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FRANCE: Le Forum alternatif de l’eau dit 'non' à la privatisation

    By Cléo Fatoorehchi

    AIX-EN-PROVENCE, 15 mars (IPS) – En 2001, Gérard Mestrallet, directeur général de GDF-Suez, une grande société d'eau transnationale, a souligné "l’engagement de son entreprise à lutter pour un meilleur accès" à l'eau potable et à l'assainissement à travers le monde.

    L’objectif, disait-il, était de mettre un terme à toutes les maladies mortelles d'origine hydrique, de la diarrhée des enfants à la dysenterie, en passant par les maladies parasitaires.

    Plus d'une décennie plus tard, environ 1,8 million d'enfants continuent de mourir chaque année du fait de la diarrhée, et quelque 443 millions de jours d’école sont perdus annuellement en raison de maladies liées à l’eau, selon les dernières données fournies par le Rapport sur le développement humain 2006 des Nations Unies.

    En outre, plus de 1,1 milliard de personnes dans les pays en développement ont un accès inadéquat à l'eau, et 2,6 milliards de personnes ne disposent même pas de l'assainissement le plus élémentaire.

    Une semaine avant le Forum mondial de l'eau (FME), qui se tient du 12 au 17 mars dans la ville méditerranéenne de Marseille, en France, les organisateurs ont indiqué, lors d'une conférence de presse, qu'ils étaient déterminés à apporter "des solutions concrètes" au problème de la distribution et de la rareté de l'eau.

    Même si les engagements pris dans le passé peuvent ne pas avoir été suivis de solutions concrètes, les promoteurs de l'événement ont défendu le forum comme un espace nécessaire pour débattre et sensibiliser sur diverses crises de l'eau.

    Mais comme les plans évoluent vers une convergence qui, depuis sa création à Marrakech, au Maroc, en 1997, n’a pas réussi à apporter des solutions durables aux problèmes de l'eau dans le monde, des activistes se rassemblent à quelques kilomètres de Marseille pour articuler un programme différent.

    Les organisateurs du Forum alternatif mondial de l'eau (FAME), qui se tient en même temps que le FME, voient ce forum comme un appareil démodé, traînant lamentablement derrière un mouvement croissant pour "la justice de l'eau" dans le monde entier.

    "Si le droit à l'eau a été adopté par l'Assemblée générale des Nations Unies le 28 juillet 2010, ce n'est pas grâce au FME. C'est plutôt grâce à notre combat et aux mouvements sociaux", a expliqué à IPS, Jean-Claude Oliva, un expert de l'eau et un participant actif au FAME.

    Il a critiqué l'échec du FME de 2009 à Istanbul, en Turquie, d’inclure "l'accès à l'eau" comme un droit humain fondamental dans sa déclaration finale, une formule exigée principalement par un groupe d’Etats d'Amérique latine.

    Bien qu'il ait été annoncé que le prochain forum reconnaîtra officiellement ce droit à l'eau dans sa déclaration, beaucoup pensent que ceci est tout simplement une stratégie médiatique, destinée à coopter cette idée comme la sienne et paraître plus inclusif de la société civile.

    L'image du FME comme un espace démocratique a été également montée sur la 'Plate-forme de solutions' du forum et à travers sa commission 'Base et citoyenneté'.

    Toutefois, ces décisions ont fait peu de choses pour changer la réputation du forum comme "un Davos de l'eau", a déclaré Laurent Flety, un organisateur local du FAME, se référant au Forum économique mondial qui est connu pour être une parlotte, résultant sur peu de mesures concrètes.

    En effet, l'une des principales objections au FME est que ses décideurs s'en remettent souvent aux entreprises privées pour prendre des décisions critiques sur la distribution de l'eau. Plusieurs directeurs généraux, y compris les chefs de géants multinationaux comme Coca-Cola et Nestlé, ont été invités à s'adresser aux participants des panels de haut niveau.

    "Ils (FME) demandent au secteur privé de résoudre le problème et nous refusons cela parce que (les entreprises) privatiseront et surveilleront l'eau dans le monde entier", a indiqué à IPS, Kim Lê Quang, un représentant belge du FAME.

    En revanche, le FAME réunit plus de 1.000 personnes venues d'au moins 50 pays à travers le monde pour partager leurs expériences de la gestion publique des ressources en eau. Elles entendent presser les gouvernements à inclure le droit à l'eau potable et à l'assainissement dans les constitutions nationales, comme un moyen d’assurer la mise en œuvre du droit à l'eau en tant que droit humain fondamental.

    Leur objectif principal est de promouvoir la gestion publique de l'eau, notamment à travers des "partenariats public-public"), qu'elles considèrent comme profitant à tous les acteurs. En nouant une relation non commerciale, la municipalité peut fournir un service transparent et responsable, impliquant la société civile à la base et améliorant ainsi toute la communauté en renforçant les capacités de gestion au niveau local.

    Pour aider les communautés des pays en développement à reprendre possession de leur service d'eau, l'autorité des eaux usées de Paris, le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (SIAAP), a développé un partenariat avec la ville de Hue, au Vietnam, pour renforcer les capacités des habitants à rénover et planifier la conception future du système d'égouts.

    De même, l'autorité publique de l'eau de Paris, 'Eaux de Paris', a travaillé avec l'école d'ingénieurs de Sfax, en Tunisie, pour partager les techniques et les meilleures pratiques.

    Le FAME loue ces partenariats, et invite les gouvernements à répandre ces idées dans le monde entier.

    Selon l’expert géopolitique Daniel Van Eeuwen, si un tel élan se poursuit, il pourrait finalement permettre aux communautés de fixer des prix abordables pour tout le monde, au lieu de dépendre du marché – et des prix dictés par le profit.

    Bien que le mouvement soit encore naissant en France, la bataille ouvertement politique pour l'eau comme un bien public et un droit humain a sérieusement commencé avec les guerres de l'eau en Bolivie en 2000, lorsque des communautés locales ont vivement protesté contre la privatisation et la marchandisation – et la flambée des prix qui a immédiatement suivi – de l'eau.

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