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GUINEE: Des femmes qui tirent un petit revenu du maraîchage

    By Moustapha Keita

    CONAKRY, 3 juil (IPS) – Des groupements de femmes pratiquent le maraîchage en Guinée, dans les zones périurbaines de Conakry, la capitale, où cette activité est en pleine expansion et leur rapporte un revenu leur assurant une relative autonomie.

    A Kobaya, dans la banlieue de Conakry, IPS a visité un groupement de 14 femmes qui exploitent un bas-fond de trois hectares pour des cultures maraîchères. Ces terres humides et fertiles leur sont louées par des propriétaires coutumiers, à l’équivalent de 130 dollars par mois.

    Sur leur terre, les femmes ont construit un magasin de fortune qui abrite des outils rudimentaires (dabas, binettes, râteaux, arrosoirs…), des sacs et des caisses destinés au transport de leurs productions vers les marchés. Deux puits ont été creusés en 2007 et 2010 pour arroser les plantes.

    "Nous produisons des tomates, des pommes de terre, des oignons, des laitues, des piments, des concombres…", déclare Fanta Camara, présidente du groupement.

    La plupart des membres disposent de leur propre potager pour l’autoconsommation. Mais le groupement est né en 2007 en vue de faire du maraîchage pour la commercialisation.

    "Le maraîchage a une fonction économique et sociale. Il offre des emplois et constitue une source de revenus", affirme Moïse Koundouno, technicien agricole de la commune de Ratoma, à Conakry. Il ajoute que "cette activité constitue plus de 50 pour cent des sources de revenus pour la moitié des maraîchers périurbains".

    Cependant, l’association n’a développé aucune technique moderne pour intensifier sa production de contre-saison. Elle veut pourtant produire des denrées sur toute l’année en utilisant comme engrais les seules crottes des animaux.

    "Nos légumes sont cultivés et récoltés naturellement, sans artifices", ajoute Ramata Touré, responsable de la vente. "Avec l’aide d’un technicien agricole, nous avons réparti notre surface pour diverses cultures en fonction des saisons".

    "Cette répartition a permis de récolter, sur chaque 100 mètres carrés consacrés à un type de culture: une tonne et demie d’oignons, deux tonnes de tomates, deux tonnes et demie de choux ainsi que de grandes quantités d’aubergines, de carottes et de gombos", affirme Dramane Fofana, un technicien agricole qui assiste bénévolement ces femmes.

    Dans les zones de production maraîchère comme Kobaya, l’offre de légumes est importante pendant la saison sèche (de novembre à avril), avec une pointe en janvier et février. A Kobaya, les femmes ont fait des cultures maraîchères leur principale activité de contre-saison.Les femmes maraîchères de Kobaya utilisent des circuits de commercialisation généralement courts: la vente directe sur leur périmètre, ou par un intermédiaire – un grossiste communément appelé 'Bana-bana'.

    Abdoul Karim Bangoura, gérant du marché de fruits et légumes de Madina, un quartier de Conakry, confirme que quelque 370 groupements opèrent dans ce grand marché et brassent des centaines de milliers de dollars chaque année, sans pouvoir donner de précision.

    Le prix des produits maraîchers varie beaucoup. Selon la période de l'année, ils peuvent aller du simple au triple pour certains produits. Toutefois, Ramatoulaye Touré, la trésorière du groupement, estime le chiffre d’affaires annuel de l’association à environ 10.000 dollars."Les bénéfices tirés de la vente de la production sont partagés entre les membres du groupement, après déduction des charges, notamment la location du terrain et l’achat des intrants", explique-t-elle à IPS.

    Beaucoup d’adhérentes interrogées par IPS se réjouissent de leurs résultats. «J’ai reçu environ 500 dollars à la fin de 2011. Avec ce montant, j’ai pu entretenir mes enfants et soutenir mon mari qui est au chômage», a confié Hawa Dabo, une mère de cinq enfants.

    Toutefois, il arrive souvent que les pertes post-récoltes soient importantes. Ce constat a emmené le groupement à envisager la transformation locale de certains produits depuis décembre 2010.

    "Nous transformons le piment et la carotte sous forme de purée. Ils sont conservés dans un bocal et revendus pendant la période d’hivernage lorsque les prix grimpent. Le bocal peut être vendu deux fois son prix ordinaire", affirme Dabo.

    Selon le rapport 2009 du Crédit rural de Guinée, une institution de micro-crédit, "la population guinéenne est essentiellement rurale, environ 30 pour cent est urbaine contre 70 pour cent de ruraux, mais 64 pour cent des exploitations agricoles font moins de deux hectares".

    Dans ces zones périurbaines, le droit foncier coutumier est encore appliqué. Et souvent, la terre est obtenue par héritage ou prêtée, sa vente étant interdite. Cette situation est préjudiciable au maraîchage.

    "La terre manque car l’urbanisation menace le maraîchage. Les maraîchers sont de plus en plus obligés de s’éloigner de la capitale", souligne Taliby Sako, gérant d’un restaurant. "Cet éloignement des sites de production entraîne une augmentation du prix des produits. Le kilogramme de tomate coûte aujourd’hui huit fois plus cher qu’il y a cinq ans", ajoute-t-il.Le groupement de Kobaya rencontre déjà d’autres difficultés. "Nous déplorons la divagation des animaux malgré l’érection de clôtures végétales, ainsi qu’un manque de matériels et de produits phytosanitaires, qui affecte la qualité de nos produits", se plaint Camara.

    Selon le ministère de l’Agriculture, le gouvernement soutient la promotion du maraîchage en Guinée. Et, avec l’aide de ses partenaires, il finance des projets ayant une forte incidence sur la réduction de la pauvreté. Il existe un Projet de développement social durable, de sept millions de dollars dont cinq millions sont financés par le Fonds africain de développement, et deux millions par le gouvernement.

    Ce projet de 24 mois (janvier 2011-décembre 2012) vise le développement des capacités productives des pauvres, en particulier des femmes, par un appui aux activités génératrices de revenus, dont le maraîchage.

    "Notre groupement ne bénéficie pas encore de cet appui. Mais nous comptons bien nous faire recenser auprès du ministère de l’Agriculture pour profiter des avantages de ce projet ou de tout autre programme qui s’intéresse à la promotion du maraîchage", déclare Camara à IPS.

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