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JUSTICE-TURQUIE: Coup de massue judiciaire contre les militaires turcs

    Mehmet Koksal (avec Bianet)

    BRUXELLES, 21 septembre (IPS) – Ce vendredi (21/09/2012) lors de sa 108e audience, le Tribunal pénal d'Istanbul a rendu son verdict dans l'affaire « Balyoz » concernant 365 militaires turcs inculpés, dont 250 détenus, poursuivis devant une juridiction civile pour une tentative de coup d'Etat en 2003 contre le gouvernement islamo-conservateur au pouvoir en Turquie.

    Ce jugement en première instance condamne les trois généraux turcs détenus Çetin Dogan, Özden Örnek et Ibrahim Firtina – considérés comme les principaux responsables de cette tentative de coup d'Etat – à 20 ans de prison, 78 ex-officiers haut gradé (dont Engin Alan, actuel député turc pour le parti nationaliste MHP et dans l'incapacité d'exercer son mandat de parlementaire) ont été condamnés à 18 ans d'emprisonnement, 216 ex-officiers à 16 ans d'emprisonnement, d'autres officiers à 13,5 ans et finalement 35 inculpés ont été blanchis de toute poursuite.

    Les avocats de la défense ont souligné la lourdeur des peines infligées (330 des 365 inculpés ont écopés de la plus lourde peine possible), l'absence d'un procès équitable, l'usage des documents numériques contestés, le refus du tribunal de désigner des experts judiciaires pour l'examen de certaines preuves et l'impossibilité de pouvoir exercer librement les droits de la défense.

    L'affaire « Balyoz » (Coup de massue) concernant un possible coup d'Etat en préparation en 2003 au sein de l'armée turque a pour la première fois été évoquée par le quotidien libéral pro-gouvernemental Taraf suite à la publication de documents détaillant divers attentats armés visant à semer le chaos dans le pays pour justifier ensuite la réalisation d'un coup d'Etat militaire. Face à de telles accusations, les militaires condamnés ont toujours soutenu que les documents saisis avaient été fabriqués et que les plans en question ne pouvaient que se rapporter à un séminaire d'exercices basés sur divers scénarios militaires. Celal Ülgen, l'avocat principal des détenus, a regretté que le tribunal ait refusé d'appeler des témoins importants à la barre et d'examiner la véracité des documents soumis à charge des officiers.
    Les commentaires dans la presse turque et sur les réseaux sociaux face à ce verdict sévère restent divisés entre d'un côté des observateurs (pro-gouvernementaux) qui estiment qu'il s'agit d'un jugement historique d'une instance civile contre des militaires comploteurs et de l'autre côté des observateurs (anti-gouvernementaux) qui estiment que ce jugement prouve l'allégeance de la justice au pouvoir en place et que cette décision équivaut en réalité à un coup de massue des milieux islamo-conservateurs contre l'armée turque garante de la laïcité.

    Interpellé par la presse, le Premier ministre turc a réagi avec prudence en rappelant qu'il n'y avait pas encore eu connaissance du contenu du jugement et qu'il fallait probablement compter sur un procès en appel avant d'émettre une opinion définitive sur le verdict dans cette affaire.

    (FIN/IPS/2012)

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