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HONDURAS: Une communauté ne veut pas fâcher la mer de nouveau

    By Thelma Mejía

    SANTA ROSA DE AGUÁN, Honduras, 2 avr (IPS) – A l'embouchure du fleuve Aguán, sur la côte caraïbe du Honduras, une communauté Garífuna vivant dans un paradis naturel qui a été dévasté il y a 15 ans par l'ouragan Mitch a donné un exemple de l'adaptation au changement climatique.

    "Nous ne voulons pas fâcher la mer de nouveau, nous ne voulons pas une répétition de ce qui s'est passé avec Mitch, qui a détruit tant de maisons dans la ville – presque toutes celles situées le long de la mer", a déclaré à IPS, Claudina Gamboa, 35 ans, le chef de la communauté.

    Autour de la ville côtière de Santa Rosa de Aguán, le magnifique paysage est presque aussi impeccable que lorsque le premier Garífuna est venu au Honduras au 18ème siècle.

    Pour atteindre Santa Rosa de Aguán, fondée en 1886 et compte à peine plus de 3.000 personnes, IPS a conduit en voiture pendant 12 heures, de Tegucigalpa à travers cinq des 18 départements ou provinces de ce pays d'Amérique centrale, jusqu'à atteindre le village de Dos Bocas, à 567 kilomètres au nord-est de la capitale.

    De ce village, sur le continent, un petit bateau conduit à Santa Rosa de Aguán, situé sur le sable dans le delta du fleuve Aguán, dont le nom dans la langue Garífuna signifie "des eaux abondantes".

    La moitié du trajet a été fait sur des routes qui sont dans des conditions terribles, qui deviennent déconcertantes quand il fait sombre. Mais après avoir traversé le fleuve tard dans la nuit, sous un ciel étoilé avec une brise de mer caressant la peau, le voyage arrive finalement à une fin paisible.

    Un projet sur trois ans visant à aider les dunes de sable à récupérer, qui a été achevé en 2013, a été réalisé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à travers le Programme des petites subventions du Fonds pour l'environnement mondial (FEM), avec un appui supplémentaire de l'Agence suisse pour le développement et la coopération (SDC).

    Ce projet visait à créer les conditions qui permettraient à la communauté locale de s'adapter aux risques des changements climatiques et de protéger l'écosystème naturel des dunes.

    L'initiative a recruté 40 bénévoles locaux, presque tous des femmes, qui allaient de porte à porte pour sensibiliser les gens sur l'importance de protéger l'environnement et éduquer les gens sur les risques posés par les changements climatiques.

    "Ils les qualifiaient de fous, et pensaient que les gens qui travaillaient sur [ce projet] étaient stupides, mais je leur disais 'n’arrêtez pas, continuez seulement de le faire'. "Aujourd’hui, il y a une plus grande prise de conscience et les gens ont vu que les vents ne frappent pas si fort", a indiqué à IPS, Atanasia Ruíz, une ancienne adjointe au maire de la ville (de 2008 à 2014) et une survivante de l'ouragan Mitch.

    Elle et Gamboa ont dit que les femmes ont joué un rôle essentiel dans la sensibilisation sur les changements climatiques, et ont ajouté que grâce à leurs efforts, le projet a laissé une empreinte sur le sable blanc et les habitants de la localité.

    Les gens dans la communauté comprennent désormais l'importance de protéger le système côtier et de préserver les dunes, et ont appris à s'organiser derrière cet objectif, a expliqué Gamboa. "C'est vraiment touchant de voir les vieilles femmes de notre ville en train de ramasser les déchets pour les recycler", a-t-elle déclaré.

    Les dunes de sable agissent comme des barrières naturelles de protection qui empêchent les vagues de vent de se briser sur la ville pendant les tempêtes.

    "Quand la mer est entrée en colère, elle nous a fait payer. Lorsque Mitch a frappé, tout ici a été aplati, c’était simplement horrible", a dit Gamboa.

    Certaines personnes ont quitté la ville, a-t-elle souligné, "parce qu’on nous a dit que nous ne pourrions pas vivre ici, que l'endroit était trop vulnérable et que la mer nous inonderait toujours parce qu'il n'y avait aucun moyen de l’empêcher.

