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ILE MAURICE: Les femmes se disent fières du Premier ministre

    By Loga Virahsawmy*

    PORT-LOUIS, 16 juin (IPS) – Son parcours a été très long et semé de ronces et d’horreurs. Plusieurs femmes en sont mortes entre-temps et quelques-unes ont survécu, mais handicapées et traumatisées à vie. Il s’agit d’un amendement au Code pénal qui vient d’être voté pour autoriser l'avortement thérapeutique dans des cas spécifiques.

    Combien d’autres femmes encore aurions-nous perdues si le gouvernement mauricien n’avait pas présenté un amendement au Code pénal pour dépénaliser l’avortement dans quatre cas spécifiques? Un Code pénal, faut-il le rappeler, qui date de 1838.Un pays qui est un modèle de démocratie dans la région, qui a signé tous les protocoles et conventions sur les droits de la femme, excepté le Protocole de la SADC sur le genre et le développement, qui interdit la discrimination basée sur le sexe. Et pourtant, les Mauriciennes ont dû attendre 174 ans pour qu’il y ait un changement.

    Tant de vies auraient pu être épargnées si cet amendement était venu plus tôt. Mais qu’importe! Au moins le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a eu le courage de ses convictions et défié les tabous et autres arguments discriminatoires. Cet amendement au Code pénal a été adopté par une majorité de deux-tiers, tous les membres du gouvernement, à l’exception de deux parlementaires de la majorité, un homme et une femme, ont voté pour. Et une majorité des membres de l’opposition a aussi voté en sa faveur.

    Ramgoolam a fait ce que d’autres avant lui ont refusé de faire. 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre, félicite le Premier ministre, de même que l’Attorney général et le gouvernement dans son ensemble pour "cette décision courageuse et fantastique" qui sauvera des vies de femmes et de jeunes filles. Sans doute y aura-t-il d’autres développements en la matière car des femmes issues de milieux pauvres recourront encore et toujours aux avortements clandestins.

    Chaque année, 'Gender Links' publie un livre intitulé "I-Stories" dans lequel des survivantes de violences basées sur le genre témoignent. En recueillant ces témoignages, je suis tombée sur plusieurs jeunes filles qui ont dû porter l’enfant de leur propre père. Dans un de ces cas-là, la fille a été violée par son père et un enfant – une petite fille -, est né de cette expérience traumatisante. Malheureusement, l’histoire ne s’arrête pas là car le même père incestueux a aussi violé sa petite enfant. Ceci est l’envers du décor de notre île paradisiaque et de l’image de modèle de démocratie que nous projetons.

    Nous ne voulons pas que Maurice devienne comme la République démocratique du Congo où les viols sont utilisés comme armes de guerre. J’y ai été et je sais de quoi je parle. Mes amies congolaises encadrent les survivantes en les interviewant et en les encourageant à s’ouvrir et à en parler. Ces femmes violées ont été rejetées par leurs maris, leurs familles et la société.

    Les Mauriciennes souffrent autant que leurs sœurs congolaises. Le viol et l’inceste ont lieu derrière les portes closes et les auteurs de ces actes odieux sont des parents proches. Mais on ne dévoile pas les tabous familiaux, et la femme et la jeune fille doivent vivre avec cette expérience traumatisante pour le reste de leurs jours. Lorsque nous abordons la question de suicide, ne devons-nous pas l’examiner en profondeur également en raison d’une possible corrélation?Le Premier ministre a lancé un des "I-Stories" de 'Gender Links' ayant trait aux survivantes du VIH/SIDA en décembre 2008. Lors de son intervention, il a déclaré qu’il n’avait pas réalisé qu’il y avait autant de souffrances et que des femmes avaient contracté le virus à travers le viol. Viol perpétré très souvent par des parents proches et même par leurs partenaires. Nous avons choisi de lancer ce livre au centre Chrysalide qui réhabilite les femmes usagères de drogue par voie intraveineuse car la plupart de ces femmes ont connu la violence et contracté le VIH/SIDA.

    J’ai écouté le résumé des débats sur cet amendement constitutionnel par le Premier ministre. Il fait la fierté des femmes. Il a parlé comme un humain qui se soucie du sort des femmes vulnérables et en détresse à Maurice. «L’inaction a induit la mort de jeunes femmes. Parfois, des jeunes filles sont en danger. C’est un fait que celles qui ont les moyens peuvent se payer une interruption volontaire de grossesse en milieu hospitalier. Ce sont les pauvres qui sont perdues et qui ont recours aux avorteurs clandestins» a-t-il dit. En effet, le rôle d’un gouvernement respectable est d’assurer la sécurité de sa population et les femmes en font partie.

    Les droits des femmes sont certainement des droits humains comme le Premier ministre l’a bien souligné, mais malheureusement à Maurice, les femmes sont très souvent considérées comme de simples objets envoyés à l’abattoir non seulement par des violeurs mais aussi par de proches parents. Des objets sexuels tailladés et jetés dans les décharges publiques. Il n’y a pas un jour qui passe sans que les médias ne rapportent d’horribles cas de violences envers les femmes qui entraînent leur mort.

    Depuis juillet 2003, Maurice est signataire du Protocole de la Charte africaine sur les droits des humains et des personnes et sur les droits des femmes. Neuf ans ont passé et durant ce temps, plusieurs vies ont été perdues. Si Maurice avait appliqué la disposition de ce protocole qui parle de «protection des droits reproductifs des femmes en autorisant l’avortement thérapeutique dans des cas de viols, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé physique et mentale de la mère ou sa vie ou celle de son fœtus», un grand nombre de nos sœurs seraient encore en vie aujourd’hui pour célébrer ce moment historique.

    Nous espérons que Maurice adhèrera à l’autre clause du Protocole sur la violence basée sur le genre qui stipule qu’il faut «identifier les causes et les conséquences de la violence envers les femmes et prendre des mesures appropriées pour prévenir et éliminer une telle violence».

    Nous sommes confiantes que le Premier ministre accordera une réflexion sérieuse au rapport sur les indicateurs de violence basée sur le genre, fruit d’une recherche de 'Gender Links' et de ses partenaires, afin que des solutions soient trouvées pour contrer ce fléau social qu’est la violence envers les femmes et les jeunes filles.

    *(Loga Virahsawmy est directrice du bureau francophone de 'Gender Links' à Maurice et a écrit cet article pour cette ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre 'Gender Links' et IPS).

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