Home » Developpement, Environnement, Headlines, Reportage d'Afrique »

GHANA: Les radios communautaires sont en difficulté

    By Sandra Ferrari*

    ACCRA, 22 fév (IPS) – Il y a une tension qui résonne à travers les ondes du Ghana, un courant électrique alimenté par des intérêts rivaux entre les défenseurs des radios communautaires et la 'National Communication Authority' (Autorité nationale de la communication – NCA) du Ghana.

    Récemment, les partisans des radios communautaires se sont rassemblés dans les rues d'Accra, la capitale ghanéenne, dans ce qu'ils ont appelé une "Voice Walk" (Marche pour se faire entendre), que la NCA a qualifiée d'irresponsable et d'inattendue.

    "Tout ce que nous faisons, nous les consultons. Je ne sais pas ce qui s'est passé", déclare Henry Kanor, ingénieur adjoint de la NCA.

    En novembre 2011, les membres du 'Ghana Community Radio Network' (Réseau des radios communautaires du Ghana – GCRN) et de la 'Coalition for Transparency of the Airwaves' (Coalition pour la transparence des ondes – COTA) ont exigé que le gouvernement réponde à la limitation de l'attribution des fréquences qui sont accordées aux stations de radio communautaires. A travers le pays, il existe 11 stations de radio communautaires qui émettent, avec 14 autres qui attendent de recevoir leur fréquence.

    "C'est juste un refus délibéré de donner aux gens une voix", dit Wilna Quarmyne, directrice exécutive adjointe du GCRN et pionnière de la radio communautaire dans son pays natal, les Philippines. Elle estime que la NCA est subtilement en train de mettre des barrières pour les stations de radio communautaires au Ghana et que les conséquences de cette situation sont préjudiciables à la liberté de la presse dans cette nation d’Afrique de l’ouest.

    Selon Quarmyne, en décembre 1999, le ministre de la Communication a promis de lever le gel des attributions de fréquences à titre exceptionnel pour les radios communautaires, en raison de leur rôle de développement.

    "Jusqu’à la Pâque 2000, cela ne s'était pas produit. Puis nous sommes retournés le voir et il a dit: 'D’ici à novembre 2000'. Cela n'a pas été fait. Puis il y a eu un changement de gouvernement. C'est la même chose".

    En octobre 2007, le GCRN a initié un projet avec 11 stations de radio communautaires demandant des fréquences. L'association a aidé ces radios communautaires avec des évaluations techniques et une assistance dans le processus de demande de fréquences dans l’espoir d’accroître le nombre de stations de radio communautaires opérant dans le pays.

    "Nous les avons impliquées dans toutes nos activités. Mais certaines d'entre elles ne comprennent pas le concept de la façon dont les choses devraient fonctionner et elles politisent tout", déclare Kanor.

    Selon la NCA, certaines des stations qui attendent ont obtenu des fréquences; cependant, soit ces stations ne sont pas encore installées soit elles ont obtenu une fréquence, mais n'ont pas réussi à donner une suite à leurs demandes.

    Quarmyne insiste: "Bien que nous ayons commencé le plaidoyer formel en 2004, le projet traîne encore et je ne sais pas quand il verra la lumière du jour – personne ne sait vraiment".

    La NCA soutient que si les fréquences sont disponibles, elles seront attribuées aux stations communautaires qui en font la demande.

    Alors que les Lignes directrices précédentes pour le fonctionnement des stations de radio communautaires au Ghana indiquaient que la NCA devait mettre 60 jours pour répondre à une demande, les lignes directrices actuelles n’incluent plus cette clause et il n'existe aucune disposition légale exigeant que la NCA accorde les fréquences dans un délai donné.

    Toutefois, les défenseurs soutiennent que la manière inopportune dont ces demandes sont traitées fait partie d'un plan plus sinistre de corrompre les plans visant à développer les stations de radio communautaires au Ghana.

    "Je dis aux gens que si vous regardez la réalité sur le terrain, les quelques radios communautaires qui émettent ont réussi avec beaucoup de chances à être perçues comme non partisanes par leurs communautés, ce qui est un énorme succès dans cet environnement très polarisé", souligne Quarmyne.

    Ces litiges ont donné lieu à une lutte anti-développement des ondes, qui a officiellement commencé il y a 12 ans avec la création du GCRN et la première station de radio indépendante, 'Radio Ada', que Quarmyne a fondée avec son mari, Alex Quarmyne.

    "(Les opposants à la liberté de la presse) ont pris le maquis, mais ils existent encore", affirme Quarmyne.

    "Nous sommes encore là où nous étions en 1999 lorsque nous avons lancé le Réseau des radios communautaires du Ghana".

    L'année dernière, la branche de la 'National State Security' (Sécurité d’Etat) du gouvernement ghanéen a proposé un plan visant à lancer des assemblées de district dirigées par l'Etat à travers le pays.

    "Si vous pouvez imaginer", dit Quarmyne, "une ville dans laquelle une radio communautaire fonctionne – devrait-il y avoir une radio d’assemblée de district – bien sûr, les promoteurs du parti au pouvoir iront vers la radio d’assemblée de district, ne laissant pas d’autre choix à la radio communautaire que d’être remplie des figures de l'opposition et d’être automatiquement considérée comme une radio de l'opposition. Même au niveau le plus pratique, c'est ce qui se passera".

    La NCA a rédigé une proposition et l'a présentée au ministre de la Communication, mais aucun plan n'a été défini à ce jour.

    "Cet argument ne tient pas", déclare Kanor. Ce n'est pas comme si le gouvernement dit j’aurai des radios d’assemblée de district, et pas d’autres stations. Ce n'est pas cela l'accord".

    Les deux parties reconnaissent la valeur et le rôle de la radio au Ghana, mais les priorités et les convictions fondamentales des deux parties les maintiennent idéologiquement opposées.

    "Actuellement, nous avons environ 204 stations de radio opérationnelles au Ghana – communautaires, de campus et commerciales. Elles jouent un rôle très vital dans la société. Certaines nous aident dans l’éducation et le divertissement. Elles traitent également des problèmes des femmes. Dans le nord en particulier, elles aident beaucoup les agriculteurs", indique Kanor.

    "Nous avons également une responsabilité – un modèle pour les stations de radiodiffusion. Alors, pourquoi voulez-vous aller réinventer la roue?".

    *Cet article a été produit avec le soutien de l’UNESCO.

    Tags:

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa