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GUINEE: Les producteurs de noix d’anacarde demandent un appui financier

    By Moustapha Keita

    CONAKRY, 16 avr (IPS) – La culture de l’anacardier est devenue, grâce aux noix de cajou, une source de revenus en Guinée. Aujourd’hui, plus de 50.000 personnes profitent de cette filière, particulièrement à Boké dans le nord-ouest, et à Kankan, dans le nord de ce pays d’Afrique de l’ouest.

    Par rapport aux autres régions du pays qui cultivent également l’anacardier, ces deux localités présentent les meilleures conditions pour la plante en raison du climat, de l’altitude (300 à 400 mètres) et des facteurs biotiques – on y trouve moins d’insectes ravageurs, selon les techniciens agricoles. Mais les producteurs, qui sont souvent des paysans pauvres, ont besoin d’un soutien financier pour développer la culture.

    "L’anacardier a été introduit en Guinée vers la fin des années 1940 par les autorités coloniales, pour des raisons environnementales", a affirmé Jacqueline Sultan, présidente de l’Alliance guinéenne de l’anacarde (AGA), à la cérémonie de lancement de l’AGA, en février. Elle a ajouté que les anacardiers étaient plantés au départ pour combattre l’érosion et les feux de brousse.

    La culture de l’anacardier à des fins commerciales a commencé à partir des années 1990, a-t-elle indiqué.

    Aujourd’hui, faute de données exhaustives, la superficie totale plantée n’est pas véritablement connue. Cependant, la Société de production et de commercialisation des intrants agricoles, le principal fournisseur d’intrants agricoles et de semences en Guinée, estime qu’il y "aurait quelque 30.000 hectares plantés en anacardiers" dans le pays.

    L'Institut de recherche agronomique de Guinée (IRAG) estimait, en janvier 2013, la production nationale de noix de cajou à un peu plus de 10.000 tonnes par an.

    "Nous prévoyons une demande croissante en noix brutes de la part des pays où elles sont traitées, comme l’Inde et le Vietnam", estime Jean Marc Yombouno, ministre guinéen de l’Agriculture qui annonce que "l’objectif est d’atteindre les 60.000 tonnes de noix brutes par an au cours des dix prochaines années pour se positionner sur le marché mondial".

    La superficie des plantations varie en fonction des capacités financières des producteurs. Par exemple, à Kankan, une usine de transformation dénommée Konaté-Cajou exploite une superficie de 120 hectares tandis les 12 paysans du groupement de Batè (nord du pays) occupent une superficie de cinq hectares.

    La récolte de la noix de cajou commence début-mars et se poursuit jusqu’en juin dans la plupart des régions, notamment à Boké et Kankan, suivie de la commercialisation. La transformation locale de la noix est encore à l’état embryonnaire.

    Le décorticage des noix est généralement fait par des femmes, dans les villages de production, d’une façon totalement rudimentaire. "Nous brûlons les noix avant de les écraser entre deux pierres. Cela permet de libérer l’amande qui est ensuite emballée dans de petits sacs", explique à IPS, Aminata Chérif, une paysanne de Baté, dans la région de Kankan.

    Presque toutes les noix de cajou produites en Guinée sont destinées à l’exportation, notamment vers la Guinée-Bissau et la Côte d’Ivoire qui ont une plus vieille tradition de commerce avec l’Inde ou le Vietnam, deux pays acheteurs de noix de cajou. La région de Boké est frontalière de la Guinée-Bissau tandis que celle de Kankan partage la frontière avec la Côte d’Ivoire.

    "Le marché régional n’est pas porteur parce que la Guinée est entourée de ces deux pays qui sont de grands producteurs en Afrique de l’ouest, ayant leur propre industrie de traitement des noix. La Guinée n’a donc aucun avantage compétitif", déplore Kalil Soumahoro, exportateur de noix de cajou.

    La plupart des exportateurs – en majorité des Guinéens, mais aussi des Libanais résidant en Guinée – sont basés à Conakry, la capitale. Ils achètent auprès des intermédiaires qui sont leurs agents à l’intérieur du pays, ou auprès des spéculateurs indépendants.

    Le prix du kilogramme de noix de cajou se situe autour de 35.000 francs guinéens (environ cinq dollars) auprès des planteurs, et atteint 50.000 FG à Conakry (environ huit dollars).

    "Dans ce circuit de commercialisation, les planteurs d’anacardiers sont les plus lésés. Ils ne bénéficient d’aucun financement par les banques", souligne Fankama Diakité, un technicien agricole de la région de Kankan.

    "Nous plantons l’anacardier lorsque nous avons de l’argent", se plaint Lamine Condé, un producteur de Batè. "Les planteurs sont la proie des spéculateurs véreux auprès desquels ils prennent des avances pour payer la main-d’œuvre des travaux de défrichage et de récolte, ou pour acheter des engrais chimiques", explique-t-il à IPS.

    Au problème de financement, s’ajoutent d’autres contraintes comme les parasites ainsi que la pénurie et le coût élevé de la main-d’œuvre.

    Sur le terrain, IPS a constaté qu’un producteur moyen peut réaliser un chiffre d’affaires d’environ 12.500 dollars après avoir vendu ses 2,5 tonnes. Et le groupement de Batè, qui a produit environ six tonnes en 2013, peut gagner quelque 30.000 dollars après la commercialisation.

    Un Guinéen sur deux, vit avec moins d’un dollar par jour et 40 pour cent de la population vit en dessous de ce seuil de pauvreté, selon le Plan quinquennal de développement socioéconomique 2011–2015 du pays, élaboré en 2011.

    Malgré cette précarité et de nombreux autres défis à relever sur le plan agricole, les autorités guinéennes affirment vouloir promouvoir la culture de l’anacardier.

    "La plantation ne suffit pas. Il faudrait mettre en place une industrie de transformation de cajou qui va constituer une valeur ajoutée et créer beaucoup d’emplois en Guinée", a déclaré Ousmane Kaba, conseiller à la présidence, chargé des mégas-projets, à la cérémonie de lancement de l’AGA.

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