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EUROPE-IRAN: De nouvelles sanctions pour éviter d’attiser le conflit

    WASHINGTON, 30 janvier (IPS) – Les pays européens ont imposé des sanctions sans précédent à l’Iran dans l’espoir notamment d’éviter une attaque israélienne des installations nucléaires iraniennes. Une telle attaque pourrait en effet déstabiliser le Moyen-Orient et mettre l’économie mondiale sens dessus dessous.

    Récemment, l’Union européenne a décidé de supprimer graduellement d’ici le 1er juillet tout contrat pétrolier avec l’Iran. Les États-Unis ont également choisi le 1er juillet comme date limite avant d’imposer des sanctions aux banques étrangères qui continueraient à traiter avec la Banque centrale iranienne.

    Cependant, les experts de l’Iran en Europe et aux États-Unis pensent que cette décision européenne est motivée par la crainte d’une nouvelle guerre.

    Selon les déclarations à l’agence IPS d’un chercheur français (qui, en tant que conseiller du gouvernement, souhaite conserver l’anonymat), « l’administration française est préoccupée par une attaque israélienne potentielle de l’Iran cette année ».

    Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague, interpellé à la Chambre des communes, a affirmé que ces nouvelles sanctions, « tout en augmentant la pression sur l’Iran afin d’aboutir à une résolution pacifique des différends, sont destinées à écarter la perspective d’un conflit ».

    Cette décision européenne résulte de la forte demande israélienne en ce sens auprès des États-Unis et de l’Union européenne. Les officiels israéliens ont en effet réitéré à maintes reprises leur demande de sanctions « paralysantes » à l’encontre de l’Iran. Israël suggérait que de telles sanctions pourraient dissuader ses forces militaires de s’en prendre aux infrastructures nucléaires iraniennes et donc d’éviter des dommages collatéraux en matière d’augmentation significative du prix du pétrole et d’instabilité régionale.

    L’idée qu’Israël puisse procéder à une attaque de l’Iran en 2012 sans considérer le fait que l’Iran approche la capacité nucléaire et en comptant sur le soutien du gouvernement américain de Barack Obama en cette année d’élection présidentielle alimente les inquiétudes.

    Stuart Eizenstat qui négociait avec les Européens il y a dix ans, après que le Congrès américain a imposé pour la première fois des sanctions ayant pour objectif de pénaliser les compagnies pétrolières étrangères qui faisaient affaire avec l’Iran, a déclaré à l’agence IPS mercredi que le renversement européen était « remarquable ».

    Il a affirmé que l’administration Obama avait réussi à « multilatéraliser » le différend, en se basant sur les résolutions du Conseil de sécurité élaborées par le gouvernement de George W. Bush.

    Eizenstat, qui copréside un groupe de travail iranien du Conseil de l’Atlantique Nord, groupe de réflexion basé à Washington, a ajouté que le gouvernement américain actuel avait profité d’une politique double qui consiste à tendre « une main amicale en tenant de l’autre la massue des sanctions ».

    La volonté européenne de se départir du pétrole iranien au moment où plane le spectre d’une nouvelle récession est également le fruit des actions iraniennes, particulièrement depuis les élections présidentielles contestées de 2009.

    Le gouvernement iranien, qui tentait de semer la discorde entre les États-Unis et l’Europe, n’a fait que les unir en accélérant son programme nucléaire, en violant les droits de l’Homme et en prenant pour cible des ressortissants européens et des représentants des ambassades européennes.

    Accusant les Européens de fomenter des manifestations contre leur gouvernement, les Iraniens ont retenu prisonniers, en 2009, plusieurs représentants iraniens de l’ambassade britannique, un journaliste gréco-britannique et un universitaire français.

    En janvier 2011, l’Iran a exécuté une femme germano-iranienne, Zahra Bahrami. Le recours à la peine capitale pour une personne ayant une double nationalité est pourtant rare. Bahrami a été arrêtée durant les troubles postélectoraux et inculpée par la suite pour trafic de drogues.

    Finalement, en novembre 2011, les forces paramilitaires iraniennes ont envahi et dévasté l’ambassade britannique à Téhéran, et ont ainsi contraint la Grande-Bretagne à fermer l’ambassade, à rappeler les représentants étrangers et à expulser de Londres les diplomates iraniens.

    Au même moment, l’Iran continuait d’enrichir de l’uranium à plus grande échelle et, au début du mois de janvier 2012, le pays a entrepris l’enrichissement dans un bâtiment situé au creux de la montagne, près de la ville de Qom, et donc moins susceptible d’être attaqué.