    "Mais beaucoup d'entre nous sont restés, et avec la connaissance qu'ils nous ont donnée, nous savons comment protéger notre ville et nous-

    mêmes", a-t-elle déclaré, soulignant avec fierté comment la végétation a commencé à pousser dans les dunes.

    A la fin d’octobre 1998, l'ouragan Mitch a fait 11.000 morts et 8.000 disparus au Honduras, tout en causant d'énormes pertes économiques et des dégâts aux infrastructures.

    Santa Rosa de Aguán a été particulièrement durement touchée, avec des vagues de tempête atteignant cinq mètres de hauteur. Les corps de plus de 40 personnes de la ville ont été trouvés, tandis que d'autres ont été portés disparus.

    L'effort visant à récupérer les dunes de sable le long de la côte comprenait la construction de larges passerelles en bois pour protéger le sable.

    En outre, les restes de maisons en parpaing détruites par Mitch ont été finalement enlevés, pour les empêcher d'entraver la formation naturelle de dunes.

    Le projet a également introduit le recyclage, pour débarrasser les ordures sur la plage et les rues de sable non pavées de cette ville, où les visiteurs sont accueillis par des "buiti achuluruni", qui signifie "bienvenue" en langue Garífuna.

    Lícida Nicolasa Gómez, 18 ans, est un membre de la communauté Garífuna qui préfère être appelée "Alondra", son surnom depuis l'enfance.

    "J'étais contente lorsqu’ils m'ont invité dans le projet des dunes et de recyclage, parce que nous étions en train de déboiser les dunes, de les endommager, de détruire la végétation, mais nous ne faisons plus cela", a-t-elle indiqué.

    "Nous avons même réalisé une fresque sur l’un des murs du centre de la communauté, pour nous rappeler le genre de ville que nous voulions", a-

    t-elle ajouté, avec un large sourire.

    La fresque comprend des morceaux de plastique, de métal, des tuiles et des capsules de bouteilles. Elle reflète la beauté des Garífunas, montrant des gens en train de pêcher, des cultures de manioc et de banane plantain, la mer et le soleil lumineux, tout en reflétant le désir de vivre en harmonie avec l'environnement.

    Les dunes de sable atteignent cinq mètres de hauteur dans cette petite ville située à l'embouchure d'un fleuve qui coule à travers la forêt tropicale du pays.

    Hugo Galeano, du Programme des petites subventions du FEM, a déclaré à IPS que Santa Rosa de Aguán est devenue encore plus vulnérable après l'ouragan Mitch, qui a affecté les moyens de subsistance locaux basés sur la pêche, l'agriculture et l'élevage.

    Pour cette communauté construite entre le fleuve et la mer, les inondations constituent l'une des principales menaces à la survie, a indiqué le représentant du programme du FEM.

    Ricardo Norales, 80 ans, a dit à IPS que, bien que les dunes de sable et la végétation poussent, "l'emplacement de notre communauté signifie que nous sommes toujours exposés à des intempéries".

    "Grâce à ce projet, nous avons vu comment le vent et la mer n’entrent plus autant dans nos maisons. Mais faut que ce type d'aide soit plus durable pour nous", a-t-il souhaité.

    L'histoire de Santa Rosa de Aguán est marquée par l'impact des tempêtes tropicales et des ouragans, qui ont frappé la ville directement ou indirectement à plusieurs reprises depuis sa fondation.

    Mais les dunes de sable sont en train de prendre forme une fois de plus le long du littoral, où la communauté a construit des passerelles jusqu’à la mer.

    Les habitants veulent que leur ville soit considérée comme un exemple d'adaptation aux changements climatiques et le développement de solutions alternatives en rendant la survie possible. Plusieurs d'entre eux ont dit qu'ils ne veulent pas d'un "ayo" – au revoir en Garífuna – pour leur communauté.* Une des passerelles construites par la communauté de Santa Rosa de Aguán pour relier les maisons de la localité à la plage afin de préserver les dunes de sable. Crédit: Thelma Mejía/IPS** La frasque faite de morceaux de plastique et d’autres matériaux recyclables réalisée sur le mur du centre de la communauté par les habitants de Santa Rosa de Aguán pour célébrer leur mode de vie et la beauté des femmes Garífuna, et de rappeler à la ville la nécessité d'atténuer les changements climatiques. Crédit: Thelma Mejía/IPS

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