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GRECE: La troïka coupable de la tragédie du pays

    By Apostolis Fotiadis

    ATHENES, Grèce, 20 fév (IPS) – Une crise humanitaire se manifeste en Grèce et dans d'autres pays européens touchés par la récession puisqu’ils subissent de dures mesures d'austérité en échange d'un plan de sauvetage. Au cœur de cette situation se trouve la troïka, déclarent des syndicats, activistes de la société civile et des droits.

    La troïka – qui regroupe le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne (CE) – représente les créanciers internationaux.

    "La troïka doit savoir désormais qu'elle ne peut plus se cacher derrière son immunité afin d'échapper aux tribunaux grecs pour les violations des droit humains dans ce pays".

    Elle est de plus en plus accusée d'exiger des réformes économiques qui ont poussé les pays insolvables en Europe du sud-est dans une profonde récession tout en sapant les droits humains.

    La Fédération internationale des droits de l'Homme a achevé une mission d'enquête en Grèce visant à évaluer l'impact de la crise sur les droits humains et à indiquer qu’il faut tenir responsables ceux qui sont coupables de violations.

    "Notre visite visait à recueillir des preuves que les mesures d'austérité et les réformes structurelles que le gouvernement a dû mettre en œuvre comme condition de sauvetage ont entraîné une situation dans laquelle non seulement les droits économiques et sociaux, mais aussi civils et politiques ainsi que les vraies bases démocratiques sur lesquelles l'Etat est construit sont menacés", a déclaré à IPS, Elena Crespi, chargée de programme pour l’Europe de l'ouest dans la fédération.

    "Notre objectif final, c’est aussi de mettre en garde contre le risque que ce qui a commencé comme une crise économique mondiale ne se transforme en une crise mondiale des droits humains, dont les effets peuvent être facilement prévus mais très difficiles à maîtriser", a-t-elle indiqué.

    Le 21 janvier, 20 syndicats, des organisations de défense des droits humains et de la société civile à travers l'Europe se sont adressés à Martin Schultz, président du Parlement européen, lui indiquant de demander un rapport sur la situation des droits de l'Homme, de l’Etat de droit et de la démocratie en Grèce.

    "En lisant la Charte des droits fondamentaux de l'UE [Union européenne], il est difficile de trouver un seul article qui n'ait pas été violé par le gouvernement grec au cours des trois dernières années dans le cadre des politiques qu'il a mises en œuvre contre son propre peuple", disait la lettre.

    La Grèce a emprunté environ 230 milliards d'euros (315 milliards de dollars) au cours des quatre dernières années en échange d'un grand programme d'austérité supervisé par la troïka. Cette politique a eu l'effet inverse, l'économie sombrant dans une récession sans précédent et le chômage montant à 30 pour cent.

    Parmi les signataires de la lettre, il y avait l'Association européenne pour la défense des droits de l'Homme (AEDH), une organisation faîtière de 30 groupes dans 22 Etats membres de l'UE, les grands syndicats grecs, la CNE [la Centrale nationale des employés] – le syndicat du secteur privé belge fort de 167.000 membres affiliés – ainsi que des organisations de la société civile et politiques plus petites, y compris le Réseau européen d'attaque et le 'Corporate Europe Observatory' (CEO).

    Le CEO a lancé un nouveau projet dénommé 'Troika-

    Watch', qui vise à créer un réseau de citoyens pour surveiller l'organisme qui représente les créanciers dans les pays qui mettent en œuvre des programmes d'austérité. Ce projet produira un bulletin mensuel en neuf langues européennes différentes.

    Une résolution proposée par le Comité des affaires juridiques et des droits de l'Homme (PACE) a été adoptée le 31 janvier par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

    Ses projets de recommandations sur la "responsabilité des organisations internationales pour les violations des droits humains" ont proposé que "les organisations internationales soient soumises à des mécanismes contraignants de reddition de comptes et que leur immunité soit limitée".

    Selon l'assemblée, "les Etats membres doivent être également tenus responsables du rôle qu'ils jouent dans les organisations internationales et du fait de les aider à mettre en œuvre leurs décisions".

    Le député grec, Notis Marias, représentant du Groupe des démocrates anti-fédéralistes au sein du Conseil de l'Europe, qui a proposé certains des amendements, a déclaré: "La troïka doit savoir désormais qu'elle ne peut plus se cacher derrière son immunité afin d’échapper aux tribunaux grecs pour les violations des droit de l'Homme dans ce pays".

    Les salaires de base auraient baissé de 22 pour cent depuis le début des mesures d'austérité, le chômage chez des jeunes dépasse 60 pour cent et plus d'un million de personnes ne bénéficient plus d'un type quelconque d'assurance maladie.

    En juin 2013, le FMI a reconnu des erreurs dans la gestion de la crise de la dette grecque qui ont causé la détérioration du scénario de la récession. Mais la troïka n'a jamais produit un rapport d'évaluation d'impact avant de demander des réformes sociales et des mesures fiscales.

    Andreas Fischer-Lescano, professeur de droit et de politique européens à l'Université de Brême, a été nommé par la Confédération européenne des syndicats pour examiner la légalité des protocoles d'accord signés entre les pays renfloués et leurs organismes de crédit. Ses conclusions ont été rendues à la fin de janvier.

    Dans un projet de document, qu’IPS a vu, Fischer-

    Lescano a indiqué que "c'est la Commission et la BCE, qui, au nom de l'Europe, définissent les conditions qui conduisent des millions d'Européens au désespoir".

    "Les protocoles d'accord doivent être délégitimés. Il n'y a aucune obligation d’appliquer des dispositions illégales. Les tribunaux nationaux et également les cours internationales comme la Cour de justice européenne et la Cour européenne des droits de l'Homme ainsi que les commissions des droits de l'Homme devront clarifier cela", a-t-il expliqué à IPS.

    "La lutte juridique contre l'austérité ne fait que commencer. L'objectif doit être de défendre les principes de base de la justice sociale en Europe".

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