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JAMAIQUE: L’élimination des ordures complique la lutte contre le changement climatique

    By Zadie Neufville

    KINGSTON, 19 mai (IPS) – Pendant plus d'une semaine, en février, la ville de Kingston, la capitale de la Jamaïque, a été étouffée par la fumée âcre qui a obligé les écoles et les entreprises à fermer.

    Elle a engendré des millions de dollars de perte de production et environ 60 millions de dollars des coûts de lutte contre les incendies puisque la ville essayait de combattre un autre incendie dans le dépotoir municipal de Riverton à Kingston.Personne ne sait les toxines qui ont été libérées durant les premiers jours de l'incendie, même si les fumées ont déclenché des inquiétudes concernant la santé dans les communautés situées dans un rayon de deux miles (un peu plus de deux kilomètres) et, selon certains, jusqu’à l’ancienne capitale, Spanish Town.Mettant en lumière les insuffisances continues dans le contrôle des émissions et la surveillance de la qualité de l'air, le feu a entraîné des appels renouvelés pour des règlements plus stricts sur la qualité de l'air, alors même que les autorités n'ont aucun plan pour atténuer l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre et peu de connaissances sur les substances que les Jamaïcains inhalent chaque jour.Les gens n'ont été informés des niveaux des émissions que trois jours plus tard, lorsque l'Agence nationale pour l'environnement et l’urbanisme (NEPA) et le ministère de la Santé (MOH) ont déployé des dispositifs de surveillance pour mesurer la qualité de l'air et les émissions.Leur rapport conjoint soulignait: "Les données recueillies donnent une indication raisonnable de l'impact et fournissent une bonne base pour mener des actions décisives et informer le public sur le risque au cas où un événement de cette ampleur se reproduisait".Le coordonnateur de la gestion de la qualité de l'air à la NEPA, Gary Campbell, a confirmé que "les analyses ont indiqué la présence d’une matière particulaire à plusieurs reprises à des niveaux auxquels les êtres humains devraient être exposés".Selon le deuxième rapport national de la Jamaïque à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), les maladies respiratoires étaient parmi les principales causes d'hospitalisation et de décès en 2005.

    Les statistiques de santé montrent aussi qu'en 2008, les maladies respiratoires constituaient la deuxième affection la plus traitée dans les hôpitaux à travers l'île.La pollution liée aux changements climatiquesLe besoin pour la Jamaïque de réduire les émissions et de contrôler la pollution atmosphérique est crucial pour ses efforts d'adaptation aux changements climatiques et ses stratégies visant à réduire les gaz à effet de serre. Les changements climatiques sont censés augmenter les niveaux de maladies respiratoires et exacerber les conditions qui les favorisent.Le rapport a également répertorié des incendies sur les sites d'élimination des déchets, le lixiviat et les émissions de méthane comme les principales sources de pollution.Le directeur du Bureau de préparation aux catastrophes et de gestion des urgences, Ronald Jackson, a recommandé la fermeture définitive du site, indiquant que Riverton a dépassé la limite de cinq ans pour les opérations d'enfouissement."C’est un conseil que nous avons déjà donné. Nous avons également suggéré des choix qui comprennent des options de transformation des déchets en énergie; la surveillance de la qualité de l'air pour savoir ce qui se passe avec les gens qui vivent à proximité et le plafonnement de la décharge", a-t-il dit.En dehors de Riverton, six autres sites de déversement ne répondent pas aux normes internationales comme enfouissements, et les collecteurs de déchets causent souvent des incendies en brûlant des pneus et autres matériels pour récupérer les métaux. Il est également signalé que des extorqueurs mettent parfois le feu afin de créer des emplois par nécessité pour éteindre les flammes.Le système inadéquat de collecte des déchets de la Jamaïque signifie que seulement 70 à 75 pour cent des ordures ménagères atteignent les décharges. Il n'existe aucun site de déversement industriel séparé.Avec la plupart des zones rurales de la Jamaïque qui manquent de collecte régulière des ordures, les estimations de déchets qui sont brûlés, enfouis ou mal éliminés se situent entre 191.000 et 228.787 tonnes chaque année.Les agriculteurs qui utilisent le feu pour défricher leur terre, la production de charbon de bois et le brûlage de la canne pour faciliter la moisson, contribuent aussi aux émissions.A Negril, les fumées provenant des feux de canne et le brûlage de la tourbe constituent la bête noire du cadre idyllique de la station balnéaire, parce que les feux de canne coïncident avec le point culminant de la saison touristique, tandis que les feux de tourbe étouffent la ville durant l'été, la période la plus chaude de l'année.Les émissions industrielles seraient en hausse. Le rapport de la CCNUCC a noté des augmentations des émissions provenant de la production d'électricité et que les émissions devraient accroître avec la reprise attendue de l'industrie de bauxite et d'alumine.Des données sur les émissions de dioxyde de carbone montrent une augmentation constante entre 2000 et 2005, de 9.531 grammes à 13.946 grammes, lorsqu’il y avait entre 381.776 et 501.985 véhicules automobiles sur l'île. Les données indiquent également des augmentations des niveaux de particules, d'oxyde nitreux, de dioxyde de soufre et de méthane. Aujourd’hui, le nombre de véhicules automobiles dépasse un million.Des conflits d’intérêts

    "Malheureusement, il n'y a aucun effort pour gérer la qualité de l'air", a déclaré à IPS, Simone Williams, directeur technique du 'Negril Environmental Protection Trust' (Groupe de protection de l'environnement de Negril – NEPT).Williams a affirmé qu’en dépit des augmentations évidentes du niveau de polluants, la Jamaïque n'avait pas d’initiatives pour atténuer les gaz à effet de serre, un point de vue partagé par les experts.Les feux de tourbe, en plus d'être "un inconvénient", affectent également "l'infrastructure hôtelière (et) la santé des gens", a ajouté Williams. Mais des travaux récents visant à restaurer les zones humides "réduiront considérablement les incendies et les émissions", a-t-il dit, "si elles ne les éliminent pas".Mais l'élimination des incendies dans le Morass, en dépit de son statut de zone protégée, pourrait s'avérer difficile, puisque beaucoup d’agriculteurs y gagnent leur vie, a souligné Damian Salmon, président de la Chambre de commerce de Negril."La restauration des zones humides résoudrait bon nombre des problèmes de Negril, notamment la perte de la plage, parce que les écosystèmes sont étroitement liés, mais nous ne pouvons pas étouffer les agriculteurs. Beaucoup vous diront qu'ils n'ont nulle part où aller", a-t-il indiqué.

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