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GUINEE: Cultiver le manioc pour concurrencer le riz importé

    By Moustapha Keita

    CONAKRY, 15 oct (IPS) – La production du manioc occupe une place importante en Guinée, avec 11 pour cent des surfaces cultivées, selon le Service national de la sécurité alimentaire (SNSA). Aujourd’hui, le manioc est le deuxième aliment le plus consommé dans le pays après le riz.

    Mais, le manioc tend à concurrencer et même à remplacer le riz en Haute-Guinée, dans le nord-est du pays, grâce à une importante production, et à cause de la cherté du riz, indique le SNSA.

    Le ministère guinéen de l’Agriculture est intéressé par cette culture dont les indicateurs montrent un rapide développement. Selon les données du SNSA, la production nationale de manioc a pratiquement doublé en sept ans, avec quelque 775.500 tonnes l’année dernière. Les superficies cultivées sont passées de 58.424 hectares en 2004 à 122.550 hectares en 2011.

    Cette dynamique s’explique par une forte croissance de la demande du manioc, en raison de la hausse du prix du riz importé des pays asiatiques. Et avec une production locale faible, la Guinée est obligée d’importer 200.000 à 300.000 tonnes de riz par an pour couvrir les besoins de sa population estimée à 10,6 millions d’habitants, selon le ministère de l’Agriculture.

    "Le manioc est à la fois un aliment de base et un aliment de complément pour nos populations. Il constitue également une source de revenu pour les paysans", déclare El-Sanoussy Bah, chef du programme manioc à l’Institut de recherche agronomique de Guinée, qui appuie les paysans pour cette culture en leur proposant des variétés améliorées.

    En Guinée, le manioc est préparé seul, mais il entre aussi dans la préparation de plusieurs autres repas où il est utilisé comme légume dans certaines sauces.

    La préfecture de Kouroussa, dans le nord-est du pays, est une zone de production de manioc. IPS a visité, début-octobre, le champ du paysan Mamadi Condé dans le district de Babila.

    Agriculteur de 54 ans, Condé exploite, avec ses deux garçons âgés d’une vingtaine d’années chacun, une superficie d’un hectare pour la culture du manioc, sur une terre appartenant à sa famille.

    "J’ai récolté près de six tonnes de manioc au mois d’août dernier", affirme Condé qui assure que sa récolte a servi à l’autoconsommation tout en lui permettant de gagner un peu plus de 700 dollars après la vente d’une partie de sa production, pour envoyer à l’école primaire son enfant âgé de neuf ansSelon le SNSA, la production, dans la région de Kouroussa, est estimée à 72.950 tonnes de manioc par an et la grande production se fait entre novembre et février.

    "Le commerce du manioc est très florissant dans la région de Kouroussa et nous avons créé en 2010 une coopérative pour vendre nos produits à Conakry, la capitale, afin de faire plus de bénéfice", indique à IPS, Makoura Camara, une vendeuse de manioc au marché de Kouroussa.

    Toutefois, elle se plaint de l’état délabré des pistes qui enclavent de nombreux villages à grand potentiel de production agricole.

    "Dans la zone de Kouroussa, le manioc est une véritable culture de sécurité alimentaire dans la mesure où il offre des tubercules et des féculents bon marché aux consommateurs à faible revenu", explique Kandia Traoré, encadreur agricole, ajoutant que "les feuilles de manioc sont riches en vitamines A et C".

    Pour profiter davantage du manioc, Condé et ses collègues de la région utilisent des techniques traditionnelles pour le transformer et le conserver.

    Dans la ferme de Condé, le manioc frais est épluché et trempé dans l’eau pendant au moins une journée avant d’être séché au soleil pendant plusieurs jours. Cette opération de séchage permet de conserver le manioc pendant près d’un an sans être altéré.

    Le manioc séché est ensuite transformé pour être consommé sous certaines formes, notamment le 'too' (une pâte faite de la farine de manioc). La farine est obtenue en découpant les tubercules en tranches qui sont séchées, pilées au mortier puis tamisées. La pâte de manioc est un met assez consommé avec une sauce à base de gombo dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest.

    "Nous avons recours à la méthode manuelle pour cette transformation du tubercule de manioc séché en farine", explique Saran Camara, l’une des deux épouses de Condé, qui n’ont pour seuls outils qu’un vieux mortier et des tamis.

    La transformation du manioc est donc essentiellement artisanale, même pour la fabrication d’attiéké (couscous humide à base de manioc) qui prend de l’essor à Kouroussa. Ce couscous plus connu en Côte d’Ivoire, est fabriqué notamment par des femmes qui en font une activité génératrice de revenus.

    Cependant, les populations rêvent d’une usine de transformation du manioc comme il en existait à Faranah, une autre localité de la Haute-Guinée. Entre 1978 et 1984, cette unité assurait la transformation industrielle du manioc en gari (farine obtenue à partir des granulés de manioc séchés). Elle transformait jusqu’à 50 tonnes de manioc frais par jour, produisant six à 10 tonnes de gari, selon le Programme d’appui à la sécurité alimentaire (PASAL).

    Mais, l’usine a dû fermer à cause d’une mauvaise étude de faisabilité, les promoteurs n’ayant pas bien étudié les marchés d’écoulement du gari quasiment inconnu à l’époque par la plupart des ménages guinéens, ajoute le PASAL.

    "Les populations guinéennes gagneraient à ce que les investisseurs ou les bailleurs… financent un projet de transformation industrielle du manioc dans la région. Une usine pourrait contribuer à créer une plus-value et à renforcer la sécurité alimentaire", affirme Karamo Sidibé, de l’association 'Sabougnouma' de Kouroussa.

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