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GUINEE: Une coopérative qui réussit malgré les inondations

    By Moustapha Keita

    CONAKRY, 22 juin (IPS) – La production du riz est en expansion dans la région de Dinguiraye, dans le centre-nord de la Guinée. Malgré les fréquentes inondations, une coopérative familiale de Bambadala parvient à surmonter les difficultés avec une nouvelle variété de riz et quelques techniques innovantes.

    La ferme de Bambadala, située à 15 kilomètres de Dinguiraye, est gérée par Saidou Nour Thiam, un agriculteur de 39 ans, et ses deux frères, a constaté IPS au cours d’une visite le 17 juin. Elle a une superficie de 150 hectares hérités de leur défunt père dans une région essentiellement agro-pastorale, avec de grandes plaines et des bas-fonds rizicoles ainsi qu’un cheptel abondant.

    Dinguiraye est parmi les régions les moins arrosées de ce pays d’Afrique de l’ouest, avec une pluviométrie n’excédant pas 1.500 millimètres d’eau par an. Cependant, de grandes quantités de pluies y provoquent souvent des inondations qui commencent généralement en août et peuvent se poursuivre jusqu’en novembre dans certaines zones.A Bambadala, IPS a constaté les ravages causés par des crues soudaines qui sont préjudiciables à la culture du riz. Thiam a montré des parties du sol et des diguettes des rizières endommagées par les inondations. Les dernières étaient provoquées en octobre 2011 par la crue de la rivière Tinkisso et de ses affluents, mais aussi par de grandes quantités d’eau tombées sur les rizières.Thiam pratique une agriculture dite fluviale dans les plaines, en sélectionnant une variété de riz qui résiste à l’eau. "Nous utilisons le riz flottant, une variété plus résistante aux inondations et permettant d'obtenir un bon rendement", déclare Thiam qui s’est installé à Dinguiraye en 1999 après avoir tenté l’aventure de l’immigration vers l’Europe."Ce riz a un cycle de production de six à sept mois et nous permet de récolter à peu près deux tonnes de riz paddy (brut) à l’hectare", ajoute-t-il à IPS.Raphaël Yombouno, un technicien agricole de la direction préfectorale de l’élevage et de l’agriculture, encadre les paysans de la région. "Nous encourageons l’utilisation de ce riz qui peut être cultivé dans une eau profonde… Avec ce riz, les tiges s’allongent et flottent à mesure que le niveau de l’eau monte", affirme-t-il. "Contrairement au riz ordinaire qui donne dans cette zone moins d’une tonne par hectare, cette nouvelle variété permet d’espérer des rendements plus élevés".

    Les trois frères ont recours à la semi-mécanisation pour accroître leur production. Ils ont hérité d’un vieux tracteur, utilisé pour le labour et les semis. Par contre, le fauchage et la récolte se font manuellement par de jeunes manœuvres recrutés, pour moins d’un dollar par jour et par personne. La récolte annuelle se fait en novembre.

    "Nous n’utilisons pas d’engrais chimiques. Pour réduire le coût de production, nous fabriquons nous–mêmes le guano, un engrais organique", explique Thiam, le chef de l’exploitation."Cet engrais est fabriqué à partir de produits comme le fumier et d’autres déchets que nous trouvons sur place. Il est nécessaire à la production du riz sur ce sol qui subit une exploitation intensive depuis des décennies", ajoute Yombouno.Pour atteindre l'autosuffisance alimentaire en Guinée, il faut, selon Jean Marc Telliano, ministre guinéen de l’Agriculture, "accroître la production locale afin de résorber le gap céréalier annuel qui est de 300.000 à 420.000 tonnes".Cependant, Thiam dénonce quelques lacunes liées à la commercialisation du riz: "Les ressources des collecteurs envoyés par l’Etat sont insuffisantes pour acheter toute notre production estimée à 285 tonnes de riz par an" à Bambadala. "Nous sommes donc obligés d’utiliser des circuits informels pour écouler le reste du stock", souligne-t-il.Selon Thiam, leurs revenus avoisinent 95.000 dollars par an, après la récolte. Ce pactole leur permet de vivre convenablement, d’envoyer leurs enfants à l’école et même de constituer une épargne à la caisse locale.Toutefois, Madani Tall, un ancien producteur agricole de Dinguiraye, se plaint du manque de subvention. "Il n’y a rien pour les agriculteurs. Les dirigeants ne font rien pour le désenclavement de notre région qui est pourtant une zone de production céréalière", affirme-t-il à IPS."L’accès aux intrants et au crédit est très faible et toutes ces lacunes entravent le développement de la région. C’est pourquoi nous saluons l’effort des fermiers de Bambadala qui cultivent le riz dans ce contexte difficile", ajoute-t-il.Toutefois, le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le ministère de l’Agriculture ont signé en 2010 un accord dans le cadre du Programme national d'appui aux acteurs de la filière agricole. Ce programme couvre les régions de la Guinée forestière (sud-est) et de la Moyenne Guinée (nord du pays)."Dinguiraye, qui est située en Haute Guinée (nord-est), ne bénéficie pas de ce programme FIDA. Nous espérons qu’il y aura une seconde phase pour ce programme FIDA qui intégrera nos préoccupations", déclare Alpha Bah, président de l’Association des agriculteurs de Bambadala."Nous avons besoin d’un appui financier aux agriculteurs pour contribuer à l'amélioration de la production dans les zones affectées par les inondations et la pauvreté des sols", souligne Thiam.

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