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ITALIE: Le pays ferme les yeux sur les bouches cousues

    By Silvia Giannelli

    ROME, 13 mars (IPS) – "Nous marchons dans un endroit de 128 pas de long et de sept pas et demi de large. C'est le chemin qu'ils ont tracé pour nous: deux mètres de barreaux au-dessus de nos têtes, et sur ces barreaux, il y a deux mètres de plexiglas. Nous sommes comme des canaris dans une cage, comme des oiseaux de races différentes, tous dans une seule cage".

    Ahmed (le nom a été modifié) est originaire d'Afrique, mais il vit en Italie depuis 22 ans. Le 20 décembre, la police l'a arrêté et a demandé ses papiers. Ahmed ne les a pas, et est donc gardé au Centre d’identification et d'expulsion (CIE) de Ponte Galeria de Rome depuis ce temps. "Cela fait deux mois maintenant, mais c’est comme deux siècles", a-t-il déclaré à IPS au téléphone depuis le centre.

    En février, 'Caritas Italiana' et la Fondation Migrantes ont publié leur dossier annuel sur la migration, qui indique que "la vraie réforme du système de rapatriement serait la fermeture des centres". Oliviero Forti, directeur des questions d'immigration à Caritas, a expliqué à IPS les raisons qui sous-tendent une telle recommandation forte.

    "Aidés par le professeur Roberto Cherchi, avocat de droit constitutionnel, nous sommes arrivés à la conclusion qu'il y a un problème de légitimité constitutionnelle en rapport à ces endroits. Précisément pour la façon dont ils sont conçus, construits et gérés, il est facile de glisser dans une violation flagrante des droits de l'Homme".

    Le CIE est une partie du système italien d’accueil et identification des migrants. En outre, il existe des centres d’accueil (CDA est l'acronyme italien), des centres d'accueil des demandeurs d'asile et des réfugiés (CARA) et les centres de première aide et d’accueil (CSPA).

    Les CIE sont des centres pour les migrants qui n'ont pas de permis de séjour ou de pièces d'identité, et pour ceux qui ont reçu un ordre d'expulsion. Pourtant, comme le signale le dossier de Caritas et de Migrantes, les places disponibles sont beaucoup moins nombreuses que le nombre de migrants dans un tel état.

    En conséquence, le placement est décidé au cas par cas, suivant des critères informels à savoir si la personne est considérée comme un danger pour la société et si les chances d'identifier et d'expulser la personne sont élevées. Cela crée une disparité dans le traitement, basée souvent sur la nationalité.

    Khalid Chaouki, un député italien du Parti démocrate, a visité le CIE de Ponte Galeria à la suite d’une protestation organisée par certains détenus qui ont littéralement cousu la bouche en janvier afin d’attirer l'attention sur les conditions dans le centre de Rome. "La situation était encore pire qu’à Lampedusa, car c’est en fait une prison illégale, où les gens qui n'ont souvent pas commis de crime sont détenus pendant des mois", a-t-il déclaré à IPS.

    Des migrants qui devraient être dans d'autres centres sont souvent gardés dans le CIE. "Malheureusement, nous avons trouvé des femmes victimes de la traite, des mineurs, des personnes apatrides et aussi des citoyens de l'UE [Union européenne], des Roumains par exemple", a souligné à IPS, Gabriella Guido, porte-parole de LasciateCIEntrare (Laissez-nous entrer). LasciateCIEntrare est une campagne qui a commencé en 2011 après que le ministre de l’Intérieur d’alors d’Italie a interdit aux médias l'accès à ces centres.

    C'était l'année où la période de détention maximale a prolongée de six à 18 mois. "Souvent, le problème avec l'identification est que les consulats étrangers ne sont pas très coopératifs, mais si un migrant n'est pas reconnu dans les 30 à 60 premiers jours, cela n’arrivera pas dans 18 mois non plus. L'extension de la permanence a seulement augmenté le stress, les émeutes et les épisodes d'automutilation à l'intérieur des CIE".

    "Personne ne dort ici", a indiqué Ahmed, "à part ceux qui prennent des somnifères. Beaucoup de gens se replient sur eux-mêmes. Il y a un gars qui ne parle plus, et un [autre] qui parle à lui-même. Vous êtes chanceux si vous sortez d'ici s’il vous reste 100 grammes de votre cerveau".

    L'accès des médias au CIE dépend désormais de l'autorisation du préfet. Forti affirme que le système d’accueil a besoin d’une réforme plus profonde. "Régularisation des migrants, des salaires équitables, protection juridique des citoyens étrangers, tout cela signifie l’assurance d'une culture de travail correcte en Italie, à la fois pour les migrants et pour les citoyens italiens".

    Mais il y a une opposition politique à cette idée. Nicola Molteni, député italien de la Ligue du Nord, a déclaré à IPS que l'Italie a été victime du "comportement politique indulgent des deux derniers gouvernements" et qu'elle a été abandonnée par l'UE.

    "Nous avons 3,2 millions de chômeurs, un million de jeunes chômeurs, et nous devons de l’emploi à nos gens d’abord. Avec ces chiffres, nous n'avons même pas besoin d’une migration régulière, pour ne pas mentionner celle qui est illégale, qui conduit souvent les migrants dans les mains de criminels organisés".

    Molteni et son parti défendent les CIE. "Ils ont une fonctionnalité et une nécessité qui sont fondamentales", a-t-il souligné. Il affirme que le problème est "l'absence totale d'une politique de refoulement, d'un contrôle des frontières et de coopération internationale avec les pays d'Afrique du nord afin de prévenir la migration".

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