pas utiliser les imprimeries d’Etat et était forcé de recourir aux sociétés privées pour imprimer son journal.

    "Cela augmente vraiment nos coûts et fait qu’il nous est très difficile d'opérer", a ajouté Worku. "C’est injuste, étant donné que les journaux d’Etat peuvent opérer à des coûts beaucoup plus bas et éviter de faire faillite".

    Worku a également déclaré que la distribution arbitraire des licences de publication était un problème majeur en Ethiopie. "Bien qu'il soit facile d'écrire sur la mode et le divertissement, c’est très difficile d'écrire sur la politique", a-t-il souligné à IPS. "Si vous voulez écrire sur la politique, c’est beaucoup plus difficile d'obtenir une licence et il y a beaucoup plus de pression de la part des autorités".

    Depuis qu'il a lancé son journal, Worku a affirmé que les autorités ont souvent visité son bureau, exigeant des informations concernant ses comptes, et il espère que cette rencontre et le nouveau conseil pourront réduire certains de ces obstacles.

    "C'est l'une des consultations les plus fécondes et utiles que nous ayons eues avec les médias", a indiqué à IPS, Shimeles Kemal, un responsable du ministère de l'Information. "Les médias ont suscité beaucoup de critiques importantes d’eux-mêmes, et aussi du gouvernement, que nous examinerons comme il se doit et auxquelles nous répondrons de manière sérieuse puisque nous continuons à nous engager avec les médias".

    Malgré les promesses du gouvernement, certains journalistes sont moins optimistes que cela apportera un changement quelconque. Anania Sorri, un journaliste indépendant, a déclaré à IPS qu'il croyait que le gouvernement avait accepté la réunion et le conseil simplement pour détourner l'attention des médias des aspirations pour un véritable changement.

    "Il est difficile de croire que le gouvernement est sincère quant à son désir pour la liberté de la presse", a estimé Sorri. "Il suffit de regarder la situation actuelle que vivent les journalistes".

    Reeyot Alemu, une amie proche de Sorri et lauréate du Prix mondial de la liberté de la presse cette année, est en prison. Elle était initialement condamnée à 14 ans d’emprisonnement après avoir été reconnue coupable de planification d’attentats terroristes, de blanchiment d'argent et de collaboration avec des organisations terroristes. En appel, deux chefs d’accusation ont été abandonnés et sa peine a été réduite à cinq ans.

    Sorri a dit à IPS qu’Alemu a des problèmes de santé, notamment une tumeur du sein, une gastrite et une sinusite. Et récemment, les responsables de la prison l'ont menacée d'isolement si elle divulguait des informations sur les conditions de détention aux visiteurs.

    Des organisations internationales ont longtemps critiqué le gouvernement éthiopien pour le traitement qu’il fait aux médias indépendants. Le Comité pour la protection des journalistes indique que sept journalistes sont actuellement en détention en Ethiopie, et que plus de journalistes ont fui l'Ethiopie par rapport à tout autre pays, estimant le nombre total à 79 entre août 2001 et mai 2011.

    En réponse aux critiques, le gouvernement a accusé bon nombre de journalistes qu'il emprisonne de franchir une ligne entre le journalisme et des activités illégales. Des officiels de l'Etat ont accusé les critiques de trop simplifier les choses et d’être incapables de comprendre la situation réelle sur le terrain.

    L’un des cas les plus controversés, c’est celui de l’éminent blogueur et critique du gouvernement, Eskinder Nega. Il y a seulement deux semaines, son appel a été rejeté et sa peine de 18 ans a été maintenue.

    Nega a été arrêté en septembre 2011 et accusé de comploter une révolution du Printemps arabe à travers ses écrits et un discours qu'il a prononcé lors d'une conférence organisée par des groupes d'opposition. Juste avant son arrestation, il avait publié un article demandant au gouvernement de respecter la liberté de réunion et de mettre fin à la torture dans les prisons.

    "Parce qu'il n'y a pas d'indépendance du système judiciaire, aucune justice ne peut être obtenue dans les tribunaux pour des poursuites politiquement motivées, comme le montre la décision récente de la Cour suprême de maintenir une peine de 18 ans pour Eskinder Nega", a déclaré à IPS, Leslie Lefkow, experte de l’Ethiopie à 'Human Rights Watch'.

    "L'impact de cette campagne à plusieurs volets est que l'accès aux informations demeure très limité pour tous les Ethiopiens, et le niveau d'autocensure et de la peur de la surveillance gouvernementale est extraordinairement élevé".

    Toutefois, dans le cas de Nega, un analyste local a déclaré qu'il méritait d'être puni puisqu’il avait incité à la violence et créé des tensions ethniques dans le passé. Daniel Berhane, un éminent blogueur éthiopien, a indiqué à IPS que des journalistes comme Nega étaient alignés sur des partis politiques.

    Il a affirmé que "les trois journaux que Eskinder Nega publiait jusqu'en 2005 – Askual, Menelik et Satenaw – étaient caractérisés par du journalisme dépassant la ligne jaune et de graves défauts éthiques".

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