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ETHIOPIE: L’opinion divisée sur la renaissance de l’opposition

    By William Lloyd-George

    GONDAR, Ethiopie, 3 août (IPS) – Depuis les violences qui ont éclaté après que le parti au pouvoir a remporté les élections de 2005 en Ethiopie, ce pays d'Afrique de l'est a connu peu de dissidence politique. C'est-à-dire, jusqu'à ces derniers mois.

    Depuis juin, le pays connaît des manifestations dans trois de ses grandes villes. Malgré l'importance de ces protestations, les observateurs ne s'accordent pas sur combien elles signalent une renaissance pour le mouvement d'opposition dans le pays et sa tolérance par le gouvernement.

    "Jusqu’aux récentes manifestations, la plupart avaient perdu confiance dans le processus de démocratisation et les partis d'opposition", a déclaré à IPS, Lulie Hallelujah, une analyste politique de l'Institut des études de sécurité basé en Ethiopie.

    Lorsque le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, le parti au pouvoir, a remporté un nouveau mandat en 2005, des milliers de manifestants étaient descendus dans les rues pour protester, puisque le parti est au pouvoir depuis 1991.

    La répression a entraîné l'arrestation de plusieurs politiciens de l'opposition, beaucoup d’autres ayant été contraints de fuir le pays et d'abandonner la vie politique.

    "Toutefois, les récentes activités de l'opposition montrent que les gens commencent à reconnaître l'opposition à nouveau, ce qui pourrait être un gros coup de pouce pour les partis d'opposition nationaux", a indiqué Hallelujah.

    Le 2 juin, un nouveau groupe d'opposition, le Parti bleu, a organisé des manifestations de masse dans la capitale du pays, Addis-Abeba. Des milliers de personnes sont descendues dans l'une des principales avenues de la ville, demandant la libération des prisonniers politiques et des journalistes ainsi qu’une réforme des politiques gouvernementales.

    La manifestation a été autorisée, et aucune arrestation n'a eu lieu pendant, avant ou après la protestation, amenant certains à croire que le gouvernement est devenu plus tolérant envers les activités de l'opposition.

    "Bien qu'il n'y ait eu aucune arrestation jusque-là, nous avons des informations crédibles selon lesquelles le gouvernement est en train de comploter pour casser notre mouvement et nous étiqueter comme des terroristes. Nous n'avons vu aucun changement dans le gouvernement ou une volonté de s'engager dans un dialogue avec nous", a affirmé à IPS, Yilkal Getnet, président du Parti bleu.

    Getachew Reda, porte-parole du bureau du Premier ministre éthiopien, a déclaré à IPS que les partis de l'opposition ont été toujours autorisés à manifester pacifiquement, mais qu’ils ne négocieraient pas avec les manifestants, puisqu’il existe des voies légales pour régler les problèmes que les politiciens de l'opposition n'avaient pas épuisées.

    "Malgré l'absence de réponse du gouvernement, nous croyons que le mouvement d'opposition continuera à prendre de l'ampleur et est profondément encouragé par les manifestations (récentes)", a indiqué Yilkal.

    Le 14 juillet, le principal parti d'opposition, l'Union pour la démocratie et la justice (UDJ), a organisé des manifestations dans deux grandes villes, Gondar et Dessie, respectivement dans le nord et le centre-nord de l'Ethiopie. Cela faisait partie d'une campagne appelée 'Un million de voix pour la liberté', qui visait à obtenir un million de signatures sur une pétition portant des exigences similaires à celles du Parti bleu.

    A Gondar, des manifestants ont défilé à travers la capitale et ont demandé au gouvernement de cesser d'exploiter la loi anti-terrorisme et de libérer les personnes contre qui cette loi a été utilisée pour les emprisonner, notamment des prisonniers politiques et des journalistes. Au plus fort de la marche, on pouvait voir des centaines de personnes, au minimum, des dizaines.

    "Les chiffres ne comptent pas pour le moment, c’est juste très symbolique que les récentes manifestations aient eu lieu en dehors d’Addis, puisqu’une grande partie de l’activisme est à Addis, où il est plus facile de mobiliser des partisans", a expliqué Hallelujah. "Cela montre que le mouvement d'opposition pourrait être sur le point de regagner la reconnaissance et la confiance populaires de nouveau".

    Hallelujah croit que les manifestations pourraient être un signe que l'opposition est en train d'émerger à nouveau. Il affirme qu'ils sont toujours confrontés à d'énormes défis qui pourraient entraver leurs chances de réussir. Il a indiqué qu'il est difficile pour les partis d'opposition d’accroître librement leur adhésion, de réunir des fonds et même de louer une salle pour des réunions de parti.

    "Ils opèrent toujours dans un environnement très serré et hostile", a déclaré Hallelujah. "Nous avons besoin de changements législatifs en vue d'une libéralisation appropriée où les groupes d'opposition sont libres d’opérer sans arrestations et autres formes de harcèlement".

    Dans la période précédant les manifestations de Gondar, les leaders du parti UDJ disent qu’ils sont confrontés au harcèlement extrême de la part des autorités publiques régionales. Selon l'UDJ, le 13 juillet, la police locale a encerclé son bureau et n’a pas laissé ses membres sortir toute la journée. Seulement à la dernière minute, un accord officieux a été conclu avec le commandant local pour maintenir la manifestation, ont affirmé les membres du parti.

    En outre, plus de 10 membres de leur groupe ont été arrêtés pour avoir distribué des tracts au grand public les jours précédant la manifestation.

    En regardant à travers les barres de métal rouillé au Poste de police 3 de Gondar, une simple structure de hutte en terre cuite, Ezra Amedemakryam, un membre du parti UDJ, a déclaré qu'il a été arrêté il y a près d’un mois pour distribution de tracts.

    "Ils m’ont tapé sérieusement sur les jambes, je n’ai même pas pu marcher pendant une semaine", a affirmé à IPS, Amedemakryam, depuis la prison. "Nous n'avons pas été autorisés à sortir de cette cellule depuis ce temps. C'est horrible".

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