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ETHIOPIE: Saisir des terres pour fournir de l’électricité à la Corne de l’Afrique

    By Ed McKenna

    ADDIS-ABEBA, 17 juin (IPS) – La stratégie hydroélectrique à long terme de l'Ethiopie se révèle être à la fois une source de subsistance économique et de discorde. En devenant le premier exportateur d'énergie en Afrique grâce à la construction d'une série de barrages à travers le pays, l'Ethiopie pourrait menacer la vie de millions de personnes qui dépendent des eaux du Nil.

    Cette nation de la Corne de l'Afrique investit davantage de ses ressources dans l’énergie hydroélectrique que tout autre pays en Afrique – un tiers de son produit national brut total estimé à environ 77 milliards de dollars.

    Mais au centre du développement de l'énergie hydroélectrique de l'Ethiopie, se trouve une question éthique difficile: lequel comporte le plus grand impact négatif?Alessandro Palmieri, un spécialiste principal des barrages à la Banque mondiale, a déclaré à IPS: "Est-ce l'impact sur la population de l'Ethiopie (qui n'aura pas d'électricité)… ou l'impact négatif sur un demi-million de personnes (qui seront déplacées par la construction des barrages)? Un arbre qui tombe fait toujours plus de bruit que 10.000 arbres qui poussent".

    L'Ethiopie a des objectifs ambitieux. Elle génère actuellement 2.000 mégawatts (MW) à partir de six barrages hydroélectriques et augmentera sa production énergétique à 15.000 gigawatt-heures (GW), selon la Société d'énergie électrique de l’Ethiopie (EEPCO, son sigle anglais), le fournisseur public d’électricité.

    Selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2010, seulement 17 pour cent des 84,7 millions d'habitants du pays avaient accès à l'électricité. L’EEPCO affirme que d'ici à 2018, 100 pour cent de la population aura accès à l’électricité.

    Malgré les questions éthiques, l'accent de l’Ethiopie sur l'énergie hydroélectrique renforce la croissance et le développement, et sert d’exemple à suivre pour d'autres pays africains. "L'Afrique utilise actuellement seulement sept pour cent de son potentiel hydroélectrique. La consommation d'eau par habitant en Afrique est indigne", a indiqué Palmieri.

    Le plan de l'Ethiopie visant à devenir la centrale électrique de l'Afrique s'est intensifié lorsqu’elle a commencé à détourner les eaux du Nil pour commencer à remplir le Grand barrage de la renaissance de l’Ethiopie le 28 mai. A sa finition 2017, il sera le plus grand projet énergétique d'Afrique, générant 6.000 GW.

    Le barrage est situé dans la région de Benishangul-Gumuz en Ethiopie sur le Nil Bleu, un affluent du Nil et le fournisseur d’une grande partie des eaux du Nil. Le Nil Bleu prend sa source dans le lac Tana en Ethiopie.

    Cependant, le projet a été assailli de controverses concernant son impact potentiel sur l'environnement depuis qu'il a été annoncé en 2011.

    La première étude d'impact provisoire faite par un comité technique vient juste d'être publiée cette année, le 1er juin, deux ans après le début de la construction, et indique que le barrage n’aura pas d'effets significatifs sur les pays en aval. L'Egypte a qualifié le rapport de "médiocre".

    Le Barrage Gibe III, qui génèrera 1.800 MW, est en construction dans le sud-est de l’Ethiopie sur le fleuve Omo, pour un coût de 1,7 milliard de dollars et est censé rapporter au gouvernement plus de 400 millions de dollars par an à partir des exportations d'énergie.

    Mais il n’apportera pas de développement aux communautés éthiopiennes situées le long du fleuve Omo.

    "Le Barrage Gibe III va faire des ravages et des dégâts sur la vie et les moyens de subsistance de centaines de milliers de populations tribales dans la vallée du Bas-Omo en Ethiopie et des peuples vivant autour du lac Turkana au Kenya, qui dépendent du fleuve Omo pour la survie", a souligné à IPS, Elizabeth Hunter, de 'Survival International', une organisation qui travaille pour les droits des groupes ethniques locaux à travers le monde.

    Selon le Conseil mondial de l'eau (CME), un groupe de réflexion international pour la gestion de l'eau dans le monde, les progrès dans le développement de l'énergie hydroélectrique en Ethiopie, au cours de la dernière décennie, ont augmenté le stockage moyen annuel de l'eau par personne de 40 mètres cubes à 240.

    Le stockage de l'eau, dans les grands barrages, a un sens écologique, constitue une mesure importante d'adaptation pour atténuer les effets du changement climatique et est un coup de pouce à la croissance et au développement, selon Ben Braga, président du CME.

    "Le stockage de l'eau est une bonne solution aux problèmes de variabilité et d'incertitude climatique. En termes de production d'énergie et des besoins en eau de l'industrie et de l'agriculture, l'énergie hydroélectrique est une bonne solution. Notre politique est: plus de stockage équivaut à plus de résistance", a-t-il expliqué à IPS.

    Toutefois, il y a encore du chemin à faire pour être au même niveau que les Etats-Unis, qui stockent 5.000 mètres cubes par citoyen par an.

    Le détournement du débit du Nil vers le Grand barrage de la renaissance de l’Ethiopie fournira de l'énergie hydroélectrique non seulement à l'Ethiopie, mais aussi aux pays voisins. L’Ethiopie envisage de vendre 2.000 MW au nord du Kenya tandis que Djibouti reçoit actuellement 80 pour cent de son électricité (50 à 70 MW) de l'Ethiopie.

    "Après avoir satisfait la demande nationale, le surplus d'électricité sera fournie aux pays voisins. Notre énergie hydroélectrique profitera au développement économique dans la région de la Corne de l'Afrique", a déclaré à IPS, Miheret Debebe, directeur général de l'EEPCO.

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