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KENYA: Amener le gouvernement vers le peuple

    By Miriam Gathigah

    NAIROBI, 11 avr (IPS) – Comme beaucoup de Kényans, Eunice Kemboi est arrivée au Centre international des sports Moï à Nairobi le mardi 9 avril pour assister à la passation du pouvoir, puisque Uhuru Kenyatta, un suspect de la Cour pénale internationale (CPI), prêtait serment en tant que nouveau président du pays.

    "Kenyatta a promis que les 70 millions de dollars mis de côté pour un second tour du scrutin (qui n'ont pas été utilisés) serviraient à créer un fonds pour les femmes et les jeunes", a déclaré à IPS, cette petite agricultrice originaire d'Eldoret, dans la province de la Vallée du Rift.

    Avec un taux de participation record de 86 pour cent le 5 mars, les Kényans ont élu Kenyatta en tant que quatrième président de ce pays d'Afrique de l’est. Il a obtenu 50,07 pour cent de tous les suffrages exprimés, selon la Commission électorale indépendante et de délimitation du pays.

    Son rival, l'ancien Premier ministre, Raila Odinga, a recueilli 43,3 pour cent. Toutefois, Odinga a déposé un recours auprès de la Cour suprême, contestant les résultats et invoquant de grandes irrégularités. Le 30 mars, la cour a statué que Kenyatta et son adjoint, William Ruto, également un suspect de la CPI, ont été valablement élus.

    Kenyatta remplace le président sortant Mwai Kibaki, qui a eu deux mandats de cinq ans en proie à des allégations de corruption. Mais avec un nouveau président, vient une nouvelle forme de gouvernement.

    A partir de minuit, le 5 mars, le Kenya a mis en œuvre un nouveau système décentralisé de gouvernance et avec ce nouveau système, les décisions touchant 47 comtés du Kenya seront désormais prises au niveau local, plutôt qu’à l’échelle nationale.

    "Lorsque le budget national est en cours d’examen au parlement, des millions de Kényans pauvres s’attroupent autour de leurs postes de radio pour des informations au sujet de la baisse des prix des principaux produits – notre souci étant notre survie quotidienne", a indiqué à IPS, Benjamin Owuor, un maçon à Nairobi.

    "Les décisions concernant les besoins des Kényans ordinaires sont prises dans un parlement qui est à Nairobi; nous voulons désormais que ces décisions soient prises dans les assemblées de comté qui se trouvent là où les Kényans ordinaires vivent", a-t-il dit.

    Danson Mwangangi, un économiste et chercheur sur les marchés en Afrique de l'est, a déclaré à IPS que la centralisation du pouvoir et des ressources a compromis l’établissement de liens forts entre la politique, la planification et l'exécution du budget national.

    "Les ressources budgétaires nationales n'ont pas dégouliné vers le Kényan ordinaire d'une manière qui ait amélioré la fourniture des services, ou même réglé efficacement leur situation désespérée", a-t-il affirmé.

    Ted Ndebu, un analyste politique, a dit à IPS que la décentralisation a réduit "les inégalités horizontales à travers les régions, non seulement en amenant les ressources à la portée des communautés, mais aussi en offrant aux populations un moyen de se rendre compte de leurs priorités".

    Les statistiques du gouvernement montrent que chaque année, un peu plus d’un million de personnes provenant d'autres parties du pays se déplacent vers Nairobi, la capitale, pour gagner leur vie.

    En conséquence, selon Ndebu, le pays connaît des inégalités massives dans plusieurs régions puisque les meilleurs cerveaux se déplacent vers Nairobi où les ressources existent.

    Il a ajouté que le système de gouvernance centralisé n’avait pas pris en compte les niveaux de pauvreté à travers les régions lors de la répartition des ressources.

    "Prenez (la Province) centrale, par exemple. Bien que les niveaux de pauvreté soient généralement au-dessus de 60 pour cent à l'échelle nationale, ici (dans la Province centrale), les niveaux de pauvreté ont été largement en dessous de 30 pour cent", a indiqué Ndebu.

    Pour améliorer le développement et la fourniture des services, le Fonds de développement des circonscriptions électorales (CDF, son sigle en anglais), par lequel le gouvernement central alloue de l'argent directement à la base pour le développement, a été lancé en 2003. Mais des analystes estiment qu'il est inefficace.

    Le CDF alloue 75 pour cent de ses ressources de manière équitable à travers les 210 circonscriptions électorales du Kenya, et les 25 pour cent restants sont accordés sur la base du taux de pauvreté dans certaines circonscriptions électorales.

    "Le problème avec le CDF, c'est qu'il est faible en termes de capitaux propres. Mais sous la décentralisation, il y a un fonds de parité destiné à amener les zones défavorisées au niveau du reste du pays", a déclaré Ndebu.

    Selon Ndebu, l'insensibilité du gouvernement central pour "les inégalités régionales a amené les gens dans la Province côtière à menacer pour une sécession. Il y a un débordement de sentiments d'exclusion et de négligence de la part des gouvernements postindépendance".

    Au cours de l’année dernière, le Conseil républicain de Mombasa, un groupe sécessionniste à Mombasa, dans la Province côtière, avait fait pression sur le gouvernement pour qu’il réponde à leurs doléances et avait appelé à la séparation vis-à-vis du reste du pays.

    Les statistiques du gouvernement montrent que Mombasa fait partie des principaux contributeurs aux recettes nationales parce qu’elle se situe le long de l'océan Indien, mais les habitants affirment qu’ils jouissent peu des avantages de la génération des recettes élevées de la ville.

    "La décentralisation améliorera l'efficacité dans l'allocation et l'exécution des ressources, l'équité, la participation citoyenne et même l'autonomisation des citoyens", a expliqué Ndebu.

    Trop de pouvoir accordé à l'exécutif sous un gouvernement central n’a pas réussi à atténuer le népotisme et la corruption. Par conséquent, des millions de shillings ont été soit injustifiés soit volés par le gouvernement.

    L’initiative gouvernementale 'Kazi Kwa Vijana' (Emplois pour les jeunes) en est un exemple de là où des fonds destinés à la création d'emplois ont été volés. Le Fonds pour la gratuité de l'enseignement primaire du pays a été également secoué par des allégations de détournement.

    En octobre 2011, le gouvernement a été contraint de rembourser au Département pour le développement international (DFID, son sigle en anglais) du Royaume-Uni, un million de livres (1,53 million de dollars) d’aide non justifiée.

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