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ILE MAURICE: Des maux sociaux prédominent malgré l’atteinte des OMD

    By Nasseem Ackbarally

    PORT-LOUIS, 30 oct (IPS) – Le petit Etat insulaire de l’Ile Maurice est le seul pays africain susceptible d’atteindre tous les huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies d’ici à 2015 – au moins théoriquement.

    Mais ses citoyens déclarent que le gouvernement pourrait mieux faire pour améliorer les moyens d’existence, l’égalité des sexes et un environnement durable.Bien que les chiffres de 2009 de l’Ile Maurice sur les OMD, publiés en septembre par le Bureau central des statistiques du gouvernement, montrent qu’elle est suffisamment sur la bonne voie vers l’atteinte de tous les objectifs des OMD, les militants sociaux déclarent que les résultats sont trompeurs parce que les OMD se focalisent uniquement sur des secteurs de problèmes choisis."Il y a d’autres vraies questions [à aborder], comme la dette, les maladies non transmissibles, la pollution, l’insécurité et la violence, ainsi de suite, qui ont un impact négatif sur notre société", déclare Vidya Charan, directeur exécutif de l’organisation à but non lucratif, l’Association mauricienne pour le planning familial et le bien-être (MFPWA).Charan craint que le gouvernement utilise les chiffres positifs des OMD comme un prétexte pour ignorer d’autres problèmes sociaux, tels que la baisse de l’emploi dans les industries textiles et celles de fabrication ou la destruction environnementale causée par les industries de tourisme et de construction toujours en pleine croissance.Par rapport au cadre des OMD, l’Ile Maurice se présente bien. Moins de un pour cent de la population de 1,2 million d’habitants sont considérés comme vivant dans la pauvreté extrême (OMD1); la croissance économique est rapide et le revenu par habitant est supérieur à 4.000 dollars (OMD 8).L’Ile Maurice a déjà réalisé l’OMD 2, l’accès universel à l’éducation primaire, au début des années 1990. Elle a atteint l’OMD 4, la réduction de deux tiers du taux de mortalité infantile des moins de cinq ans, et l’OMD 5 sur l’amélioration de la santé maternelle – les décès maternels demeurant stables entre 2007 et 2009.Les prévalences du SIDA, du paludisme et de la tuberculose (OMD 6) sont faibles dans le pays. L’île a été déclarée une zone sans risque de paludisme; l’incidence de la TB (tuberculose) a également baissé de 10,8 cas pour 100.000 personnes en 1990 à 8,9 cas pour 100.000 personnes en 2009. La prévalence du VIH de 0,15 pour cent est faible au niveau du groupe le plus à risque, soit de 15 à 24 ans.Concernant la réalisation d’un environnement durable (OMD 7), l’Ile Maurice peut montrer, entre autres facteurs, qu’elle a réussi à réduire la consommation des chlorofluorocarbones de 65 tonnes métriques en 1993 à une quantité négligeable en 2004.L’Etat insulaire offre aux citoyens une gamme de services sociaux gratuits, y compris l’éducation du primaire au supérieur, les services de santé publique, le transport public pour les élèves et les étudiants et pour les personnes âgées, ainsi que des subventions pour les produits alimentaires de base et pour le gaz.Le troisième objectif, l’égalité des sexes, salit l’image des OMD du pays. Bien que le rapport du gouvernement prétende que ce dernier a réussi à éliminer les disparités entre les sexes dans l’éducation, la participation des femmes au niveau de la population active et de la politique demeure un problème."Les filles réussissent à l’école, mais elles n’obtiennent pas les meilleurs emplois parce que notre société reste dominée par les hommes. La plupart d’entre elles s’arrêtent au niveau des postes de cadres moyens et n’atteignent pas le sommet, sauf quelques unes", explique Charan.D’autres mauxLes problèmes que les OMD ne montrent pas sont notamment les préoccupations sanitaires comme le diabète qui demeure un souci majeur dans le pays. Un quart de la population est diabétique, un autre quart est prédiabétique, alors que 30 pour cent souffrent de l’hypertension et que la moitié est obèse, selon les chiffres de 2010 du ministère de la Santé nationale.Le chômage est à un taux faible de huit pour cent, mais il y a une préoccupation concernant le fait que l’île dépend de plus en plus de la main d’œuvre étrangère pour travailler dans l’industrie textile et de la fabrication."Les employeurs préfèrent les travailleurs étrangers parce qu’ils sont moins chers [et prêts à] travailler nuit et jour, même pendant les week-ends", note Veena Dholah, membre exécutif de la Fédération générale des travailleurs (GWF). Elle craint que ceci puisse finalement aboutir à une augmentation du chômage et de la pauvreté parmi les Mauriciens.En outre, il y a beaucoup d’impacts sur l’environnement qui ne se reflètent pas forcément dans le cadre de l’OMD 8, tels que l’augmentation des émissions de CO2 par l’Ile Maurice, qui sont passées de 0,9 tonne par personne en 1990 à 2,6 tonnes par personne en 2009.En plus, l’île perd de vastes zones d’environnement naturel et de terre agricole chaque année au profit de nouvelles infrastructures pour suivre le rythme du développement continu, rapide du pays. Le gouvernement a fait de la construction des routes, des hôtels et des centres commerciaux une priorité sur cette île de tourisme, qui ne prélève aucune taxe, pour faire entrer des recettes étrangères très recherchées, négligeant les graves implications que ceci a en termes de dégradation environnementale et de sécurité alimentaire.Solange Potou, directrice de l’organisation non gouvernementale (ONG) Nou Nouveau Baz, qui aide les pauvres de la banlieue de la capitale Port-Louis, déclare que même si les gens ne se retrouvent pas dans les paramètres de l’extrême pauvreté – vivre au-dessous d’un dollar par jour –, ils se battent encore pour survivre, surtout à cause de la cherté prévalant sur l’île.Puisque 75 pour cent de ses approvisionnements alimentaires ainsi que son essence et ses machines sont importés des pays voisins, les produits de base sont très chers sur l’île. "Cela affecte les pauvres et même la classe moyenne", se lamente Potou.Les subventions de base fournies par le gouvernement sur le riz, la farine et le gaz de cuisson ne sont pas suffisantes pour permettre aux gens de se donner de véritables moyens d’existence, ajoute-t-elle.Eric Mangar, directeur du Mouvement Autosuffisance Alimentaire (MAA), une ONG travaillant dans la sécurité alimentaire, convient avec Potou, soulignant la nécessité de promouvoir la production alimentaire locale afin d’éviter l’importation d’aliments coûteux."Nous ne produisons pas assez localement et ceci est très risqué pour la sécurité alimentaire de l’île les années à venir", note-t-il.C’est une situation inextricable, déclare Mangar. Les agriculteurs vendent leurs terres à des sociétés immobilières pour se faire de l’argent qu’ils doivent ensuite dépenser pour acheter des aliments importés chers, puisqu’ils ne les produisent plus eux-mêmes.L’Ile Maurice a encore beaucoup de maux à guérir, même si elle atteint tous les objectifs des OMD.

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