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FEMMES-INDE: Les petites Indiennes sont victimes d’une discrimination systématique

    NEW DELHI, 06 mars (IPS) – A l’unité de soins intensifs d'All India Institute of Medical Sciences (AIIMS) de l’hôpital de New Delhi, une petite fille de deux ans, victimes de coups et blessures, lutte pour survivre.

    Ses médecins se battent depuis six semaines pour la maintenir en vie, mais étant donné la torture qu’elle a subie ils ont peu d’espoir que l’enfant puisse un jour mener une vie normale.

    Lorsqu’elle a été amenée à l’hôpital pour la première fois, Falak était à l’article de la mort. Elle était couverte de morsures qui lui avaient apparemment été infligées par la jeune fille de 15 ans qui l’avait emmenée à l’hôpital.

    Dans le jargon médical, Falak souffre du syndrome de l’enfant battu. Il s’agit d’un syndrome dans lequel le nourrisson souffre de blessures résultant de maltraitance physique habituellement infligée par un tiers ayant autorité sur lui.

    Lésions internes, coupures, brûlures, hématomes et os brisés ou fracturés sont autant de signes potentiels de ce syndrome. Falak présentait tous ces symptômes.

    Alors que l’histoire de la petite fille a été révélée au grand jour et que cette mise en lumière des médias a conduit à une investigation approfondie, il est apparu que ce bébé avait plusieurs fois changé de famille pour se retrouver sous la responsabilité de cette adolescente de 15 ans, elle-même victime de sévices sexuels perpétrés par l’homme avec lequel elle avait fui un père abusif.

    En proie à la colère et à la frustration, la jeune fille avait battu l’enfant brutalement avant de l’emmener à l’hôpital.

    Durant leur enquête, les officiers de police ont découvert que la mère biologique de Falak, prénommée Munni, avait été forcée à se séparer de l’enfant.

    Bien que les médias indiens sur le web se soient appropriés l’histoire de Baby Falak pour souligner la détresse de la petite fille, des assistants sociaux ont déclaré qu’il ne s’agit que d’un des innombrables cas de nourrissons qui subissent des traumatismes similaires et dont les histoires ne sont presque jamais dévoilées au grand jour.

    Durant les deux premiers mois de 2012 seulement, quatre petites filles (âgées de deux jours à six mois) ont été abandonnées dans des trains ou sur les routes, notamment dans les villes de Bhopal et Asansol.

    Par ailleurs, des militants affirment que si de nombreuses petites filles sont en insécurité et subissent des atrocités, en Inde on constate un nombre incalculable de foeticides de filles.

    « Selon le recensement 2011 et d’autres statistiques nationales, 700.000 petites filles ne sont pas venues au monde (en raison des interruptions volontaires de grossesse après que le sexe du fœtus est déterminé) et les experts affirment que ce chiffre pourrait atteindre les 1 million durant cette décennie si de sérieux efforts ne sont pas faits pour renverser la vapeur », a déclaré à l’agence IPS Akhila Sivadas, directeur général du Centre de soutien et de recherches (CAR) basé à New Delhi.

    Les remarques de Sivada interviennent au lendemain de la publication d’une nouvelle étude des Nations unies indiquant que l’Inde est l’endroit au monde où la discrimination des petites filles est la plus forte.

    « Les différences sexistes dans la mortalité infantile », un projet du Département des affaires économiques et sociales (DAES) des Nations unies, révèle qu’en Inde une petite fille entre 1 et 5 ans a 75 % plus de chances de mourir qu’un garçon, ce qui représente la disparité sexiste la plus forte au monde dans la mortalité infantile.

    Les taux de mortalité infantile mondiaux ont diminué ces dernières années et dans de nombreux pays les petites filles présentent aujourd’hui un taux de survie plus élevé que les garçons. L’Inde fait toujours figure d’exception à cet égard.

    « Le problème de la discrimination sexiste et de la survie précaire des filles suscite de graves inquiétudes et requiert une action urgente », a déclaré Shantha Sinha, présidente de la Commission nationale pour les droits des enfants en Inde.

    Selon Sivadas, le nombre d’interruptions volontaires de grossesse peut être attribué à l’avènement de la technique d’imagerie à ultrasons (échographie) qui permet de déterminer le sexe de l’enfant avant la naissance.

    Elle a affirmé que cette nouvelle technologie doit être réglementée sous peine de devenir une arme à double tranchant.

    Les militants ont également affirmé que la procréation médicale assistée (PMA) est à présent utilisée pour concevoir des fœtus mâles.

    Sivadas explique que toutes ces technologies ont d’abord été l’apanage de la classe « éduquée » entre 1991 et 2001 dans les états prospères du Punjab et d’Haryana et ont entraîné une augmentation suspecte du taux de mortalité des petites filles.

    Ces techniques sont aujourd’hui accessibles gratuitement, les conséquences sont donc encore bien plus dramatiques.

    « Il y a une “préférence pour enfants mâles” bien ancrée dans le pays, nous payons donc directement le prix du développement étant donné qu’il est aujourd’hui possible d’éliminer les fœtus femelles », a souligné Sivadas.

    « Et même lorsque la petite fille est née, elle est victime de négligence. La mortalité néonatale est également liée au problème de malnutrition. Tous ces éléments négatifs rendent précaires les conditions de vie des petites filles », a-t-elle ajouté.

    Elle pense également que le démantèlement du système indien de distribution publique (PDS) — système qui prévoyait la distribution de denrées alimentaires essentielles aux familles les plus pauvres à des prix avantageux — est un facteur important de la crise. En effet, les parents qui ne peuvent plus subvenir aux besoins de leurs enfants sombrent souvent dans le désespoir.

    « Si nous pouvons au moins éviter les avortements basés sur le sexe du fœtus, notamment dans les États du Nord (Haryana et Punjab), les petites filles auraient au moins une chance de se battre, une fois venues au monde », a expliqué Sivadas.

    Cependant, le nombre d’avortements sélectifs en fonction du sexe du fœtus est certes un phénomène inquiétant, mais le cas de Falak nous montre un autre aspect du problème : la souffrance qui attend une petite fille dans une société qui ne veut pas l’accueillir ou la dépersonnalise.

    « Ce cas nous rappelle la nécessité d’élargir et de renforcer la présence d’institutions ayant pour objectif de protéger les enfants, ce qui comprend la sécurité au sein même de la famille », a expliqué Sinha à l’agence IPS.

    Elle a ajouté que l’histoire de cette petite fille, qui a réveillé la conscience nationale, a souligné le caractère inadéquat de la tentative du système de protéger les membres de la population les plus vulnérables.

    « Il y a beaucoup à faire. Nous avons besoin d’une meilleure coopération entre les membres des forces de l’ordre, le Comité d’aide à l’enfance (child welfare committee – CWC), les ministères de la Santé et les médias, si nous voulons protéger tous les enfants abandonnés et négligés », a-t-elle affirmé.

    « À moins qu’il n’y ait un véritable effort basé sur le principe non négociable suivant lequel les enfants doivent jouir de tous leurs droits, il sera difficile d’atteindre les objectifs fixés ».

    Selon Sivadas, l’Inde nécessite aujourd’hui une réponse similaire à celle qui avait été instituée dans les années 1960 dans l’État de Tamil Nadu, au sud du pays.

    « À Tamil Nadu, un éventail de mesures ont été adoptées pour la santé, la nutrition et la puériculture. Ces initiatives ont porté leurs fruits, c’est de cela que nous avons besoin aujourd’hui », a-t-elle conclu.

    (FIN/IPS/2012)

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