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ILE MAURICE: Déclin des coopératives de consommateurs

    By Nasseem Ackbarally

    PORT-LOUIS, 27 jan (IPS) – L'amateurisme, des prix élevés, la mauvaise gestion, et une gamme limitée de produits ont découragé Inderjeet Rajcoomarsingh, l'ancien président de la Fédération des coopératives agricoles de l’Ile Maurice, de faire des emplettes dans les magasins coopératifs.

    Vous trouverez plutôt Rajcoomarsingh, qui a été membre d'une coopérative pendant 34 ans, en train de pousser un chariot plein de marchandises à La Bagatelle, un nouveau centre commercial qui est actuellement la mode à Maurice.Beaucoup de Mauriciens, notamment les jeunes ici, disent qu'ils n'ont jamais entendu parler de magasins coopératifs ou de principes de coopératives de consommateurs. Théoriquement, les coopératives de consommateurs sont destinées à fournir des biens et services de qualité au prix le plus bas. Mais en pratique, leurs biens et services sont vendus au taux du marché ou plus."Aujourd'hui, une coopérative n’est qu’un nom. Il n'y existe aucune valeur et aucun principe. Je ne vois pas que les modes de vie des gens se soient beaucoup améliorés à Maurice en faisant des emplettes dans les magasins coopératifs", a déclaré Rajcoomarsingh à IPS.Les magasins coopératifs marchaient bien ici jusqu’aux années 1990 lorsque le développement économique solide de l'île a ouvert la voie aux supermarchés et, plus tard, aux hypermarchés. Aujourd’hui, les centres commerciaux ont poussé sur toute l'île comme des champignons après les pluies.Plusieurs nouveaux centres commerciaux sont prêts à ouvrir cette année, clouant davantage le cercueil des magasins coopératifs, en cette Année internationale des coopératives. IPS a visité la 'Advance Coop Society', à Plaine des Papayes, dans le nord de Maurice.Ici, le magasin coopératif était désorganisé, les produits n’étaient pas correctement exposés et les prix des marchandises étaient plus élevés que ceux des mêmes biens en vente dans des centres commerciaux locaux. Et il n'y a pas une politique de rentabilité des affaires ou même d’amélioration de la qualité des services fournis à la clientèle.C'est probablement pourquoi Abdel Khodabockus, un enseignant qui vit près d'un magasin coopératif, n'en a pas visité un seul depuis des années. "Il y a longtemps que je suis entré dans un magasin coopératif", a indiqué Khodabockus.Et Mariam, 21 ans, qui ne veut pas donner son nom complet, n'a jamais mis les pieds dans un magasin coopératif. "Depuis mon enfance, mes parents m'emmenaient aux supermarchés pour faire des emplettes et j'en ai pris l'habitude. C'est moderne et propre. Et nous obtenons tous les produits dont nous avons besoin sous un seul toit. Je ne m'intéresse pas aux magasins coopératifs parce que je ne sais pas de quoi il s'agit", a-t-elle déclaré à IPS.Cela ne surprend pas Dawoud Mootoojakhan, qui était autrefois membre d'un magasin coopératif, qui n’existe plus aujourd’hui, à Plaine-Verte dans la capitale du pays, Port-Louis."Il n'existe pas un seul bon magasin coopératif à Maurice. Les gens qui pensent le contraire mentent. J'ai été personnellement témoin des pénuries de liquidité et de produits dans notre magasin coopératif, mais qui s'en soucie? C'est ainsi que notre magasin coopératif a fait faillite il y a quelques années", a-t-il expliqué à IPS.C'est ainsi qu'un manque de progrès des magasins coopératifs constitue l'une des raisons de leur faillite."Les magasins coopératifs demeuraient statiques alors que l'île se développait rapidement. Ils ne se sont pas modernisés et n’ont pas développé davantage leurs opérations afin de satisfaire les demandes de la population dont le revenu et les modes de vie s’amélioraient sous le miracle économique des années 1990. L'arrivée des supermarchés a accéléré ce déclin", a déclaré Suttyhudeo Tengur, secrétaire de la 'Camp Thorel multi-Purpose Cooperative Society Ltd' (Société coopérative à buts multiples de Camp Thorel, SARL), qui possède une boutique coopérative à Camp Thorel, un village dans l'est de Maurice. Il a ajouté que cette coopérative marche encore bien.En une décennie seulement, de 1990 à 2000, le nombre de magasins coopératifs a chuté de 95 à 30. Aujourd'hui, seulement trois sont opérationnels. Tengur a accusé la 'Mauritius Consumer Cooperative Federation' (Fédération des coopératives de consommateurs de Maurice MCCF) de la chute de ces magasins."Cette organisation était censée mettre en place un entrepôt central et importer de grandes quantités de marchandises pour être vendues aux magasins à de meilleurs prix. Elle a abandonné cette activité il y a longtemps, préférant acheter auprès du secteur privé et vendre aux consommateurs. Parce que la MCCF a échoué dans sa mission, de nombreux magasins coopératifs ont fermé", a-t-il souligné.Yogendrasing Sreepaul, directeur général de la MCCF, est d’accord que le secteur des coopératives de consommateurs a échoué à Maurice, mais a nié que c'était à cause de son organisation."Les coopérateurs qui gèrent ces magasins sont analphabètes, ils n'ont pas de vision ni la volonté de moderniser leurs boutiques et suivre le rythme de développement. Eux-mêmes ont poussé les consommateurs dans les bras des supermarchés et hypermarchés, ainsi que des centres commerciaux", a-t-il expliqué.Sreepaul a dit que les magasins coopératifs ne constituent pas une concurrence pour les entreprises privées, puisqu’ils ne disposent pas de gens compétents et visionnaires.

    "Ils ne disposent pas de telles qualités. Plus important, comment pouvez-vous concurrencer une entreprise dans laquelle des millions de roupies ont été investis avec votre part de 10 roupies dans un magasin coopératif?", a-t-il demandé.Les autres défis auxquels les coopératives sont confrontées à Maurice, selon un membre de l'Union des coopératives de Maurice, comprennent, entre autres, le manque de capitaux, la gestion archaïque, l’absence de planification stratégique, un mauvais leadership, et une faible productivité.La MCCMF tente de sauver quelques-uns des magasins coopératifs en prenant en charge leur gestion et en les transformant en des 'Fair Price Shops' (Magasins aux prix raisonnables), et en essayant de concurrencer les supermarchés. Sept de ces magasins ont été ouverts en 2011. Ici, les produits sont vendus à des prix raisonnables.

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