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INDE-PAKISTAN: La cuisine apaise les rancoeurs

    KARACHI, 06 février (IPS) – Si le véritable chemin pour trouver le cœur d’un homme passe par son estomac, alors le chemin de la paix entre l’Inde et le Pakistan pourrait résider dans leurs points communs culturels et culinaires.

    Lorsque Poppy Agha, chef pakistanaise renommée, s’est vu servir récemment des kebabs de gombo (appelés « doigts de femmes » à cause de leur forme) accompagné de biryani (riz) et suivi en dessert par du firni, ses appréhensions sur la cuisine indienne se sont envolées.

    « J’ai été élevée dans un foyer très patriote, avec à l’esprit les stéréotypes pakistanais habituels sur l’Inde. Depuis, j’ai complètement changé d’avis », a-t-elle expliqué à l’agence IPS depuis New Delhi (capitale indienne) où elle s’était rendue pour participer à une émission de télé-réalité sur la cuisine.

    « Pas besoin d’entretenir de mauvais sentiments vis-à-vis des Indiens pour être un patriote pakistanais ! », a déclaré Agha qui gère un institut culinaire professionnel au Pakistan.

    La chaîne de télévision indienne NDTV Good Times, par le biais de son programme culinaire « Foodistan », a détourné les pires ennemis d’Asie australe de leur course au nucléaire en opposant des chefs dans un défi de « cuisine transfrontalière ».

    L’émission, en 26 épisodes, rassemble seize chefs professionnels, huit venant de chaque côté de la frontière. Tous ces chefs montrent ce que les « deux pays d’Asie les plus fascinants et les plus riches sur le plan culturel » peuvent faire de leur cuisine respective.

    « La cuisine peut être un magnifique moyen de se faire des amis », confie Pervez Hoodbhoy, physicien pakistanais et militant pour la paix. « Elle peut transcender les frontières que l’homme a créées ». Et c’est exactement ce que les réalisateurs de ce programme espèrent atteindre comme objectif.

    Dans un courriel adressé à l’agence IPS, Smeeta Chakrabarti, chef de NDTV Lifestyle expliquait : « L’Inde et le Pakistan ont beaucoup de passions communes comme la musique, le cricket, et en effet, une cuisine fabuleuse. Les frontières entre les deux pays sont politiques, Indiens et Pakistanais vivent et pensent de la même manière ».

    « Je voudrais que les vraies guerres soient terminées », a confié Vir Sanghvi, un jury de l’émission d’origine indienne. « Mais, jusqu’à ce que cela devienne réalité, le meilleur moyen d’assurer la paix est que les habitants des deux pays se côtoient et relèvent des défis comme celui de Foodistan », a-t-il ajouté.

    Le Pakistan et l’Inde ont traversé trois guerres depuis l’obtention de leur indépendance face à la Grande-Bretagne en 1947 et une partition traumatisante du sous-continent sur base religieuse. Depuis lors, leurs relations sont ponctuées de hauts et de bas allant d’une excellente compréhension mutuelle à des d’affrontements concernant le contrôle de la province du Cachemire.

    Mani Shankar Aiyar, diplomate indien qui s’est tourné vers la politique, a déclaré devant une assemblée de Pakistanais que les deux États ont le choix de continuer à vivre dans un climat « d’hostilité bouillonnante » ou de s’engager activement pour la prospérité. Il a ajouté que 90 % des personnes d’un côté ou de l’autre de la frontière ne nourrissent aucune rancœur concernant leur sombre passé commun.

    Aiyar, qui était invité par l’Institut Jinnah, groupe de réflexion basé à Islamabad, afin de discuter autour du thème de « l’Inde et le Pakistan : rétrospective et perspective », a déclaré : « L’histoire nous a peut-être divisés, mais la géographie nous lie ».

    En Inde, Agha apprend à élaborer des menus différemment, mais elle a confié à l’agence IPS qu’elle avait gagné beaucoup plus que cela sur le plan personnel. « J’ai rencontré des personnes extraordinaires que je peux considérer comme des amis », a-t-elle affirmé.

    Zohra Yusuf, militante des droits pakistanais, pense que « tout contact », même dans le cadre d’une compétition, « peut contribuer à une meilleure compréhension mutuelle à long terme ». « Même si les passions peuvent se déchaîner, pendant un match de cricket par exemple, les interactions aident à balayer les préjugés sur “l’autre” », a-t-elle expliqué.

    Les relations entre les habitants des deux pays ne semblent pas pâtir des décisions restrictives adoptées par leur gouvernement respectif telles que les refus de visas, l’obligation pour les visiteurs de signaler leur présence à la police, et les restrictions sur les déplacements.

    Ainsi, la championne de tennis indienne, Sania Mirza, pourrait bien épouser le joueur de cricket pakistanais, Shoaib Malik, ou encore le duo de tennismen composé de l’Indien Rohan Bopana et du Pakistanais Aisam ul Haq Qureshi pourrait lancer un mouvement appelé « Arrêtez la guerre, faites du tennis ».

    Le Jang Group, un espace presse pakistanais, a joint ses efforts au quotidien Times of India dans une campagne intitulée « Aman ki Asha » (un espoir pour la paix) qui, ces deux dernières années, a encouragé sans discontinuer les efforts de paix.

    Le succès de cette campagne dépend d’un programme qui vise à amener la prochaine génération d’Indiens et de Pakistanais à « se débarrasser de leur bagage historique ».

    On expose aux jeunes participants des faits choquants tels que les 250 milliards de dollars de dépenses quotidiennes pour le maintien, le long de la frontière, de la barrière électrifiée de fils barbelés jalonnée de projecteurs et d’équipement de sécurité.

    Témoigne également du succès de cette campagne, le fait qu’elle n’ait pas été mise à mal par le ressentiment de la population après l’attaque terroriste de Bombay en 2008 par un groupe de Pakistanais armés.

    Les télé-réalités de la paix gagnent en tout cas du terrain. En 2010, « Chote Ustad » (Little Master), une émission de télé-réalité de chant et de danse pour les jeunes talents pakistanais et indiens, diffusée sur la chaîne Star Plus TV, a atteint des records d’audimat des deux côtés de la frontière.

    Rouhan Abbas, un des vainqueurs pakistanais, est rentré chez lui avec une médaille, un trophée, un prix pécuniaire, mais surtout la tête remplie de souvenirs. Les moments de convivialité passés avec les jeunes participants indiens sur le plateau lui manquent particulièrement.

    « L’idée selon laquelle l’Inde est notre ennemi était ancrée dans mon esprit depuis ma plus tendre enfance. Nos hôtes indiens ont été tellement aimants et chaleureux que j'ai oublié ce préjugé », a affirmé Abbas.

    Ces derniers temps, on a assisté à un véritable réchauffement des relations entre les deux pays voisins, principalement sur le plan culturel. Cela a été suffisant pour que l’Inde redescende à la troisième place sur la liste des ennemis du Pakistan.

    Selon Chakrabarti, des émissions comme Foodistan peuvent relayer le sentiment de fraternité. « Sans qu’on vous le dise, vous seriez incapables de distinguer les participants indiens des participants pakistanais ».

    « À cause des restrictions sur les visas et les voyages, nous connaissons très peu de choses de la cuisine et de la culture de nos voisins », a-t-elle déclaré en répétant que des émissions comme Foodistan peuvent aider à combler ce vide.

    (FIN/IPS/2012)

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