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GHANA: Reconnaître les maladies mentales comme un problème de santé

    By Jonathan Migneault et Jamila Akweley Okertchiri

    ACCRA, 28 fév (IPS) – Un bourdonnement incessant des moustiques était le premier signe que quelque chose n'allait pas. Alors que Bernard Akumiah, qui vit au Ghana, pouvait clairement entendre ces petits insectes, il n’y en avait aucun dans ses parages.

    Ce bourdonnement des moustiques s'est finalement transformé en des voix venant des pièces voisines. Ces voix retentissaient comme si elles étaient en français, une langue que ni Akumiah ni son frère, avec qui il vivait, ne pouvait parler.

    C'était en 1982 et l'expérience d'entendre des moustiques qui n'existaient pas était le premier signe qu’Akumiah, à l’époque un jeune homme qui avait toute sa vie devant lui, souffrait de schizophrénie. Ce trouble mental, qui peut être désormais traité avec la combinaison appropriée de médicaments antipsychotiques, est caractérisé par des délires paranoïdes et des hallucinations auditives qui vont souvent de paire avec un dysfonctionnement social et l'anxiété.

    Mais le diagnostic d’Akumiah a changé sa vie. Comme beaucoup d'autres personnes atteintes de schizophrénie, il a été victime de la stigmatisation.

    "Au début, j'avais beaucoup de soutien familial; ils m’apportaient même de la nourriture, alors je ne mangeais pas la nourriture préparée à l'hôpital, mais quand j'ai été entre-temps libéré, il y avait quelque chose comme la discrimination", a déclaré Akumiah.

    La stigmatisation constitue un obstacle majeur au traitement des problèmes mentaux au Ghana. Le pays est censé adopter une nouvelle Loi sur la santé mentale d'ici à la fin de mars, qui pourrait beaucoup améliorer les services de santé mentale si elle est bien appliquée.

    Aujourd’hui âgé de 59 ans, Akumiah a réussi à maîtriser sa maladie en prenant des médicaments antipsychotiques puissants tous les jours. Il est bénévole à la 'Mental Health Society of Ghana' (Société de la santé mentale du Ghana) et consacre une grande partie de son temps libre à lutter contre la stigmatisation associée aux maladies mentales dans le pays.

    Il demeure l'un des Ghanéens chanceux qui arrivent à vivre une vie normale avec une maladie mentale grave.

    Il a dit que le gouvernement doit reconnaître les maladies mentales comme un problème de santé légitime. "Lorsque vous tombez malade, votre famille vous rejette", a affirmé Akumiah. "Alors, qui devrait prendre soin de vous? Le gouvernement doit accepter et embrasser les personnes atteintes de maladie mentale de tout son cœur et non pas par la parole seule, mais par des actes".

    Environ 98 pour cent des Ghanéens souffrant de maladies mentales ne reçoivent jamais de traitement. Il y a seulement trois centres de traitement de maladies mentales dans le pays, tous situés dans le sud, plus peuplé. Dans le nord, plus pauvre, il n'existe pas du tout de services de santé mentale. Il y a plus de 24 millions d’habitants au Ghana pour seulement 12 psychiatres.

    Le Ghana dépense environ un pour cent de son budget annuel pour la santé sur la santé mentale. Les praticiens de la santé mentale estiment que jusqu'à 10 pour cent de la population souffre d'une maladie mentale de toute sorte. Dr Akwasi Osei, directeur de l'Hôpital psychiatrique d'Accra, la plus grande installation du genre au Ghana, a déclaré qu'au moins sept pour cent du budget total pour la santé du Ghana devrait être mis de côté pour la santé mentale.

    "Notre système pour les soins de santé mentale est assez faible", a indiqué Osei.

    L’Hôpital psychiatrique d'Accra compte actuellement 800 malades pour seulement 500 lits. Dans la salle des hommes, des malades sont éparpillés par terre dans une cour à ciel ouvert. La plupart sont dans un état groggy, à cause de leurs médicaments, et demandent une meilleure alimentation ou une porte de sortie. Certains ont dit qu'ils reçoivent la visite de membres de leur famille alors que bon nombre ont été abandonnés par leurs parents.

    Osei a déclaré que les maladies mentales ne constituent pas une priorité au Ghana en raison de la stigmatisation qui y est associée. Cette stigmatisation se manifeste de trois manières: contre la maladie elle-même, le malade et le praticien de la santé mentale.

    "La principale chose est la peur de l'inconnu", a souligné Osei. "Les gens ne savent pas exactement ce que s'est qu’une maladie mentale et ce qui en est la cause. Et nous sommes des êtres crédules. Nous voulons croire. Et si vous voulez croire et que vous ne comprenez pas, alors vous trouverez la superstition. La superstition devient un antidote à l'ignorance, et nous tendons à associer la superstition avec la maladie mentale".

    Cette superstition est plus évidente dans les camps de prière éparpillés à travers le Ghana. Des personnes atteintes de maladies mentales sont souvent enchaînées dans les camps pendant que les prédicateurs prient pour leur guérison miraculeuse.

    Mais des praticiens de la santé mentale et des défenseurs des malades mentaux du Ghana croient que le nouveau Projet de loi sur la santé mentale du pays pourrait aider à mettre fin à la stigmatisation des maladies mentales et permettre un meilleur traitement à travers le pays.

    Le Projet de loi sur la santé mentale a été introduit au parlement en 2006. Il a fait l’objet d’une première et d’une deuxième lecture et est actuellement à l'étape de commission. Humphrey Kofie, secrétaire exécutif de la Société de la santé mentale du Ghana, a dit que la commission de la santé du pays l’a assuré que le projet de loi sera adopté d'ici à la fin de mars 2012.

    Kofie a affirmé que le projet de loi aiderait à protéger les droits humains des gens qui souffrent d'une maladie mentale. Les gens qui sont reconnus comme étant des malades mentaux au Ghana, par exemple, sont souvent empêchés de voter lors des élections. Kofie a dit que le Projet de loi sur la santé mentale mettrait un terme à ce type de discrimination.

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