Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

ILE MAURICE: Des fermiers pratiquent l’agriculture verte

    By Nasseem Ackbarally

    PORT-LOUIS, 20 mars (IPS) – A côté de Kritanand Beeharry, se trouvent des milliers de plants de pastèque qu'il a cultivés dans de petits pots sans utiliser d'engrais chimiques à Soreze, près de Port-Louis, la capitale de l’île Maurice.

    Pendant que cet agriculteur prépare son lopin de terre d’un demi-hectare à Soreze, pour mettre en terre des plants âgés de deux semaines, il prend une minute pour contempler son œuvre. "Regardez ceux-ci, ils ont l'air solides et ont mieux poussé – c'est le compost", déclare-t-il.

    Cela fait environ deux mois maintenant que le gouvernement s’est associé avec un fabricant privé de compost pour offrir aux fermiers de la localité une subvention de 30 pour cent pour le compost fabriqué à partir de déchets ménagers et un nombre croissant se rend compte des avantages de pratiquer l’agriculture verte.

    "C'est la même chose que le fumier que nous avons utilisé il y a longtemps", souligne Beeharry à IPS. "Cela n'a pas été disponible pendant des décennies, parce que l'élevage a décliné ici – nous n'avions pas d'autre choix que d'utiliser des produits chimiques, et cela a détruit notre sol".

    Le Programme de subvention du compost offert par le gouvernement depuis le 1er février signifie que les fermiers paient maintenant 50 dollars de moins par tonne pour le compost qu'ils achètent auprès de la société 'Solid Waste Recycling Ltd', une entreprise privée qui produit du compost à partir des déchets ménagers.

    Roopesh Beekharry, directeur au Fonds pour le bien-être des petits agriculteurs, qui administre la subvention, affirme que 525 des 12.000 fermiers du pays ont utilisé ce rabais depuis le lancement officiel du programme au début de février.

    "Et le nombre augmente tous les jours", a indiqué à IPS, le directeur du fonds.

    Bien que les choses aient commencé un peu lentement à cause des récentes pluies, il espère que l'intérêt augmentera après mars, dit-il. Au total, environ 2.000 agriculteurs ont acheté du compost auprès de l'usine depuis qu’elle a ouvert les portes en juin 2012, selon 'Solid Waste Recycling Ltd'.

    Kripalou Sunghoon, un producteur de tomate, originaire de Triolet, dans le nord de l’île Maurice, croit que la subvention du compost est venue au bon moment pour défier la hausse des coûts des engrais chimiques. Alors que ces derniers coûtent 750 à 800 dollars la tonne, le compost constitue une alternative bon marché à seulement 175 à 200 dollars la tonne.

    "Nous ne pouvons plus acheter les engrais chimiques", a déclaré Sunghoon à IPS. "Le compost subventionné fera baisser le coût de nos intrants, en plus du fait de donner une nouvelle vie à notre sol mourant".

    Les avantages de pratiquer l'agriculture biologique ne sont pas nouveaux pour Manoj Vaghjee, président de la Fondation ressources et nature, une organisation non gouvernementale (ONG) qui fait la promotion de l'agriculture durable sur l'île. Depuis les cinq dernières années, il forme des fermiers dans l'agriculture biologique et l'utilisation du compost organique.

    Il affirme que les plantes poussent de façon plus forte, résistent aux insectes nuisibles, et que les fermiers obtiennent un meilleur rendement quand ils utilisent le compost organique.

    "Nos stagiaires ont cultivé 30 à 40 pour cent de plus de gombo, de maïs, de tapioca, de calebasse et d’aubergines avec du compost qu’avec des produits chimiques par culture", a indiqué Vaghjee à IPS.

    Qui plus est, le compost permet de développer de meilleures racines et empêche l'érosion du sol, selon Eric Mangar, un ingénieur agronome du Mouvement pour l'autosuffisance, une ONG de développement agricole.

    "Les engrais chimiques affectent le sol, réduisent la résistance des plantes aux maladies et aux insectes nuisibles", a-t-il expliqué à IPS. "Ils polluent les rivières et les lacs ainsi que les réservoirs souterrains et affectent également la qualité des légumes".

    Toutefois, la qualité du compost n'est pas passée sans contestation.

    Raffick Dowlut, un agent principal de vulgarisation à l’Unité de recherche agricole et de vulgarisation, affirme qu'il a comparé le compost fabriqué à partir de déchets ménagers aux engrais chimiques et constate que le compost a une concentration relativement faible d'éléments nutritifs par rapport aux produits chimiques.

    Mais il admet que "le compost améliore la nature physique, chimique et biologique du sol ainsi que sa fertilité – les produits chimiques ne le font pas".

    Ramesh Rajkumar, un agronome, conseille aux fermiers de ne pas changer leur méthode de production immédiatement. Ils devraient plutôt utiliser un mélange de 50 pour cent du compost et de 50 pour cent de produits chimiques, a-t-il dit, puisque ces derniers fournissent des minéraux aux plantes.

    "La fertilité du sol est endommagée par l'utilisation de trop de produits chimiques pendant une période aussi longue", a-t-il expliqué. "Cela devrait être développé lentement".

    Pendant ce temps, l'usine de recyclage évite empêche environ 100.000 tonnes de déchets ménagers par an d'être déversés dans la seule décharge de l'île, estime Patrick Maurel, directeur général de 'Solid Waste Recycling Ltd'. Déversés à Mare Chicose, dans le sud, "ils pourraient contaminer les réserves d'eau souterraine et libérer du méthane qui pollue l'air", a indiqué Maurel à IPS.

    Les quelque 1,3 million d'habitants du pays produisent environ 1.200 tonnes de déchets par jour, soit 400.000 tonnes par an, et le gouvernement dépense autour de 16 millions de dollars pour les collecter et les transporter jusqu'au lieu de la décharge, selon le ministère de la Gouvernance locale.

    Citant une étude réalisée en 2002 par l'Université de l’île Maurice, Maurel déclare que près de 90 pour cent des déchets sont recyclables et que 55 pour cent peuvent être transformés en compost et utilisés dans l'agriculture.

    De retour à la ferme de melon de Beeharry, ce pratiquant de l’agriculture verte regarde sa dernière transition de manière holistique.

    "Quand nous entretenons l'environnement, nous prenons soin des ressources naturelles qui sont composées de la terre, de l'eau et de l'air. Non seulement cela nous aide à avoir une meilleure production, mais il nous donne aussi notre nourriture quotidienne, aujourd’hui et dans l'avenir", a-t-il souligné.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa