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KENYA: Depuis quatre ans, des personnes déplacées demeurent dans des camps

    By Peter Kahare

    RIFT VALLEY, Kenya, 27 jan (IPS) – Victor Muruga, six ans, indique un trou dans la brousse qu’il appelle sa "chambre à coucher", dans une région du Kenya. "Je dors là-bas, sous cet arbre et ma mère dort sous cette couverture", déclare Muruga.

    Muruga est d'une bonne humeur pendant qu’il prépare le déjeuner pour sa famille. Cet enfant plein d’entrain, son frère Ian Kimani âgé de trois ans et leur mère avaient dû d’abord passer cinq jours dans la brousse après avoir été transportés ici à la ferme Mumoi, supportant le soleil ardent et le froid mordant pendant qu’ils attendaient que le gouvernement et la Société de Croix-Rouge du Kenya leur fournissent des tentes.

    La famille de Muruga fait partie des 4.000 Personnes déplacées à l’intérieur (PDI), affectées par les violences post-électorales de 2007-2008 au Kenya, qui vivent ici dans la ferme Mumoi à 'Subukia Township' (banlieue de Subukia), à 200 kilomètres au nord-ouest de Nairobi, la capitale. Quantre ans après les violences, ils n’ont pas encore obtenu leur lopin de terre d’un hectare que le gouvernement a promis à tous les PDI.Les familles vivant dans la ferme Mumoi veulent cette ferme de 1,2 hectare, mais le gouvernement refuse de l’acheter pour elles, affirmant qu’elles y ont été illégalement installées.

    "Le ministère n’a pas l’intention d’acheter cette terre parce qu’elle est rocailleuse et inappropriée pour l’agriculture, et le gouvernement n’était pas impliqué dans leur installation là-bas", a indiqué à IPS, Andrew Mondo, secrétaire permanent du ministère des Programmes spéciaux.Mondo affirme que d’autres ministères du gouvernement comme les ministères des Affaires foncières, de l’Agriculture, de l’Eau, la Construction des Routes et de l’Education doivent être impliqués dans l’évaluation et l’approbation des terres, et l’installation des PDI.

    Dans l’enveloppe budgétaire 2011-2012 du pays, le ministre des Finances, Uhuru Kenyatta, a prévu 60 millions de dollars pour la réinstallation des PDI. Cependant, le processus de réinstallation a été caractérisé par la corruption, le tribalisme et l’hostilité envers les PDI.

    Au début de l’année dernière, le gouvernement avait lancé une enquête sur les deux millions de dollars qui avaient été mis de côté pour la réinstallation des PDI, qui auraient été détournés par des cadres dans divers ministères et même par des représentants de PDI.

    Les violences post-électorales de 2007-2008 ont déplacé plus de 660.000 personnes, dont plus de la moitié ont été déplacées dans la province de la Rift Valley. Alors que plus de 300.000 familles sont retournées dans leurs fermes, et leurs territoires ethniques dans les provinces centrale et occidentale, et dans celle de Nyanza, certaines ont vendu les maisons qu’elles étaient obligées de fuir et ont acheté des terres ailleurs.

    Il reste plus de 15.000 familles déplacées par les violences post-électorales qui attendent d’être installées sur des terres dans la province de la Rift Valley, la plus grande province au Kenya. Chaque famille a en moyenne cinq enfants."Ce sont des gens que nous reconnaissons, plus les 5.710 familles évacuées de la forêt Mau en 2009, qui vivent dans trois principaux camps le long de la frontière de la forêt", déclare Mondo.

    Mais, les PDI de la ferme Mumoi réfutent les allégations selon lesquelles elles ne sont pas des victimes des violences post-électorales et affirment que le gouvernement voulait les réinstaller dans la province centrale contre leur gré. John Mututho, un député de Naivasha, a alors facilité l’installation des PDI sur la ferme Mumoi, arguant que le gouvernement avait refusé de les installer.

    "Le gouvernement a indiqué à toutes les PDI dans le pays d’identifier des terres appropriées pour elles et d’alerter le ministère concerné si elles en trouvent. C’est ce que nous avons fait. Nous avons trouvé cette terre et le vendeur est disposé à nous la vendre", a expliqué à IPS, Ibrahim Kihara, porte-parole des PDI sur la ferme Mumoi.

    La semaine dernière, Mututho a adressé une pétition à la Haute cour afin de l’autoriser à réinstaller les PDI. Il a également intenté un procès contre le gouvernement pour avoir saboté l’exercice de réinstallation des PDI.Mais, ce n’est pas tout le monde qui est content que les politiciens soient impliqués dans la réinstallation des PDI. Un groupe de plus de 2.000 personnes déplacées du plus grand camp du pays à Mawingu sont descendues dans la rue au début de janvier pour manifester contre le fait d’être abusés par des politiciens.Elles ont aussi condamné Mututho pour avoir demandé aux PDI de s’installer illégalement sur des terres privées."Les politiciens doivent cesser de tromper les PDI, et de politiser le problème de réinstallation dans le but d’obtenir des voix dans les prochaines élections", a indiqué à IPS, Osman Warfa, le commissaire de la province de la Rift Valey.

    Luka Kiagen, un autre politicien et député pour la circonscription électorale de Rongai, dans la province de la Rift Valley, dirige une section des anciens pour se plaindre de l’installation des PDI à Rongai.Il affirme que 10.000 personnes, venant de la communauté kikuyu, s’étaient installées à Rongai au détriment de la communauté kalenjin majoritaire qui avait été chassée de la forêt Mau.

    "Les personnes déplacées de la forêt Mau, qui résident le long de la frontière, ont été oubliées dans le programme de réinstallation", a affirmé Kiagen à IPS.

    Mais, le gouvernement soutient qu’il n’existe aucune discrimination dans l’exercice de réinstallation."De telles allégations ne sont pas fondées. Ce n’est pas par préférence que les membres de la communauté kikuyu constituent la majorité des PDI", a indiqué Mondo à IPS.

    Des organisations non gouvernementales et de la société civile ont condamné le gouvernement pour le retard continu dans la réinstallation des PDI.

    "La question des PDI a fait ressortir l’intolérance et des divisions parmi les communautés. Le gouvernement n’a pas été disposé à enlever cette tache sur le visage du Kenya. Il n’a pas pu respecter la constitution qui garantit la sécurité et un logement à tous les Kényans, à cause de fausses promesses depuis quatre ans.

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