Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Reportage d'Afrique, Santé »

GHANA: Les chagrins des handicapés persistent cinq ans après le vote d’une loi

    By Paul Carlucci et Jamila Akweley Okertchiri

    ACCRA, 27 oct (IPS) – Emmanuel Joseph et George Amoah, deux Ghanéens handicapés, occupent différentes extrémités du spectre. Le premier est couché sur un bout de carton à Accra Central, son corps à moitié nu, tordu et en grande partie paralysé, le soleil le tapant dur alors qu'il espère collecter trois dollars, le fruit moyen d’une journée de mendicité.

    Le dernier est assis dans un fauteuil roulant et porte un costume trois-pièces bien soigné, ses cheveux bien coupés et ses yeux vifs pendant qu’il travaille tous les jours dans une grande banque internationale dans le même quartier.Ils constituent juste deux des quelque deux millions de handicapés dans le pays, qui, selon l'Organisation mondiale de la santé, représentent entre sept et 10 pour cent de la population. Cinq ans après son adoption, la 'Persons with Disability Act' (la Loi sur les personnes handicapées) a apporté peu de changements dans leur vie.Sur le papier, ses dispositions promettent beaucoup d’opportunités d'emploi, l'éducation gratuite, des bâtiments accessibles et le transport, ainsi que l'acceptation sociétale. Mais, la réalité est bien différente."Parfois, on m’insulte", déclare Joseph, qui affirme que ses jambes sont devenues paralysées après avoir reçu une injection médicale quand il était tombé malade. "Parfois, les gens me frappent aussi".Il vit avec son frère dans une communauté appelée 'Post Office'. Tous les matins, il se roule pour se rendre à Central et se couche sur le trottoir. Des personnes souffrant de handicaps similaires sont dans tout le quartier, certains se poussant sur des morceaux de contreplaqué, tandis que d'autres pataugent dans la circulation pour quémander de l’argent."Il existe une discrimination très subtile", souligne Amoah. "Tant que vous êtes physiquement handicapé, vous êtes classé d’une certaine manière. Je ne sais pas si vous devriez être uniquement en train de mendier ou de vous faufiler ou n’importe quoi. Dans une large mesure, c'est la mentalité de la société au Ghana".A certains égards, Amoah a eu de la chance. Il a fait des études universitaires et a réussi à trouver un poste à la banque après que 'Sight Savers', une organisation non gouvernementale, a organisé sa première foire annuelle de l’emploi en 2010.Il ne connaît pas les origines de son handicap, mais affirme que cela est arrivé quand il était jeune, et l’a amené à perdre cinq années scolaires. Il explique également que le fait qu'il ait réussi à progresser, dans un pays qui considère souvent le handicap avec superstition ou dérision, constitue une victoire. Ses amis handicapés n'ont pas été aussi chanceux."Evidemment, c'est un défi très difficile", déclare Amoah. "Ils sont obligés de dépendre de la famille. Certains devront accepter des emplois subalternes, et quelques-uns d'entre eux (quémandent). La plupart d'entre eux acceptent des emplois qu'ils ne devraient pas accepter, mais ils doivent survivre".Aucune des dispositions de la loi n’a été pleinement réalisée. Un projet d'instrument législatif, qui est censé introduire des clauses relatives à l'emploi, à l'éducation, aux amendes et à l'environnement bâti, a été bloqué quelque part entre le ministère de la Protection sociale et le bureau du procureur général.Cela s’est produit pendant que la 'Ghana Federation of the Disabled' (Fédération ghanéenne des personnes handicapées – GFD) tentait de mettre à profit sa relation avec le gouvernement pour opérer des changements."Si nous ne faisons pas cela, et que le projet d'instrument législatif est adopté en l'état, il y aura beaucoup de lacunes", souligne Isaac Tuggon, un avocat de la GFD. "C'est quelque chose qui aurait dû être prêt depuis longtemps".Selon cette loi, l’environnement bâti du Ghana devrait être accessible d'ici à 2016. Bien qu'il existe des bâtiments accessibles à Accra, la ville est encore chargée de barrières, à partir des caniveaux à ciel ouvert aux anciens bâtiments ayant seulement des escaliers raides et pas d'ascenseurs. Tuggon se plaint que pratiquement, aucun travail n'ait été fait pour mettre les bâtiments aux normes, et que même les nouvelles structures manquent de bretelles et d'autres fonctionnalités."Les mains du gouvernement sont liées parce que le gouvernement lui-même ne fait pas ce qui convient", affirme-t-il.A Accra Central, où la plupart des ministères fédéraux ont leur siège social, seul le ministère de la Protection sociale dispose des bretelles pour fauteuils roulants."Si je peux aller n'importe où, je ne suis pas handicapé", indique Amoah, faisant allusion au fait qu'il est très difficile de se déplacer dans la ville. "Parfois, c'est l'environnement qui est handicapant".Cette Loi a également appelé à la création d'un Conseil national sur les personnes handicapées. Ce conseil a été formé, mais son secrétaire exécutif, Max Vardon, déclare qu'il est sous-financé.L’une des tâches du conseil a été de donner des directives pour le décaissement de l'argent mis dans les Fonds communs des municipalités, des métropoles, ou des districts. Ces fonds ont été créés dans les années 1990 pendant que le Ghana cherchait à décentraliser son gouvernement fédéral.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa