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KENYA: Assurer les éleveurs contre des risques croissants

    By Susan Anyangu-Amu

    NAIROBI, 11 fév (IPS) – Les sécheresses dans la région de Turkana étaient moins sévères quand elle grandissait, déclare Laura Letapalel, et les éleveurs pouvaient encore trouver un peu d'herbe et d'eau pour leurs animaux. Maintenant, regrette-t-elle, les sécheresses sont plus longues et il n'y a rien à manger.

    Andrew Mude, économiste à l'Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI), affirme que la sécheresse est le plus grand danger menaçant les éleveurs."Ceci est particulièrement vrai pour le nord du Kenya, où plus de trois millions de ménages d’éleveurs sont régulièrement touchés par des sécheresses de plus en plus sévères. Au cours des 100 dernières années, le nord du Kenya a enregistré 28 grandes sécheresses, dont quatre ont eu lieu au cours des 10 dernières années", explique Mude."Dans notre communauté, c’est la taille de votre troupeau qui détermine votre statut économique. Toutefois, nous avons récemment remarqué des conditions météorologiques drastiques qui ont causé la mort de nos troupeaux, transformant des hommes autrefois riches en des pauvres", confie Letapalel, une éleveuse dans la région de Turkana, au Kenya.Esekon Longuramoe, un autre éleveur de Turkana, témoigne que les conditions climatiques irrégulières ont changé ses richesses."Quand nous sommes arrivés ici pour la première fois, j'ai vu deux belles choses: il y avait tellement d'herbes et beaucoup d'animaux sauvages. C'était un bon pâturage. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de pluie, et j'ai perdu 100 moutons et 50 bovins.""Après avoir perdu presque tout mon bétail, je suis devenu si pauvre que je ne peux pas me comparer à la façon dont j'étais autrefois. Même si je veux me déplacer, je ne dispose pas d'un âne pour transporter mes biens; je dois emprunter un", dit-il.La question de savoir comment protéger les communautés pastorales contre les effets dévastateurs de la sécheresse a été un casse-tête pour le gouvernement du Kenya.Un nouveau projet lancé par l'ILRI et ses partenaires promet d'aider les éleveurs."Des milliers d'éleveurs dans le district de Marsabit, une zone reculée et aride dans le nord du Kenya, seront en mesure de prendre des polices d'assurance pour leur bétail, sur la base d’un programme, inédit en Afrique, qui utilise des images satellites des herbes et d’autres végétations pour indiquer si la sécheresse exposera leurs chameaux, vaches, chèvres et moutons au risque de la famine", souligne Mude.Le programme utilisera des images satellites pour évaluer l'état des pâturages. Les informations obtenues seront comparées aux données recueillies sur les décès du bétail au cours des dix dernières années pour calculer les pertes de bétail pour les besoins de l'assurance. Ce système d'assurance indexée élimine la nécessité de vérifier les décès individuels des animaux.Le district de Marsabit – adjacent à Turkana – a été divisé en deux groupes en fonction du risque. Assurer les animaux coûtera 5,5 pour cent de la valeur du bétail dans les divisions de Maikona et de North Horr; et 3,25 pour cent à Laisamis, Loyangalani, Central et Gadamoji."Nous croyons que ce programme a un potentiel parce qu’il offre les éléments dont les assureurs ont besoin pour opérer: un risque (sécheresse) bien connu et un indicateur externe qui est vérifiable et non manipulable, dans ce cas des images satellites de la végétation", explique James Wambugu, directeur général de ‘UAP Insurance’, la compagnie qui fournit la couverture contre les risques.Les ventes du projet d'assurance ont commencé en janvier dans tout le district. Les primes d’assurance peuvent être payées au niveau des branches de Equity Bank à Marsabit, ou aux agents des Points de vente sous les Programmes couvrant la sécurité alimentaire – un projet qui accorde des subventions régulières en espèce à 300.000 ménages vulnérables dans les districts arides du nord du Kenya et qui est présent dans la plupart des principales communautés à Marsabit.Selon Mude, le district de Marsabit soutient actuellement environ 86.000 têtes de bétail et quelque deux millions de moutons et de chèvres qui dépendent, pour leur survie, de la végétation qui pousse naturellement. Le bétail à Marsabit seul est estimé à 67 millions de dollars, bien que les animaux soient rarement vendus ou abattus.Compte tenu de la complexité du projet d'assurance, un jeu de simulation a été développé pour aider les communautés locales à comprendre les caractéristiques clés de la police d'assurance. Mude affirme que bon nombre des éleveurs qui ont joué le jeu sont devenus très impliqués dans la simulation."La simulation les aide à comprendre comment l'assurance peut les protéger contre les pertes. Ils semblent également aimer simplement jouer le jeu lui-même qui génère beaucoup de débats animés", explique-t-il.L'assurance est valable, même sans que les décès du bétail ne déclenchent des paiements.La police peut être utilisée pour obtenir un crédit avec lequel acheter des vivres ou des médicaments qui pourraient aider les animaux à supporter les conditions difficiles. On peut également agrandir plus facilement la taille des troupeaux; les créanciers privés seront plus disposés à prêter si le risque de perdre de nouveaux animaux à cause de la sécheresse est assuré.Mude déclare que le projet-pilote durera trois ans, durant lesquelles des études seront menées pour établir la viabilité commerciale du produit. Si sa réussite est avérée, la possibilité de l'étendre à des parties de l'Ouganda, du sud de l'Ethiopie, de l’Afrique occidentale et même de l’Asie sera également explorée.

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