    « Il y a eu un durcissement de la position européenne, c’est certain », a confié à l’agence IPS Anne Penketh, directrice du British American Security Information Council, un groupe de réflexion qui lutte pour un monde dénucléarisé. Penketh souligne le rôle clef qu’a joué la France du président Nicolas Sarkozy en encourageant des actions européennes plus concertées contre l’Iran. Le président français, qui est également en pleine campagne électorale cette année, a été encore plus belliciste dans ces propos que le président américain Barack Obama.

    L’experte française de l’Iran estime que la fermeté de Nicolas Sarkozy sur la question iranienne est non seulement influencée par ses opinions politiques personnelles, mais également par les actions iraniennes. Elle fait notamment allusion à la détention de l’universitaire française Clotilde Reiss qui, en 2009, a été écrouée six semaines à la tristement célèbre prison d’Evin et a été retenue neuf mois supplémentaires en Iran après avoir été accusée d’espionnage.

    Eizenstat a affirmé que la collaboration de Nicolas Sarkozy et des dirigeants allemands et britanniques a été cruciale dans l’obtention d’un consensus contre le programme nucléaire iranien. Selon lui, l’Europe craint qu’une puissance iranienne dotée de l’arme nucléaire « ne mette à mal tout le régime de non-prolifération ».

    Il a ajouté que « l’Europe était véritablement préoccupée par la menace d’une attaque israélienne ». Les conséquences de l’embargo sur le pétrole iranien sont minimes en comparaison avec les répercussions catastrophiques qu’engendrerait une autre guerre, souligne Eizenstat.

    Ronen Berman, journaliste israélien et expert de l’Iran, qui a écrit un article à paraître dans le New York Times Magazine, a alimenté les inquiétudes des médias en pronostiquant une attaque israélienne de l’Iran en 2012.

    A la question de savoir si les menaces israéliennes avaient pour objectif l’instauration d’un embargo sur le pétrole iranien, Eizenstat a répondu que les Israéliens « préparent légitimement une action militaire, mais sont parfaitement conscients des risques encourus. Ils jouent avec dextérité ».

    Dans son dernier Discours sur l’état de l’Union au Congrès mardi, le président Obama attribuait aux États-Unis le mérite de l’isolation croissante de l’Iran.

    « Grâce à notre diplomatie, un monde qui était autrefois divisé sur la manière de gérer le programme nucléaire de l’Iran ne fait aujourd’hui plus qu’un », a-t-il clamé.

    Alors que le président a répété que les États-Unis « n’écartaient aucune option » pour empêcher l’Iran de mettre au point des armes nucléaires, le président a affirmé qu’« une résolution pacifique du conflit est toujours possible et que si l’Iran revoit ses positions et remplit ses obligations, il pourrait rejoindre la communauté des États ».

    Il n’y a eu aucune négociation avec l’Iran depuis plus d’un an et la possibilité d’une reprise des pourparlers est mince. Malgré les déclarations positives des officiels iraniens, le gouvernement n’a pas répondu par écrit à la lettre qui lui était adressée en octobre 2011 par la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

    Les États-Unis et leurs partenaires dans ce qu’on appelle le P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne) discutent de ce qu’ils pourraient proposer à l’Iran pour que les négociations reprennent. L’exigence essentielle est que l’Iran arrête d’enrichir de l’uranium à une telle cadence. 20 % d’U-235, l’isotope nécessaire aux explosions nucléaires, est enrichi.

    Cependant, les États-Unis et leurs collaborateurs n’ont pas encore décidé de ce qu’ils pourraient offrir de mieux que du combustible pour un réacteur qui produit des isotopes médicaux.

    Un journal iranien aux revendications extrêmes, le Keyhan, a récemment suggéré que l’Iran arrête immédiatement les ventes de pétrole en direction de l’Europe, ce qui dans le passé avait fait chuter d’environ 18 % les exportations iraniennes. Le journal a également reformulé les menaces iraniennes de fermer le détroit d’Ormuz qui permet le passage de 20 % des réserves mondiales de pétrole.

    Un autre journal iranien, plus modéré, a relayé l’annonce d’une crise économique profonde ayant entraîné la chute de la monnaie iranienne, le rial, qui a perdu plus de 50 % de sa valeur ces derniers mois. Le journal Javan, selon une traduction du Mideast Mirror, a qualifié les nouvelles sanctions de « conspiration planifiée que nous devons gérer avec précaution sans offrir à nos ennemis l’opportunité de nous nuire ».

    (FIN/IPS/2012)

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