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JUSTICE-ARGENTINE: Le procès des bébés volés argentins touche à sa fin

    BUENOS AIRES, 30 mars (IPS) – Le procès des vols de bébés de prisonniers politiques durant la dictature en Argentine (1976-1983) touche à sa fin après plus de trente années de travail effectué par l’association « les Grands-mères de la Place de mai » qui, jusqu’à présent, a permis de retrouver 105 enfants sur un total estimé de 500 disparus.

    Les derniers arguments seront entendus cette semaine dans le procès de neuf membres de la junte militaire et d’un médecin pour l’enlèvement et l’usurpation d’identité de 30 enfants.

    La sentence devrait être rendue à la fin du mois de mai, a déclaré à l’agence IPS Alan Lud, avocat de l’association « les Grands-mères de la Place de mai ».

    Depuis la fin de la dictature, les membres de cette association ont tenté de découvrir ce qui était arrivé non seulement à leurs fils et filles que le régime avait « fait disparaître » mais également à leurs petits enfants.

    Les bébés volés étaient soit nés de prisonniers politiques dans des centres de détention clandestins soit enlevés avec leurs parents ensuite tués ou « éliminés ». Les enfants étaient donnés à des familles de militaires ou de policiers, ou dans certains cas, à des couples qui les adoptaient en toute bonne foi.

    Les défendeurs sont inculpés d'avoir « enlevé, retenu, caché et changé l’identité de mineurs ». Certains de ces petits-enfants disparus découvrent aujourd’hui leur véritable identité, soit plus de 30 ans après avoir été kidnappés.

    « J’ai vécu avec eux pendant plus de 32 ans », a déclaré Francisco Madariaga en parlant des personnes qu’il a considérées comme ses parents pendant plus de trois décennies. Il a grandi sous le nom d’Alejandro Gallo et pensait être le fils biologique d’un agent de renseignement de l’armée, Victor Gallo, aujourd’hui sur le banc des accusés.

    Madariaga, quant à lui, a commencé à rejeter son « père » vers l’âge de 16 ans parce qu’il « était très violent ». "J’étais son trophée de guerre ; quand il me regardait il voyait l’ennemi", a-t-il confié à l’agence IPS.

    Il a ajouté que vers l’âge de 20 ans il a commencé à vivre dans l’anxiété, assailli par les doutes concernant sa véritable identité.

    Cependant, la peur et la culpabilité l’ont retenu de demander à ses « parents » qui il était réellement. Ce n’est qu’à l’âge de 32 ans que, poussé par ses amis, il a trouvé le courage de se rendre au bureau des Grands-mères de la Place de mai et de pratiquer un test ADN. La base de données ADN nationale a permis d’établir sa véritable identité.

    Il a découvert qu’il était né dans le centre de détention clandestin « Campo de Mayo », où était retenue sa mère, le Dr Silvia Quintela, une jeune chirurgienne enceinte de quatre mois lors de son enlèvement en janvier 1977.

    Quintela est l’une des victimes des « disparitions forcées » en Argentine dont le nombre s’élèverait à 30.000 selon les groupes de défense des droits de l’homme.

    Le cas de Francisco est l’un des rares dans lequel l’un des parents biologiques a survécu. Son père, Abel Madariaga, est parvenu à s’exiler après que sa femme ait été enlevée.

    Des années plus tard, lorsqu’il est retourné en Argentine après la dissolution du régime, il s’est consacré entièrement à rechercher son fils et est devenu le seul membre masculin du conseil d’administration des Grands-mères de la Place de mai.

    Le jeune homme, qui a aujourd’hui retrouvé son père biologique et sa famille, place beaucoup d’espoir dans ce procès. « J’ai témoigné en tant que plaignant. J’attends le verdict avec anxiété. Je veux que justice soit faite, pour toutes les vies qu’ils ont détruites », a-t-il affirmé.

    Lud a expliqué que le procès n’a pas couvert toutes les affaires d’enfants volés mais seulement « un échantillon représentatif de ce qui s’est passé dans plusieurs centres de détention clandestins ».

    Les affaires présentées au procès incluent celle des trois enfants Ramírez qui étaient âgés de deux, quatre et cinq ans lorsque leur mère a été enlevée et leur père emprisonné.

    Au lieu de confier les enfants à d’autres membres de leur famille, les kidnappeurs les ont placé dans un orphelinat où ils ont été abusés sexuellement, maltraités et affamés pendant sept ans.

    L’on abordera également le cas de Victoria Montenegro qui a révélé la complicité entre un procureur, Juan Romero, et l’agent de renseignement de l’armée qui a tué ses parents et l’a élevée, feu le colonel Herman Tetzlaff.

    L’année dernière, Romero s’est retiré de ses fonctions après qu’il a été accusé d’avoir fourni ces renseignements au colonel.

    L’appropriation illégale d’enfants de prisonniers politiques ne figurait pas parmi les crimes couverts par les deux lois d’amnistie adoptée par le Congrès au milieu des années 1980 et qui a permis à des militaires qui ne respectaient pas les droits de l’homme d’éviter des poursuites judiciaires.

    Cette pratique n’était pas couverte non plus par le pardon offert en 1990 par l’ancien président Carlos Menem (1989-1999) aux membres de la junte militaire d’alors, dont certains ont été condamnés à la prison à perpétuité.

    Les avocats de l’association ont entamé une procédure légale en 1996, tirant partie du fait que le crime des bébés volés ne figurait ni dans les lois d’amnistie ni dans le pardon de Menem (abrogés en 2005). Le procès a finalement pu débuter il y a treize mois.

    Sont présents sur le banc des accusés : les anciens dictateurs Jorge Rafael Videla et Reynaldo Bignone, d’autres membres des forces armées ainsi que le Dr Jorge Luis Magnasco qui étaient présents lors des accouchements.

    « Le motif d’accusation est l’appropriation d’enfants, mais l’objectif du procès est également de montrer qu’il existait une politique systématique de vol d’enfants. Et d’en faire porter la responsabilité à Videla et Bignone » étant donné qu’ils étaient à la tête de junte, a expliqué Lud.

    Au fil des années, les plaignants ont rassemblé de nombreux documents et témoignages qui prouvent qu’il y avait bien des ordres spécifiques sur la manière de gérer des prisonnières politiques enceintes afin que leurs enfants soient élevés dans des foyers « exempts de haine envers les forces armées », a ajouté l’avocat.

    Il existe également des preuves que les membres de l’église catholique, le personnel de l’ambassade américaine en Argentine ainsi que ceux du Département d’Etat étaient au courant de cette pratique et ont contribué à dissimuler ce crime.

    (FIN/IPS/2012)

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