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GHANA: Des pêcheurs balisent leur chemin pour trouver du poisson

    By Jessica McDiarmid

    TAKORADI-SEKONDI, Ghana, 28 avr (IPS) – Des explosifs, des ampoules à grande puissance, des filets à monofilament et du poison: telles sont les quelques méthodes que des pêcheurs utilisent pour attraper les stocks de poissons en diminution sans cesse sur les rives ghanéennes.

    "Avant, votre barque était remplie", déclare Thomas Essuman, 20 ans, un expérimenté des mers qui entourent Takoradi-Sekondi, une ville située dans l’ouest du Ghana. "Aujourd’hui, vous n’obtenez pas de poissons comme avant".

    Puisque le nombre de poissons continue de chuter dans ce pays d’Afrique de l’ouest, ceux qui dépendent de la mer disent qu’ils n’ont pas de choix s’ils veulent attraper assez de poissons pour survivre."Si vous n’utilisez pas ces choses, votre filet sera vide", affirme Essuman.Il indique que beaucoup de gens utilisent la lumière pour attirer les poissons. D’autres utilisent le pesticide DDT (dichlorodiphenyltrichloroethane) pour empoisonner les poissons, ou la dynamite, pour tuer un grand nombre de poissons qui peuvent être ramassés à la pelle.

    Les pêcheurs savent que ces pratiques sont nuisibles, souligne Essuman. "Elles détruiront le pays parce que la pêche amène la vie. Si vous endommagez la mer, les poissons ne viennent pas, et comment allez-vous gagner de l’argent?".Samson Falae, qui pratique la pêche dans l’ouest du Ghana depuis 30 ans, affirme que la dynamite fait fuir les poissons vers des eaux plus profondes, et les propriétaires de barques sont obligés d’utiliser davantage de carburant pour les suivre."Si vous allez loin et que vous n’obtenez pas assez de poissons, vous ne pouvez pas vous permettre d’aller le lendemain", déclare Falae.

    Le Ghana a publié des règlements pour régir la pêche en 2010, interdisant bon nombre de ces pratiques courantes. Ces règlements limitent les tailles des mailles et les types de filets, les zones où la pêche est autorisée et les tailles de poissons qui peuvent être pêchés.

    Alex Sabah, le directeur du département des pêches dans la 'Western Region' (Région de l’ouest) au Ghana, affirme que les stocks de poissons risquent de s’effondrer. Il y a environ 200.000 pirogues ghanéennes qui pêchent maintenant, puisque les pêcheurs s’efforcent de nourrir une population sans cesse croissante. Les barques parcourent plus de trois fois la distance qu’elles faisaient en mer il y a 10 ans pour trouver du poisson.

    Et, dit-il, ils attrapent des menus fretins, de petits poissons qui servent de nourriture pour des espèces plus grandes, et déciment des zones sensibles telles que les estuaires. Une seule des 30 espèces de poissons communes dans les eaux du Ghana n'est pas considérée comme menacée, indique-t-il."Ils détruisent les stocks. La petite peine infligée maintenant la réglementation est meilleure que la plus grande souffrance plus tard".Mais, Sabah affirme: "Nous avons du mal à stopper cela".Peu de temps après la sortie des règlements, les agents des pêches, la police et la marine ont sévi, procédant à des arrestations, saisissant les équipements et établissant des chefs d’accusation.Les pêcheurs n'ont pas apprécié les nouvelles mesures, et la situation s'est détériorée en violences et manifestations."Il y a eu des affrontements avec la marine", déclare Sabah. "Nous avons arrêté un certain nombre d'entre eux et les avons envoyés devant les tribunaux".Il affirme que l'application est entravée par un manque de volonté politique et, parfois, par l'ingérence des politiciens avides de voix auprès des millions de personnes qui dépendent de la pêche dans ce pays de 25 millions d’habitants. Des politiciens ont téléphoné au département et ordonné d’arrêter les efforts d'application, indique Sabah."Dans cette situation, nous sommes impuissants", dit-il.Sabah affirme que l'introduction des règlements aurait dû être traitée différemment, mais qu'ils travaillent sur une nouvelle stratégie. Le département, ajoute-t-il, doit faire davantage pour sensibiliser les pêcheurs sur les effets des pratiques de pêche illégales et gagner leur soutien aux efforts de conservation.Le secteur de la pêche nourrit des millions de personnes en Afrique de l'ouest – jusqu’à un quart de la main-d'œuvre, selon la 'Environmental Justice Foundation' (Fondation pour la justice environnementale – EJF), une organisation caritative basée à Londres, qui lutte contre la mauvaise gestion de l'environnement.L’EJF note que les stocks de poissons sont en état de siège du fait des bateaux étrangers qui pêchent illégalement au large des côtes. Le groupe estime que l'Afrique subsaharienne perd environ un milliard de dollars chaque année à la pêche illégale.Mais Sabah n’attribue pas tous les ennuis du Ghana aux bateaux étrangers. "Nous ne pouvons pas les accuser de tout cela", dit-il. "Nos pêcheurs locaux utilisent les mauvais procédés".Kofi Agbogah, directeur adjoint et coordonnateur des programmes au Centre des ressources côtières à Tadoradi-Sekondi, estime que les mesures de régulation doivent inclure les pêcheurs et fournir des "conditions favorables"."Ils comprennent les enjeux, ils savent que quelque chose doit se passer", a déclaré Agbogah, dont l'organisation est en train de mettre en œuvre un programme de l'USAID (l'agence gouvernementale qui fournit l’assistance économique et humanitaire américaine dans le monde) sur la gouvernance côtière et la pêche.

    "Mais si quelque chose arrive, aura-t-il (le pêcheur) de la nourriture à manger demain matin? Une fois que vous prenez le filet au gars, il sera prêt à mourir".

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