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GUINEE: Cultiver le riz NERICA pour réduire la dépendance des importations

    By Moustapha Keita

    CONAKRY, 10 sep (IPS) – La production rizicole ne couvre pas les besoins actuels de la population guinéenne estimée à quelque 10 millions d’habitants. A Kérouané et Beyla, dans le sud-est de la Guinée, des riziculteurs utilisent une nouvelle variété de riz (le NERICA) à cycle très court pour produire plus.

    Ces innovations ont favorisé la diminution du prix de cette denrée dans ces localités. Les variétés de riz NERICA (un acronyme venant de l’anglais 'New Rice for Africa', un Nouveau riz pour l’Afrique) sont des variétés améliorées adaptées aux conditions de culture dans ce pays, et en Afrique de l’ouest en général.

    En Guinée, l’Agence nationale de promotion rurale et de conseil agricole a mis 500 tonnes de semences de riz NERICA à la disposition des paysans du pays dans le cadre d’un projet dont le coût global s’élève à sept milliards de francs guinéens (environ un million de dollars).

    "Cette variété de riz est le fruit du croisement de deux espèces africaine et asiatique. Riche en protéine, elle est prisée par des consommateurs guinéens dont le riz reste l’aliment de base", déclare Ali Condé, directeur de l’agence.

    Selon un rapport du ministère de l’Agriculture, le déficit en approvisionnement du pays en riz a atteint 244.118 tonnes, soit 19,35 pour cent de sa consommation annuelle estimée à 1,262 million tonnes en 2010. La Guinée importe le complément de sa consommation de la Thaïlande et du Vietnam.

    "Il est temps que nous commencions à réévaluer notre dépendance vis-à-vis des importations de riz. Nous devons nécessairement augmenter la production locale", a déclaré aux journalistes, Jean-Marc Telliano, ministre de l’Agriculture.

    A Kérouané, IPS a visité, fin-août, une ferme avec un groupement de 17 paysans qui cultivent du riz NERICA sur une superficie de 130 hectares. Cette terre leur a été cédée par la communauté parce que dans cette contrée, les terres cultivables ne manquent pas et profitent à ceux qui peuvent les mettre en valeur.

    "Ici, nous pratiquons la riziculture pluviale dans la mesure où l’alimentation en eau des plantes est assurée uniquement par les eaux des pluies", explique Abdoulaye Sangaré, un technicien agricole de la région.

    Le riz récolté par le groupement, à la fin de juillet 2012, est stocké dans des sacs de 100 kilos, dans un grand magasin. Une partie de la récolte sert à l’autoconsommation tandis que la plus grande partie est revendue aux collecteurs qui viennent de toutes les régions du pays.

    "Nous avons réussi à récolter environ 645 tonnes de riz paddy (brut); ce qui équivaut à 6.450 sacs de 100 kilogrammes de riz", indique à IPS, Mohamed Dioubaté, le chef de la coopérative de Kérouané.

    Selon Dioubaté, le sac de riz est vendu à 300.000 FG (42 dollars), et la vente a permis aux groupements d’engranger environ 270.000 dollars après trois mois de culture.

    "L’introduction ici, en 2012, de cette variété de riz est une aubaine pour nous. Aujourd’hui, nous pouvons faire deux récoltes par an, ce qui n’était pas possible auparavant", affirme Dioubaté qui envisage même trois récoltes par an.

    "Il est possible de faire trois récoltes par an puisque le cycle de ce riz est réellement de 90 jours", rassure le technicien agricole.

    Selon Sangaré, ce nouveau riz est parfaitement adapté au faible niveau de fertilisation des terres de riziculture pluviale dans la mesure où ces paysans manquent de moyens pour irriguer et apporter de l’engrais et des pesticides à leurs cultures.

    "Avec le NERICA, le prix du riz a diminué dans notre région. Le kilogramme se négocie, aujourd’hui, entre 3.000 et 4.000 FG (moins d’un dollar) alors que son prix se situait entre 5.000 et 6.000 FG (environ un dollar) les années passées", reconnaît Sarata Keita, une commerçante de riz à Kérouané.

    Dans la préfecture voisine de Beyla, IPS a également visité la ferme du district de Gblangba, exploitée par Kafoumba Koné, 49 ans, et 24 autres jeunes paysans.

    Au début du mois d’août 2012, ils ont récolté près de 700 tonnes de riz NERICA sur environ 140 hectares, et obtenu environ 294.000 dollars, affirme Koné à IPS.

    Comme à Kérouané, les fermiers de Gblangba ont ouvert un compte à la caisse du Crédit rural de la localité après avoir remboursé les divers emprunts qui avoisinent un tiers du chiffre d’affaires réalisé au cours du trimestre.

    "Nous avons fini une première récolte et nous nous préparons à lancer une nouvelle campagne agricole", déclare, joyeux, Koné qui ajoute: "Pendant ce temps, les autres paysans qui n’ont pas encore expérimenté le riz NERICA se préparent pour leur seule récolte de l’année".

    Toutefois, les paysans déplorent le manque d’équipements et de machines agricoles pour travailler plus rapidement et plus efficacement, notamment pour la récolte et le traitement du riz brut.

    "Nous faisons la récolte du riz avec des faucilles, le battage et le nettoyage du riz à la main. Nous serions plus heureux si nous avions des décortiqueuses et d’autres machines agricoles", ajoute Samouka Kourouma, un paysan de la région.

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