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ILE MAURICE: Pratiquer la pisciculture sur la mer

    By Nasseem Ackbarally

    PORT LOUIS, 1 juil (IPS) – "Ne vous battez pas, s'il vous plaît. Tout le monde aura ses poissons. Donnez-nous le temps de vider les caisses et de peser la prise d'aujourd'hui", crie Patrick Guiliano Marie à une foule qui se bouscule avec impatience à Grand Gaube, dans le nord de l’île Maurice.

    Marie est le président de la Société coopérative de poissons à buts multiples de Saint-Pierre, et s’exprimait à la station de débarquement de poisson à Grand Gaube, un village de pêcheurs du nord de l’île.

    Les gens se cognent les uns aux autres pour acheter les poissons que cette société coopérative vient de capturer à partir des cages posées dans la lagune.

    "Nous ne trouvons pas de poissons frais tout au long de l'année. Nous sommes obligés d’acheter ceux qui sont congelés. C'est une occasion pour nous de manger certains qui sont frais", déclare à IPS, Marie-Ange Beezadhur, une cliente, pendant qu’elle tente de négocier son chemin à travers la foule.

    Dans cette lagune, à environ 500 mètres de la côte, deux plateformes ont été installées, chacune avec quatre cages sous l’eau.

    Dans une cage de taille moyenne de quatre mètres carrés, il y a environ 5.000 alevins ou jeunes poissons, qui sont nourris avec des pelotes et des algues obtenues à partir de la lagune.

    Il faut huit mois pour que les poissons grandissent pour atteindre environ 500 grammes, une petite cage produisant environ quatre tonnes de poissons, et une grande cage fournissant quelque 25 tonnes.

    Jusque-là, l'aquaculture a été introduite dans trois zones de l’océan Indien qui entoure l’île, alors que 19 autres sites ont été identifiés.

    Les cages, filets, alevins et les nourritures ont été tous fournis gratuitement par le gouvernement et l'Union européenne (UE) dans le cadre du Programme de coopération décentralisée.

    Marie et les 14 membres de cette société coopérative attrapent des poissons pendant sept mois d’affilée de l'année et pour les cinq mois restants, ils font de l’aquaculture – ils ont été formés à faire cela par le Centre de recherches sur la pêche d’Albion.

    Il y a une décennie, les pêcheurs jetaient simplement leurs filets dans la lagune et attrapaient autant de poissons qu’ils voulaient. Mais les choses ont changé.

    "Nos prises ont désormais diminué en raison de la pollution industrielle. Il y a aussi un manque de surveillance de la lagune et l'imprudence de certains pêcheurs – qui attrapent de petits poissons depuis quelques années – qui ont mis en jeu la durabilité des ressources halieutiques", indique Marie à IPS.

    Il estime que la pisciculture "est plus pour les jeunes qui peuvent apprendre le métier et le développer à l'avenir au lieu de prendre une ligne de pêche et des filets et aller à la mer. C'est un travail difficile".

    En février 2012, des pêcheurs locaux se sont plaints de ce qu'un accord entre l'UE et l’île Maurice, qui autorise les navires européens à attraper 5.500 tonnes de poissons par an pendant trois ans, faisait qu’il était difficile pour les pêcheurs locaux de gagner leur vie.

    Cette année, la production des petits pêcheurs locaux était de 5.100 tonnes seulement et les pêcheurs locaux se sont plaints à IPS qu'en raison de l'accord de l'UE, leurs prises ont diminué de 50 à 60 pour cent. Le pays produit au total 29.000 tonnes de poissons par an.

    Mais le ministre des Pêches, Nicolas Von Mally, a rencontré les pêcheurs à Grand Gaube le 13 juin et leur a dit que l'aquaculture visait à élever le niveau de vie de quelque 2.200 pêcheurs traditionnels qui avaient du mal à survivre à cause de la diminution des stocks de poissons.

    "Nous n'avons pas l'intention de remplir la lagune avec ces cages flottantes autour de l'île, mais d’installer seulement quelques-unes afin qu'elles puissent produire la quantité maximale de poissons sans polluer ou bloquer la lagune", explique Von Mally à IPS.

    Mais tout le monde n’est pas satisfait de cette solution et certains pêcheurs et écologistes affirment que la pisciculture aura un impact négatif sur l'écosystème marin.

    "Nous avons constaté que beaucoup de poissons et de prédateurs, comme les requins, errent autour des cages flottantes. Ils sont attirés par le grand nombre de poissons dans le même endroit et par la nourriture", souligne à IPS, un pêcheur à Bambous Virieux, dans le sud de l'île Maurice.

    Vassen Kauppaymuthoo, un ingénieur de l’environnement, est d'accord. "Trop de poissons dans de petits espaces signifie une concentration de l'urine de poisson. Les poissons sont nourris avec des pelotes contenant des antimicrobiens et des antibiotiques. Cela peut nuire à l'écosystème marin", explique-t-il à IPS.

    Judex Rampaul, président du Syndicat des pêcheurs, une association qui défend les droits des pêcheurs, estime que la pisciculture s’apparente à l'élevage industriel de poulets.

    "Ils sont différents des poissons qui vivent à l'état naturel dans la lagune. Je crois que le gouvernement met trop l'accent sur l'aquaculture. Notre espace de pêche est également réduit dans la lagune", dit-il à IPS.

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